Sur les élections en Grèce ce dimanche

Publié le par dan29000

Déclaration sur les élections à venir en Grèce
29 août 2015
 

1. Le gouvernement Syriza-Anel a accepté, planifié et voté le troisième mémorandum en ignorant de manière provocante le mouvement du « non » et le résultat incontestable du référendum. Syriza s’est engagé à appliquer une lourde série de mesures d’austérité et de privatisations au nom de la classe bourgeoise de Grèce et des classes bourgeoises d’Europe, dont la pression ne permettait pas une sorte de « compromis honnête ». Et ils ont décidé d’imposer ces mesures à tout prix, à l’instar de tous les gouvernements avec des engagements similaires : par l’oppression, la violence policière et des procès des militants anti-mémorandums.

Cette situation n’est pas surprenante. C’est le résultat normal et prévisible d’une politique profondément enracinée de gestion de l’État bourgeois et de la collaboration de classe, dont ne peut profiter que la classe capitaliste, qui tire le plus fort sur la corde dans cette lutte. Les secteurs militants de la classe ouvrière rompent avec leurs illusions sur la politique de Syriza ou sur les supposés développements subversifs qui résulteraient de son gouvernement. Les mécanismes propres de Syriza sont désintégrés chaque jour par les démissions de ses membres de base et de la direction.

2. La crise de Syriza fait partie de la profonde crise du système politique, qui est directement liée à la crise permanente du système capitaliste international, dont l’éruption a été très violente dans le pays. L’alliance des partis bourgeois du précédent bloc mémorandaire ne semble pas capable de profiter de la crise de Syriza. La Nouvelle démocratie (ND) reporte sa tentative de reconstruction sous la direction de Meimarakis, qui n’est rien de plus qu’un conciliateur temporaire entre les fractions opposées. Le Pasok de l’ère post-Venizelos a perdu toute chance de retrouver son ancienne gloire en dépit des tentatives de la direction de Georgios Gennimatas à convaincre les anciens membres du premier plan de l’ère Papandréou à revenir dans le parti. Potami, la parti le plus jeune et le mieux placé de la bourgeoisie, se prépare à participer au gouvernement sans avoir la potentiel de la diriger. Plus personne ne se souvient de Dimar et Anel connaîtra probablement le même sort.

Dans ce contexte, la classe bourgeoise ne dispose pas d’alternative pour le moment à un Syriza réorienté à son service dans le cadre d’un gouvernement de coalition avec des partis plus dignes de sa confiance.

3. Malgré les intentions de Syriza, le mouvement du « non » a montré très clairement la division de la société en classes. En dépit d’une attitude d’abord passive, en raison d’illusions parlementaires, qui l’ont distraites dans un premier temps, le mouvement des travailleurs et des opprimés est revenu sur la ligne du front. Il a provoqué une nouvelle rupture dans le système laissant un important héritage pour la lutte contre les mesures des mémorandums. Dans le cadre de ce potentiel la stratégie est essentielle. La logique de l’opposition aux mémorandums et à l’austérité sans affrontement avec les institutions de l’État bourgeois, l’Union européenne et le capitalisme lui-même, a montré sa limite. Ce n’était pas le charlatanisme politique de Tsipras qui a conduit au nouveau mémorandum, ce fut la politique de lutte contre l’austérité sans affrontement avec le système. Le capitalisme en crise implique l’austérité et les attaques contre les travailleurs et ce sera la politique de tout gouvernement qui tente de gérer le système, quelles que soient ses déclarations initiales « anti-mémorandums ». Aujourd’hui cela signifie qu’un front du « non » ou même celui du « non jusqu’au bout », aussi nécessaire qu’il puisse être au niveau de l’action commune dans les grèves et les luttes quotidiennes, serait totalement inadéquat au niveau politique.

4. La chose la plus importante que la gauche anticapitaliste doit dire c’est qu’il y a maintenant la nécessité d’un nouveau cycle de mouvements, qui fera le lien avec les luttes des travailleurs et de la jeunesse de ces dernières années. L’unité d’action et la coordination de tous ceux qui veulent se battre est d’une importance primordiale. Nous avons besoin de comités locaux, de l’auto-organisation et d’une coordination centrale révocable par la base. Dans ces structures tous les courants prêts à participer à la lutte seraient les bienvenus : le KKE (indépendamment de son refus obstiné), l’Unité populaire, les organisations de la gauche non-parlementaire, les collectifs anarcho-syndicalistes et anarchistes. Antarsya, avec l’héritage important laissé par le rôle central joué dans le mouvement du « non », peut et doit diriger ce mouvement. En même temps, Antarsya peut et doit maintenir son indépendance politique et organisationnelle, son caractère anticapitaliste et son programme. Nous frappons ensemble dans le mouvement, politiquement nous marchons séparément – ce n’est pas le sectarisme que de réclamer son droit d’être un pôle distinct dans un mouvement plus large.

