Dire non au lobby du cochon

Publié le par dan29000

Il n’y a pas de place sur le marché mondial pour les cochons industriels bretons

 

 

Par José Bové - Député européen, François Dufour - Vice-Président de la région Normandie et René Louail - Elu écologiste au Conseil régional de Bretagne.

 

 

La nouvelle Politique Agricole Commune, entrée en vigueur au début de l’année, était sensée régler tous les problèmes. A partir de 2003, ce n’est plus la ferme France, mais la ferme Europe qui partait à l’assaut des marchés mondiaux. Les producteurs de porcs bretons se relevaient les manches et se frottaient les mains. Le 10 juin 2014, Paul Auffrey le Président de la fédération porcine de la FNSEA galvanisait ses troupes : « Nous avons tous les ingrédients pour réussir et redevenir les premiers de la classe, nous avons les éleveurs compétents, un environnement industriel favorable, des techniques et de la génétique de pointe ». Il pouvait en effet être content, le ministre de l’Agriculture Stephane Le Foll venait de signer un chèque de 200 millions d’euros pour relancer l’industrialisation de la production de viande en Bretagne, Des élevages plus gros, plus grands, plus polluants, et surtout plus subventionnés alors que le lisier continue à abimer les plages du littoral breton. 

Mais où sont les marchés mondiaux à conquérir ? En Russie? Au Brésil? en Chine? Cette question n’a visiblement jamais été étudiée avec sérieux.

En effet, en 2012, le plus gros producteur de porcs américain Smithfield (100 millions de truies dans réparties des porcheries du monde entier) était racheté par le groupe chinois Shuanghui International Holdings et se rebaptisait WH Group pour être plus présentable sur la scène international. Aujourd’hui la Chine est le premier producteur de viande de porc de la planète et a doublé sa production en 20 ans. 750 millions de porcs sortent des usines à viande qui poussent comme des champignons sur la côte pacifique. Elle produit deux fois plus de cochon que l’Union européenne. La Chine est également devenu le premier importateur de soja ce qui fait grimper les cours, et ce qui crédibilise un peu plus le plan européen de relance de production de protéines que nous demandons, en vain depuis des années pour assurer nos approvisionnements. 

Les responsables syndicaux bretons veulent-ils réellement nous faire croire qu’ils vont partir à la conquête du marché chinois et qu’ils arriveront sans problème à leur vendre des côtelettes et du lard Made in Bretagne, s’ils obtiennent en contrepartie des baisses de charges, moins de contraintes environnementales, des baisses des salaires des ouvriers, un allongement du temps de travail et pourquoi pas également une réduction des congés. Le Président de la FNSEA, Xavier Beulin, businessman avisé lorsqu’il s’agit de ses propres affaires, demande, non, plutôt exige, que le Président de la République débloque la somme pharaonique de 3 milliards d’euros pour relancer la compétitivité de gens qui, il y a un an à peine, se frappaient sur la poitrine en déclarant qu’ils allaient "redevenir les premiers de la classe".

Les producteurs étaient charmés par les sirènes de la FNSEA. Ils ont cru au mirage du marché mondial. Ils ont été dupés, trompés, abusés. Ils sont à bout et c’est compréhensible parce qu’ils ont le dos au mur et que dans ces conditions là, réfléchir devient difficile. Mais leur colère devrait se diriger vers les dirigeants de leur propre syndicat qui les manipule depuis des années et vers des hommes politiques qui fuient leur responsabilités et plient devant cette mafia de l’agro-industrie. 

Même des coopératives comme la Cooperl étranglent ses propres adhérents. C’est dire à quel point les coups bas viennent parfois de son propre camp. M. Beulin transforme les éleveurs de Bretagne et des autres régions en producteurs de minerai. Ils les livrent pieds et point liés aux industriels. M. Beulin avait promis aux éleveurs la mise en place d’un fonds de solidarité abondé par les bénéfices des céréaliers. Cette promesse n’a pas été tenue non plus. 

La nouvelle PAC, contre laquelle nous nous sommes battus, a supprimé tous les outils de régulations. Les Organisations Communes de Marchés ont été démantelées, les quotas laitiers sont passés à la trappe. Ce ne sont pas uniquement les éleveurs de cochons qui sont dans la misère mais tous les éleveurs. La FNSEA a une stratégie : activer les stockages privés qui deviendront, n’en doutons pas, des stockages publics. Et nous revoilà dans la même situation qu’à la fin des années 1970 avec des montagnes de lait en poudre, de beurre et de viande de porcs qui n’attendent qu’une chose : être retirées des marchés, donc racheter par les contribuables, avant d’être brader à vil prix sur les marchés mondiaux car la FNSEA réclame la relance des subventions aux exportations. Les conséquences sont connues : destruction des paysanneries en particulier en Afrique et accélération de l’exode rural, puis de l’émigration.

Il est temps de dire non au lobby du cochon et aux libéraux de tous poils qui font les fiers sur les marchés mondiaux seulement s’ils sont dopés aux subventions publiques. Assez c’est assez. Les portes du marché mondial ne leur seront jamais ouvertes. Pour eux, il n’y a qu’une opportunité c’est le marché breton, français voire européen, et qu’une seule option : miser sur la qualité plutôt que sur la quantité. Elus dans les régions et à l’Europe, nous savons qu'il y a un avenir pour l’agriculture familiale et que plus de plus-value et de richesses peuvent être générées dans nos compagnes. Pour cela, il faut avoir le courage de dire que le système globalisé de l’agriculture est une aberration, que l’Organisation Mondiale du Commerce sans régulation nous a mené dans le gouffre et que la souveraineté alimentaire doit être notre priorité. 

 

 

SOURCE/. MEDIAPART

 

 

 

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