Caméra-piéton : Souriez, vous êtes pris pour des imbéciles

Publié le par dan29000

Souriez, vous êtes... pris pour des imbéciles

 

 

En matière d’égalité des droits, le Gouvernement Valls a cette manie d’ajouter l’insulte à l’injure. Après s’être pourvu en cassation dans le procès historique contre l’Etat pour contrôle au faciès[1], et encouragé les policiers à contrôler à tout va pour lutter contre le terrorisme[2], il s’apprête à remettre sur le tapis sur une proposition de Brice Hortefeux pour protéger les policiers en cas d‘usage de la force, et prétend qu’il s’agirait là d’une mesure... contre les contrôles au faciès. Au lendemain de la commémoration des 1 an la mort de Rémi Fraisse et à la veille de la commémoration des 10 ans la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré qui avaient fui un contrôle de police par simple peur d’une interaction avec la police, l’annonce est d’un mauvais goût tout particulier. Les associations du Collectif appellent les citoyens à s’organiser pour récupérer leurs propres vidéos, et le Gouvernement à prendre ses responsabilités.

 

Une proposition de Brice Hortefeux pour justifier l’usage de la force

La proposition n’est pas nouvelle : la « caméra-piéton » avait été introduite après la nomination de Brice Hortefeux sous Nicolas Sarkozy et testée à Saint-Denis avant de devenir le gadget du Maire UMP de Nîmes[3], peu connu pour son engagement sur le contrôle au faciès, en 2014. Son but annoncé : montrer que "l'utilisation de la force [est] légitime" dans certaines interventions.[4] Elle avait un second avantage : une surveillance discrète sans jamais avoir à justifier une intervention, et sans aucune protection des données enregistrées.

 

Une incohérence intrinsèque qui révèle le mépris du Gouvernement Valls

Quel impact sur la lutte contre le contrôle au faciès ? Aucun, si ce n’est l’effet inverse. Car seuls les policiers peuvent décider d’activer la caméra portée en boutonnière, et ont un accès prioritaire aux images. Non négligeable lorsqu’on connaît la difficulté d’accès des victimes de violences policières aux images de vidéosurveillance aujourd’hui. L’outil est un geste envers les policiers suite à la réunion des syndicats de police à l’Elysée, mais certainement pas une application de l’engagement numéro 30 du candidat Hollande « Je lutterai contre les contrôles au faciès par une mesure respectueuse des citoyens ».

 

Si le Gouvernement avait voulu que cette mesure protège les citoyens, il aurait fallu aller plus loin, et exiger par exemple : l’activation permanente des caméras ; la nullité de tout contrôle d’identité, toute procédure d’outrage et rébellion, toute garde à vue en l’absence de vidéo pouvant en justifier le motif ; l’accès aux images sur simple demande au Défenseur des Droits, qui y aurait accès. Ou simplement appliquer la mesure du reçu du contrôle d’identité, meilleur outil d’évaluation et de recours jusqu’ici. Mais il n’y a rien de tout ça dans la proposition. Car elle n’a pas pour objectif de lutter contre les contrôles au faciès.

 

A chacun sa caméra !

Face aux contrôles abusifs, les associations du Collectif encouragent les citoyens à renforcer leur vigilance. En 2011, elles ouvraient un pôle juridique accessible par le simple SMS « contrôle » au 07 60 19 33 81, popularisé par la web-série de témoignages de rappeurs « Mon 1er contrôle d’identité »[5]. Depuis, au delà de l’action en justice contre l’Etat qui en a découlé, les bénévoles du pôle juridique continuent de faciliter le recours aux droits de citoyens qui s’estiment victimes de contrôles abusifs. Le recours au droit passant par la connaissance de ce dernier, le collectif a aussi mis en ligne un Guide d’Action[6] offrant des outils de sensibilisation, et notamment un guide pour filmer les contrôles d’identité avec son téléphone, ou obtenir les images de vidéosurveillance du lieu d’un contrôle, compétences qui apparaissent plus que nécessaires aujourd’hui.

 

Une mauvaise blague qui coûte cher

L’on se souviendra que Manuel Valls considérait la mesure du reçu du contrôle d’identité, simple PV papier à traiter, « trop coûteuse ». Celle des caméras piéton s’élève à ... 1000 euros pièce. Au contribuable de faire les comptes. Mais le prix du mépris ne se fera pas que sentir dans les portefeuilles. Celui-ci saura sans aucun doute se faire sentir lors des diverses élections à venir dans les quartiers qui avaient massivement donné sa chance au Parti Socialiste pour un changement tant attendu. Car si la déception suscite le désengagement, le mépris, lui, engendre la colère.

 

La politique du reçu du contrôle d’identité, promue par des commissaires étrangers comme un excellent outil de management et d’amélioration du rapport police-population, commence par l’émission de PV lors des contrôles dont les deux parties peuvent garder une trace, permettant de quantifier et évaluer chaque contrôle, sur la base d’éléments objectifs. C’est sur cette base que s’organise le management, la formation, et les recours en cas de litige. C’est pourquoi le Défenseur des Droits, la CNCDH, la LDH, le Syndicat de la Magistrature, mais aussi EELV, le FDG, et l’UDI en ont défendu le principe aux côtés des associations du Collectif.[7] Une mesure dont le seul opposant politique a été promu Premier Ministre. Un message bien plus impactant que toute « visite en banlieue », même avec dix-sept ministres.

 

SOURCE/ STOP LE CONTROLE AU FACIES

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