Censure à Camaret-sur-Aigues : la lettre ouverte de Catherine Corsini au maire

Publié le par dan29000

Censure de l'affiche de "La Belle Saison" à Camaret-sur-Aigues (84) :

 

Lettre ouverte de Catherine Corsini
 
Lettre ouverte
18/09/2015
 

La Société des réalisateurs de films a été extrêmement choquée d'apprendre que le Maire d'extrême-droite de Camaret-sur-Aigues (84), avait fait retirer hier les affiches de La Belle Saison de Catherine Corsini des panneaux municipaux. Il s’agit là d’un acte de censure inacceptable, qui porte atteinte à la liberté d’expression de cette œuvre et de son auteur, comme à la liberté de programmation, de communication et d'association du cinéma de la commune. 

De quel droit ce Maire se permet-il d'affirmer que "le film comprend de nombreuses scènes de nature à perturber un jeune public" alors qu'une commission nationale composée de professionnels et de représentants de la famille a jugé le film accessible à tous les publics, sans avertissement ?

Nous publions la lettre ouverte qu'adresse à M. Philippe de Beauregard (Maire de Camaret-sur-Aigues), Catherine Corsini, co-présidente de la SRF et réalisatrice de La Belle Saison.

 

Lettre ouverte de Catherine Corsini à M. Philippe de Beauregard (Maire de Camaret-sur-Aigues)

« Cachez ce sein que je ne saurais voir » (Molière)

A vous en croire, Monsieur Philippe de Beauregard, on devrait rhabiller les statues de nues, mettre un voile sur les peintures de Courbet, Manet, Renoir et de tous les peintres qui  ont su croquer la nudité avec réalisme. Nous devrions aussi interdire les musées à la jeunesse, fermer les salles qui  montrent  des corps de femmes entre elles, nus, alanguis, accouplés dans des poses suggestives. Pourtant, la nudité  dans l’art est apparue dès les premiers dessins de l'époque préhistorique. La nudité féminine était là, bien avant l'apparition de la religion chrétienne, symbole de fertilité, d'érotisme, et symbole de la famille. 

Ce qu'on voit dans La Belle Saison,  c'est la nudité des corps, dans leur liberté, dans leur beauté et dans leur insouciance face au désir, ce sont les visages, les rires, les sourires de deux femmes qui évoquent l'appétit de la vie. Est-cela qui vous choque ? Est-ce la caméra qui découvre les poils pubiens d'une actrice, en gros plan comme un tableau, qui vous trouble, ou est-ce de voir deux femmes s’aimer ?

Ce procès d'intention pourrait faire sourire, tant ni le film en salles depuis des semaines, ni l'affiche placardée dans toute la France  n'ont suscité de polémique. Mais vous n'en êtes pas resté aux mots et vous avez fait retirer l'affiche de votre mairie et de votre site internet, ce qui constitue un acte autoritaire, intolérable. On se demande qui est le pervers dans l'accusation que vous portez au film.  Monsieur, votre censure s’inscrit dans une lignée qu’on connaît bien,  c’est celle qui, il y a quelques mois voulait faire interdire l’affiche de L’Inconnu de lac d’Alain Guiraudie, celle qui sous couvert de protéger les valeurs familiales, répand les passions tristes et la haine du corps.

Mais souvenons nous que c’est cette censure qui s'est attaquée aux poèmes de Baudelaire,  pour qu’on ne l’entende jamais parler dans Lesbos de « baisers chauds comme les soleils » de « baisers qui sont comme les cascades orageux et secrets, fourmillants et profonds », des « filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses ». « Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre pour chanter le secret de ses vierges en fleurs ».  

Catherine Corsini

 

SOURCE / la-srf.fr


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