Après le silence, de Didier Castino

Publié le par dan29000

Nous poursuivons nos articles sur quelques premiers romans de cette nouvelle rentrée littéraire. Un bon cru pour ces nouveaux romanciers. Aujourd'hui, Après le silence, de Didier Castino.

 

C'est l'histoire de Louis Catella, ouvrier aux Fonderies et Aciéries du Midi, depuis bien des années. Long monologue intérieur au début de ce roman. Parfois un peu long, passant en revue tous les aspects de Louis, le travailleur qui raconte la vie à l'usine, et aussi le syndicaliste, et aussi, le chef de famille, et l'éducation des fils, les vacances, les cours d'orthographe et même la 2 CV. Le temps déjà lointain des croyances, croyance dans le syndicat, croyance dans le Parti, croyance en Dieu. Tout cela étant en définitive la même chose. Un début de roman sous le signe du Déjà vu...

 

Puis l'on délaisse l'autobiographie ouvrière quand en juillet 74, Louis Catella meurt lors d'un accident du travail, écrasé sous un moule pesant des tonnes. A ce moment son fils a sept ans. Le père devient un working class hero, comme l'époque en donna pas mal. La grande subtilité du roman intervient quand le monologue où le mort continue de parler se transforme en un dialogue où le fils va finir par assumer sa place. Remettre le père à sa place, remettre le mythe et la fameuse mythologie ouvrière que construisit avec soin le Parti, l'URSS et les médias du Parti. Une mythologie faite de souvenirs et surtout des mots des autres.

 

Plus le roman avance, plus il devient passionnant. A la fois, une chronique assez juste de cette France ouvrière des sixties, du temps où la classe ouvrière était encore au centre des combats quand une grève éclatait à Renault Billancourt. Mais l'auteur nous offre parallèlement une réflexion sensible sur la mise à distance de la figure du père, processus indispensable pour grandir, ouvrier ou bourgeois ! Mais le fils doit alors affronter la peur de trahir et l'ascension sociale.

 

"Je ne suis pas ouvrier et je t'emmerde."

 

Les dernières pages sont éblouissantes. Le monologue du fils au père. Rupture de la malédiction, le fils n'a pas connu l'usine. Et alors ? Un fils qui ne pense pas que le travail fait l'homme comme des idéologues de droite et de gauche tentèrent de le faire croire. Pour lui, l'usine n'est pas un lieu culturel. Le fils a quarante, et ne sent coupable de rien. Même s'il avoue rester un fils d'ouvrier. Le travail de deuil n'est pas toujours facile à faire, surtout quand il faut aussi déconstruire une mythologie.

 

Magnifique fin pour ce premier roman qui s'est donc intensifié au fil des pages. Une fin en forme d'émancipation, pas celle factice que proposait naguère les idéologies, mais l'émancipation nécessaire à la construction d'un homme, tuer le père, même s'il est déjà mort, sans pour autant renier l' histoire familiale.

 

Dan29000

 

Après le silence

Didier Castino

Éditions Liana Levi

2015 / 224 p / 18 euros

 

Lire un extrait du roman

 

Le site de l'éditeur

 

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