C'est vous qui avez tué Aylan...

Publié le par dan29000

 

 

Philippe Alcoy

 

« Prends garde disent-ils,
La mer est une tombe.
Elle ne te donnera pas son bras,
Si tu tombes.
J’ai pris les vagues,
Au milieu de la mer qui brille,
Mais elles ont fait tomber toute ma famille… »

(Tiken Jah Fakoly, « Où aller, où ? »).

Barbarie. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce qui se passe aux frontières de l’Europe. L’image d’Aylan, enfant syrien dont le corps a été retrouvé sur le sable des côtes turques, n’est que l’une des expressions les plus violentes du caractère sauvage du capitalisme. Le monde entier en parle. Les réseaux sociaux ont été inondés de commentaires, de témoignages d’émotion. L’indignation est grande. Ça ne va plus…

L’Europe forteresse, il y en a marre. Les « valeurs européennes » ; les « droits de l’Homme ». La réalité c’est que vous avez transformé l’Europe en l’une des régions les plus hostiles du monde pour les migrants, pour les réfugiés, pour les étrangers. Ouvrez les frontières ; ouvrons les frontières, détruisons les frontières.

Les discours émus, les larmes de crocodile des dirigeants des puissances impérialistes de l’Union Européenne face au massacre qui se poursuit dans la région depuis des années ne peuvent pas cacher leur totale responsabilité.

Aylan et sa famille étaient originaires de Kobané, ville qui a subi un siège ravageur de la part de Daesh et dont la population a résisté pendant des semaines et des semaines. Mais Daesh n’est rien d’autre qu’une conséquence monstrueuse de l’intervention des impérialistes en Afghanistan et notamment en Irak. Personne ne croit plus que ces interventions cherchaient à apporter la « démocratie » dans ces pays. Elles étaient clairement une tentative de l’impérialisme nord-américain et de ses alliés pour imposer dans la région une nouvelle configuration géopolitique capable de maintenir et élargir leur domination sur l’ensemble de la planète. Cela a été un échec total et voilà Daesh.

« Nous pensons que la chose la plus importante c’est d’essayer d’apporter la paix et la stabilité dans cette partie de la planète [Syrie] », déclare cyniquement David Cameron, l’un des dirigeants européens les plus hostiles aux migrants. Mais ce n’est pas ce que les impérialistes font depuis des années en Syrie. De fait, l’intervention « humanitaire » des puissances impérialistes n’a fait qu’aggraver la situation sur place. A la faveur du chaos qui y règne, des groupes « rebelles » se sont multipliés pour capter l’argent occidental, et différents groupes islamistes réactionnaires dont Daesh, se sont développés.

Des milliers de morts ; des millions de déplacés à l’intérieur du pays et dans les pays voisins (Turquie, Liban et Jordanie) depuis le début de la guerre sont la conséquence directe de cette situation. C’est elle qui pousse des milliers de personnes à risquer leur vie pour échapper aux bombes et atrocités. Les milliers de réfugiés syriens qui arrivent quotidiennement en Europe n’en sont qu’une fraction. Et l’Europe n’est sans doute pas la région qui absorbe le plus de réfugiés syriens, irakiens ou afghans.

Des milliers de personnes traversent la Méditerranée vers l’Europe. Des milliers de personnes meurent en Méditerranée. Beaucoup partent depuis la Libye. Encore un pays dévasté par les conflits armés. Encore un pays où les « bombes humanitaires » de l’impérialisme ont apporté leur grain de sable. Beaucoup de grains de sable ; beaucoup de bombes. La réalité c’est qu’une coalition impérialiste s’était formée pour intervenir dans le processus de « révolutions arabes » et empêcher qu’il aille jusqu’à affecter leurs intérêts économiques et géopolitiques.

Très vite le « garde frontière Kadhafi » a été remplacé par une myriade de mafias qui s’engraissent sur le dos de personnes cherchant un futur meilleur en Europe, parfois désespérées. A leurs yeux, la vie de ces gens ne vaut rien. Ils condamnent des milliers à périr noyés. Les dirigeants européens le savent. Ils laissent faire pour ne pas créer « d’appel d’air ». A leurs yeux, la vie de ces gens ne vaut rien non plus…

Des milliers de migrants fuient aussi la misère, notamment en Afrique subsaharienne. C’est précisément une région du monde où l’impérialisme français joue un rôle dévastateur depuis des décennies ; depuis des siècles. Puissance coloniale, puissance impérialiste, « Françafrique ». Ces dernières années la France a été à la tête de plusieurs interventions militaires non seulement en Libye et en Syrie mais aussi en Côte d’Ivoire, au Mali et en Centrafrique, ce qui s’ajoute à bien d’autres interventions permanentes dans plusieurs ex colonies africaines.

La famille d’Aylan avait essayé d’aller au Canada légalement mais leur visa avait été refusé par les autorités migratoires. En effet, Aylan et sa famille étaient originaires de Kobané, ville kurde. La Turquie, avec la complicité des Nations Unies, empêche que l’on donne le statut de réfugié politique aux Kurdes de Syrie. C’est sur cette base que les autorités migratoires du Canada ont refusé l’asile à la famille d’Aylan.

C’est sur les plus divers prétextes que les différents gouvernements impérialistes refusent à des milliers de personnes le droit de rentrer légalement dans leur territoire. Les situations les plus dramatiques ne les arrêteront pas. Cette interdiction d’accès est l’une des principales raisons du nombre intolérable de morts parmi ces gens qui tentent d’atteindre le continent Européen. C’est la politique xénophobe d’Etat qui les pousse à risquer leur vie pour y parvenir par tous les moyens.

Il faut ouvrir les frontières tout de suite et accueillir tous les migrants, sans restriction ; qu’ils fuient les guerres, les dictatures ou la misère. Il n’y a pas d’autre moyen d’en finir avec le trafic de personnes et surtout avec la barbarie des morts dans les mers.

 

SOURCE / REVOLUTIONPERMANENTE.FR

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