Si tard, il était si tard, James Kelman

Publié le par dan29000

Réveil difficile en ce dimanche matin pour Sammy.

Il est dans une ruelle, sans son portefeuille, avec des chaussures qui ne sont pas les siennes ! A vrai dire cet ancien détenu pour vol à l'étalage sort de deux jours de beuverie, et ses souvenirs sont lointains ! Et comme un problème arrive rarement seul, il va se faire arrêter par la police, et copieusement tabasser.

Mais dans sa vie aventureuse, le pire était à venir.

Sammy se découvre alors aveugle !

 

Ceci n'étant que le début de cet épais et passionnant roman qui a obtenu le prestigieux Booker Prize en 1994.

 

Dés lors, Sammy va se retrouver dans un long fleuve pas vraiment tranquille, perdant sa copine, se heurtant à l'administration, et comble de malheur, le médecin qu'il se décide à consulter, a des doutes sur sa cécité !

 

Cauchemar.

 

Un vrai cauchemar pour cet homme, sans vraiment un métier, inscrit au chômage, qui passe son temps à zoner dans Glasgow avec un esprit aussi brumeux que la cité. Sammy va tenter de survivre, survivre aux autorités, à la maladie, à la ville, à la fatalité, résister à la bureaucratie ambiante.

 

Les dialogues sont intenses, avec une belle alternance de rage, d'humour, de distance, d'un tel réalisme que parfois le lecteur pense à Bukowski quand il était au sommet de son art. Ce qui n'est pas peu dire ! Son écriture peut faire penser à une rythmique de rap qui pénètre durablement le lecteur et construit peu à peu un magnifique anti-héros.

 

James Kelman, qui est d'ailleurs né à Glasgow, a eu le parcours classique de nombre d'écrivains, école quittée tôt, apprentissage puis petits boulots et par la suite plusieurs romans, dont trois autres traduits en français chez Métaillé, entre 1999 et 2006. James Kelman va sans nul doute élargir son public, car Si tard, il était si tard, nous donne une furieuse envie de lire ses romans précédents.

 

Dan29000

 

 

Si tard, il était si tard

James Kelman

Traduit de l'anglais (Écosse) par Céline Schwaller

Bibliothèque écossaise, dirigée par Keith Dixon

Éditions Métailié

2015 / 400 p / 21 euros

En librairie depuis le 10/09

 

Le site de l'éditeur

 

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PRESSE /

 

« L’écrivain écossais le plus influent, celui qui a su conjuguer la langue populaire, le lyrisme savant, l’engagement coléreux et l’ironie » 

Le Monde Diplomatique

 « Un livre exceptionnellement intense et lucide. » 

The Guardian

« Kelman est un écrivain drôle, acide, expansif, dont les phrases étranges, originales, sont autant de géniales aventures de la pensée. »  

The New Yorker

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EXTRAIT /

 

Tu te réveilles dans un coin et tu restes là en espérant que ton corps va disparaître, les pensées t'étouffent ; ces pensées ; t'as envie de te souvenir et de regarder les choses en face pourtant, mais y a quelque chose qui t'en empêche, pourquoi tu peux pas le faire ; les mots te remplissent la tête : et puis les autres mots ; y a un truc qui va pas ; y a un truc qui va vraiment vraiment pas ; t'es pas un type bien, non t'es pas un type bien. Retour progressif à la conscience, de l'endroit où t'es : là, effondré dans ce coin, avec ces pensées plein la tête. Et oh bon Dieu ce qu'il avait mal au dos ; raide, et la tête qui résonne. Il a frissonné et voûté les épaules, fermé les yeux, gratté les coins du bout des doigts ; voyant toutes sortes de points et de lumières. Mais putain où il pouvait bien...
Il était là, il était adossé contre une vieille grille rouillée, avec des pointes acérées, certaines manquantes ou cassées. Il a regardé à nouveau et vu que c'était un petit parterre de mauvaises herbes vertes, voilà sur quoi il était assis. Ses pieds étaient de retour dans son champ de vision. Il les a examinés ; il portait une vieille paire de baskets putain de merde elles venaient d'où il les avait jamais vues avant mec des putains de vieilles baskets. Les lacets étaient même pas attachés ! Où étaient ses pompes en cuir ? Des pompes en cuir toutes neuves mec il les avait achetées y a quinze jours et maintenant elles avaient disparu putain non mais t'imagines, quelqu'un avait dû les lui tirer, un misérable salopard, tu parles d'une aubaine. Et puis il lui avait refilé celles-ci. Une putain d'affaire.

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