5. La solidarité avec les immigrants et les réfugiés doit être une tâche importante et centrale du mouvement. Ils sont nos frères de classe qui risquent leur vie pour éviter la guerre et l’étouffement économique. Les demandes d’asile pour les réfugiés, la légalisation et tous les droits pour les immigrés, des frontières ouvertes ainsi que le logement et l’alimentation décente sont les élémentaires devoirs de la solidarité de classe. Contre le racisme de l’État, de l’Union européenne et des fascistes, le mouvement doit construire un mur de l’unité de classe. Aucun espace ne doit être laissé à l’Aube dorée, qui tente un retour politique en crachant son venin raciste.

6. Cependant, la nouvelle vague des mouvements court le danger de s’égarer dans une impasse. Il s’agit de l’impasse de l’orientation patriotique interclassiste, d’un regroupement « pour le bien du pays » comme si le pays n’était pas divisé en classes opposées. L’impasse d’une nouvelle stratégie parlementaire qui, pour être clair, n’est que l’occasion pour certains de rentrer ou de rester au Parlement. Il semble que ce sont les impasses exprimés par le nouveau front d’« Unité populaire » sous Panayótis Lafazanis.

L’abandon de Syriza sur sa gauche et l’intention de résister contre le nouveau mémorandum est incontestablement une évolution position de l’Unité populaire. Il semble que ce nouveau front comptera quelque peu à la base et sera en contact avec les syndicats (et leurs bureaucraties en même temps). Mais le caractère politique de l’Unité populaire ne sera pas jugé par ses bonnes intentions, tout comme le caractère politique de Syriza n’a pas été défini par elles. Le front anti-mémorandums, progressiste, patriote et démocratique de Lafazanis est programmatiquement trop en deçà des besoins réels des travailleurs, des chômeurs et des opprimés. Il s’oppose aux mémorandums et à l’euro, mais il ne rejette pas tout ce qui a conduit à la totale dévotion de Syriza aux mémorandums et à l’euro : le gouvernementalisme, la gestion et la réforme de l’État, la logique de l’unité nationale et le programme électoral de Syriza. Il ne semble même pas être si démocratique car il a apparemment copié la structure de direction et le cadre relâché de Syriza. Par conséquent, indépendamment des intentions déclarées, la fonction objective de l’Unité populaire c’est de freiner la radicalisation de ceux qui quittent Syriza.

7. Après l’effondrement des illusions dans Syriza, cette radicalisation potentielle permet des bonds en avant de la conscience de classe, qui dépendront des expériences de lutte dans l’avenir immédiat. En dépit de son orientation politique et des problèmes de fonctionnement au cours de la dernière période, Antarsya a réussi à attirer les militants combatifs, a gagner la sympathie et la reconnaissance du mouvement et à devenir le centre et le point de référence de la gauche anticapitaliste. Il est du devoir de la gauche anticapitaliste aujourd’hui de ne pas permettre à ce que les secteurs de la classe ouvrière qui se radicalisent aujourd’hui s’arrêtent à mi-chemin, ce qui pourrait arriver avec le réformisme de l’Unité populaire. Simultanément, la gauche anticapitaliste doit inspirer et rassembler toutes ces nouvelles couches militantes qui s’opposent aux négociations avec les bureaucraties réformistes usées par le temps.

8. Malheureusement, la pression et la logique politique représentée par l’Unité populaire sont fortes également au sein d’Antarsya. Ce n’est pas un hasard. En réalité c’est la conséquence naturelle de la même stratégie qui a précédemment imposée l’alliance avec Mars et le Plan B d’Alékos Alavános (il est également intéressant de noter que ce sont ces forces qui ont immédiatement rejoint l’Unité populaire, décevant tous ceux qui, dans Antarsya, imaginaient jusque là qu’ils éviteraient ce cours). Il s’agit de la stratégie du front populaire, que l’OKDE-Spartakos a depuis longtemps décrite et combattue. Mars n’était rien de plus qu’un pas vers Lafazanis et tous ceux qui ne l’ont pas vu clairement au cours de la période précédente devraient maintenant ouvrir les yeux. La notion de la « voie commune » était fondée sur l’idée que les fronts anticapitalistes sont dépassés et que nous avons maintenant besoin d’un front de gauche plus large – aujourd’hui cela pourrait être un front politique du « non ». Cette orientation n’est plus compatible avec le projet d’un pôle anticapitaliste politiquement indépendant.

