Blasmusikpop, Vea Kaiser, Presses de la cité

Publié le par dan29000

Toujours notre série consacrée aux premiers romans.

 

Pour son premier roman, Via Kaiser n'a pas choisi la facilité. Plus de 500 pages, une multitude de personnages secondaires et une profusion de détails qui peut parfois dérouter le lecteur. A l'origine un village de montagne, microcosme alpin, vivant en autarcie.

 

Saint-Peter-sur-Anger. Village autrichien de cinq cents habitants.

 

Village se suffisant à lui-même, conformisme atavique, méfiance envers la culture, un endroit où l'on naît et meurt, sans avoir quitté le périmètre communal. Des barbares qui ne veulent avoir aucun rapport avec les coutumes des villes. C'est avec ce contexte assez suffoquant que les lecteurs d'Elfriede Jelinek connaissent bien, que Johannes, premier du nom va rompre, en partant étudier en ville, souhaitant en savoir plus sur un ver solitaire embarrassant ! Il reviendra plus tard s'installer au village, comme médecin.

 

Objet littéraire d'une grande originalité, Blasmusikpop se situe au carrefour du roman provincial et du roman d'éducation. En effet Johannes va faire l'éducation de son petit-fils, essayant de lui apporter une ouverture d'esprit plus large que le repli identitaire des villageois. Ce qui devient encore un autre thème de ce roman foisonnant, celui de l'identité d'un groupe fermé, et de l'identité d'un individu dans ce groupe. Une préoccupation d'ailleurs bien autrichienne. La vie étroite du village se renforce aussi par les fêtes et les mariages dans le village. Famille, patrie. Patrie en forme de village. Alors que le petit-fils a loupé son baccalauréat, il ne va pas tarder à devenir le centre d'attraction du microcosme lors de la venue du prestigieux club de football de Hambourg. Une venue qui va faire évoluer la petite communauté vers la tolérance et l'ouverture d'esprit, au rythme de l'harmonie municipale !

 

S'il est assez difficile d'entrer dans ce roman si particulier, le lecteur ayant surmonté l'avalanche de détails, le trop plein de personnages, sera récompensé par l'aspect farfelu de cette histoire qui fait sourire plus d'une fois et qui surprend souvent. Même si l'alternance en un chapitre sur la vie du village, et un bref chapitre décrivant les notes d'un historiographe, est parfois un peu lourde.

 

Au final, beaucoup d'humour et d'originalité, pour ce roman sorti en 2012 outre-Rhin où le succès public fut en adéquation avec les critiques. L'adaptation cinématographique étant d'ailleurs en cours.

 

Dan29000

 

 

Blasmusikpop

Comment un ver solitaire changea le monde

Vea Kaiser

Traduit de l'allemand (Autriche) par Corinna Gepner

Éditions Presses de la Cité

2015 / 528 p / 22 euros

 

 

Le site de l'éditeur

 

 

EXTRAIT :

 

Le mariage de Johannes et d'Elisabeth ne datait que du mois d'avril, les quatre cent vingt habitants du village avaient festoyé pendant trois jours. La fanfare avait joué, la vieille voiture des pompiers avait été réquisitionnée pour transporter les mariés de l'église à l'auberge, une affluence comme dans les processions organisées pour les grandes fêtes. Les villageois avaient attendu ce mariage pendant treize ans, car Johannes et Elisabeth étaient pour ainsi dire fiancés depuis l'école primaire. Bien avant que Johannes ne prenne l'habitude de rejoindre Elisabeth en passant par sa fenêtre, les vieilles femmes installées sur les marches de l'église parlaient déjà des beaux enfants qu'auraient ces deux-là. Johannes était un peu plus grand que la majorité des hommes du village et de stature athlétique. On sentait bien qu'il ne développerait jamais la bedaine saint-pétrucienne qui débordait de la ceinture de presque tous les hommes à partir de trente ans.

 

 

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