Suicide chez Dacia-Renault Evreux

Publié le par dan29000

La direction mise en accusation

Marre de crever au boulot. Suicide à Evreux, chez Dacia-Renault

Publié le 2 septembre 2015

 

 

Flora Carpentier

 

Ce samedi 29 août, Sébastien Colas est venu allonger la longue liste de ces travailleurs qui décident de mettre fin à leurs jours sur leur lieu de travail. Ce vendeur de voitures de 45 ans, qui travaillait depuis cinq ans chez un concessionnaire Renault-Dacia à Evreux, a pris soin d’expliquer dans une lettre les raisons de son acte désespéré : le harcèlement moral subi au quotidien par sa direction. Les enquêteurs ont également trouvé sur les lieux du drame une vidéo de sa pendaison. Une manière symbolique pour la victime de montrer qu’il s’était bel et bien suicidé sur son lieu de travail.

Sa femme, Sandrine Colas, qui a elle-même découvert le corps de son mari alors qu’elle s’inquiétait de ne pas le voir rentrer à l’heure habituelle, n’a aucun doute sur les causes du suicide : « Dans cette lettre adressée au directeur du site, il affirme que s’il met fin à ses jours, c’est à cause de ce dernier. Il accuse ce même responsable de l’avoir harcelé moralement ». En effet, depuis le rachat de la concession Renault-Dacia en janvier dernier par le groupe Gueudet, la journée de travail était devenue un véritable enfer, pressé par sa hiérarchie à augmenter ses ventes. Sébastien était harcelé par mail jour et nuit, jusqu’à recevoir un courrier recommandé de sa direction, lui donnant l’ordre de faire plus de chiffre : « Il fallait faire des ventes, et s’ils étaient incapables, il fallait qu’ils quittent la société. Tous les matins, c’était humiliant pour les vendeurs ». Sébastien n’est d’ailleurs pas le seul à ne pas l’avoir supporté, cinq de ses collègues ayant quitté la société en l’espace de quelques mois. « J’ai signalé à la direction au mois de juillet qu’il y avait un gros malaise dans l’entreprise, que ça allait mal finir », témoigne un salarié du groupe. Et pourtant, ce n’était pas faute d’efforts de la part des travailleurs : « Il se mettait en quatre pour son travail. Il arrivait à 8 heures 20 le matin, il repartait à 19 heures le soir » renchérit Sandrine devant les caméras.

Ce mercredi après-midi, une marche blanche à l’appel de la famille de Sébastien Colas a rassemblé environ 200 personnes, au départ de la concession Renault-Dacia d’Evreux, exigeant « que justice soit faite ». Car dans cette histoire, qui est le sort de tant de familles de travailleurs victimes de harcèlement au travail, il y a bien un responsable : le patronat et sa course aux profits meurtrière. Pour maintenir leurs profits en temps de crise, les capitalistes sont prêts à faire payer les travailleurs de leur propre vie. De même que les augmentations de cadences et les économies faites sur la maintenance des machines sont responsables de tant de morts à la chaîne, le harcèlement moral des chefs, qui a eu raison de tant de vies de travailleurs chez France Telecom et ailleurs, ne peut être perçu autrement que comme un homicide.

Sandrine Colas a décidé de porter plainte contre la direction de son mari défunt : « Il faut que la pression dans les entreprises s’arrête. Il y a trop de gens qui partent à cause de cette pression. Il y a des familles entières détruites ; Sébastien n’est pas le seul dans ce cas là : il y en a plein d’autres. Il faut que ça s’arrête ! » Nous ne pouvons que souhaiter que son combat soit victorieux et que cette fois-ci, les responsables de la mort de l’un des nôtres ne demeurent pas impunis.

 

SOURCE/ REVOLUTIONPERMANENTE.FR

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