9. Il est clair que la collaboration politique et électorale avec l’Unité populaire n’est pas possible. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’accord sur le programme comme cela a été constaté lors des discussions entre Antarsya et Unité populaire. Il ne s’agit pas seulement de leur refus de mettre en avant la sortie de l’Union européenne – le sujet sur lequel certains camarades concentrent leur critique – même si la lutte contre l’UE soit très importante aujourd’hui. Cela concerne l’orientation de l’Unité populaire dans son ensemble, qui n’est virtuellement rien d’autre qu’un retour aux origines de Syriza et à sa tactique électoraliste gouvernementale avec la monnaie nationale en plus. L’horizon de l’Unité populaire c’est la reconstruction de l’autosuffisance productive nationale, dans le cadre du capitalisme, ce qui pourrait certainement être confirmé par tous ses cadres connus. L’argument qu’un programme anti-mémorandums et anti-euro ne peut être accepté par aucune part de la classe bourgeoise et que, par conséquence, l’Unité populaire devra choisir une orientation anticapitaliste, n’a pas plus de valeur que l’argument des courants qui ont soutenu Syriza en janvier en pensant que l’intolérance des créanciers forcera ce gouvernement à engager une rupture – tout le monde a vu ce qui c’est passé.

Outre la prévisible incompatibilité programmatique, le caractère politique de l’Unité populaire rendrait préjudiciable une alliance politique avec eux, car il porterait gravement atteinte à l’image et au caractère anti-systémique d’Antarsya. Les dirigeants de l’Unité populaire ont une longue histoire au service des bureaucraties réformistes et syndicalistes et ils ont été récemment gravement impliqués dans la bureaucratie de l’État. Le service de quatre ministres durant six mois, impliqués dans les cas de EL.PE (compagnie pétrolière grecque), de l’affaire de la mine d’or de Skouries, l’investissement de Cosco dans le port de Pirée, l’alliance militaire avec Israël, ainsi que le vote pour la collaboration gouvernementale avec l’extrême droite Anel et en faveur de l’élection à la présidence de la République de P. Pavlopoulos, responsable de la répression de la révolte de décembre 2008, disent suffisamment sur eux. Pour ces raisons, en tant que OKDE-Spartakos, nous étions en désaccord avec la proposition de collaboration politique et électorale avec l’Unité populaire dès le début, même avec des conditions programmatiques préalables, et nous avions opposé à cela un appel à l’action commune dans les rues contre les nouvelles mesures.

En tout cas, la collaboration avec l’Unité populaire n’aurait aucun sens même tactiquement. Contrairement à Syriza en janvier, l’Unité populaire ne revendique pas le gouvernement, de sorte que personne ne peut compter sur eux pour modifier le rapport de forces entre classes (même si nous ne partageons pas ce critère). De plus, la gauche anticapitaliste n’a aucune chance de peser politiquement en contestant l’hégémonie au sein du front, car tout – le leader, la direction, le nom etc. est hors discussion pour eux.

10. Dans les élections à venir, notre principal objectif c’est la présence d’une gauche anticapitaliste, militante et indépendante de tout réformisme, utile pour les nouvelles luttes. Le cycle des attentes électorales et des illusions parlementaire doit être clos. Une liste autonome d’Antarsya (si possible élargie à d’autres organisations révolutionnaires qui sont resté en dehors) clamant le retour dans les rues et la nécessité pour les travailleurs et les opprimés de ne compter que sur leur propres forces, pour une rupture complète avec le système. Il va de soi que, si Antyarsya fait le choix d’une campagne électorale indépendante, les membres et les organisation qui choisiraient le cas échéant de participer électoralement à l’Unité populaire ne pourtont plus faitre partie d’Antarsya. Dans Antarsya il n’y a pas de place pour ceux qui joueraient un double jeu politique, car c’est un espace pour les militants qui comprennent que le combat pour nos droits signifie aujourd’ hui la guerre contre le capitalisme.

Sans aucune illusion sur une percée électorale, une campagne basée sur le programme de transition véritablement anticapitaliste, orientée pour le pouvoir des travailleurs, peut conduire Antarsya vers la gauche et l’aider à dépasser les tergiversations de la période précédente. Sachant toutefois que, pour la majorité de la direction une telle orientation sera choisie en fonction de critères empiriques et instables, menaçant ainsi l’avenir comme nous l’avions déjà vu faire dans le passé, nous demandons la création d’un courant révolutionnaire anticapitaliste dans Antarsya en accord avec l’orientation générale du texte collectif « Pour un Antarsya anticapitaliste et révolutionnaire » qui a été présenté.

OKDE-Spartakos, Athènes, le 29 août 2015


* Traduit pour Inprecor par J.M. à partir de la traduction anglaise comparée à l’original grec.

Mis en ligne le 8 septembre 2015
 
SOURCE / ESSF

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