Désintox : Moranisation, finkielkrautisation et autres...

Publié le par dan29000

Billet d'humeur : Moranisation, finkielkrautisation et autres options

 

 

"Même pas Peur !" est sorti hier (le 07 octobre) dans le silence médiatique (radio et télé) le plus total. Si nos partenaires Mediapart, Politis et la Ligue des Droits de l'Homme n'avaient pas relayé l'information, on aurait pu parler de silence absolu.

 

Pour les médias dits "mainstream" ou grands médias à priori ça n'intéresse personne de parler de laicité, d'identité nationale et de problématique sociale. Soit. Ce n'est pas comme si la France allait mal. Et puis bien entendu il y a des choses graves : un homme perd sa chemise de couturier (c'est fou comme c'est pas résistant ces choses là) mais personne ne perd son emploi (non absolument pas), Morano a une amie de couleur et va écrire un livre qui défrise pendant que Finkielkraut oppose islamophobie et antisémitisme au nom de l'égalité et de la fraternité. BHL n’a malheureusement pas d’actualité cette semaine et n’a pas encore tâché sa chemise. 

Cette année est donc placée sous le signe de la liberté d'expression. Je confirme qu'il y a une liberté totale de s'exprimer dans ce pays. La preuve, je le fais librement que ça soit ici ou dans mon film (je ne vois pas encore de personne en uniforme venue me menotter). Par contre s'exprimer est une chose, être un tant soit peu entendu c'en est une autre. Parce que pour être entendu il faut déjà que quelqu'un puisse savoir que vous existez.

On ne peut que noter de manière factuelle qu'aucune radio ni télévision n'a daigné parler de "Même pas Peur !" malgré la présence de personnes ayant une réputation notable telles que Alain Touraine, Monique Chemillier-Gendreau, Benjamin Coriat, Jean Baubérot ou Odon Vallet et plein d'autres. A priori la parole de ces intellectuels n'intéresse personne. Pourtant, régulièrement on entend déplorer que ces mêmes intellectuels ne s'expriment pas. Malaise. Certains journalistes de bonne volonté (il y en a) ont relayé ce qu’ils ont pu. Ils ont le mérite d’essayer d’exister et donc je les en remercie. 

On pourrait vite tomber dans l'écueil de la censure. Je pourrais telle une pleureuse hurler à la volonté de me faire taire. Je pense que la réalité est pire en fait. Je pense que ce qui tue notre société est un profond mépris. La classe médiatique se complait dans un salon de discussion privé. On cause entre "gens biens" et les autres, rassemblés sous le nom de spectateurs, les regardent causer. C'est pire qu'à l'époque de Louis XIV où l'on tenait salon car au moins en ce temps-là le bon peuple n'était pas obligé de regarder le spectacle, il en subissait juste les conséquences. Selon la catégorie où vous vous situez on va vous donner une causerie différente : celle pour la ménagère de moins de 50 ans, celle pour le djeuns, celle pour le retraité, etc... Tout a été pensé pour vous distraire selon un scoring digne des banques, ce qui donne que pour trouver une émission qui intéresse ça devient aussi difficile que d’avoir un crédit. 

Du coup pour sortir du silence on peut être tenté par l'extrême : écrire "Même pas peur" sur ses deux seins et débouler sur un plateau télé. C'est une solution comme une autre, que pour l'instant je n'ai pas retenue. Mes seins pourraient effectivement passer à la postérité. Mon intellect un peu moins. L'option callipyge peut-être envisagée aussi, histoire de ne pas avoir de procès pour plagiat (pour les seins). En parlant de fesses, ne soyons pas faux-cul, si demain on me propose l’arène, j’irai, non pas pour y montrer mon postérieur mais pour défendre un film qui donne accès au grand public à une autre vision des choses. Quand on est réalisateur on essaie de parler au plus grand nombre, on se parle rarement à soi-même. Bien entendu je ne m’attends pas à y être invitée et si par un miracle quelconque je m’y retrouverai, miracle dû au potentiel « bon client » que je pourrais avoir, vu que mon verbe reste haut, je doute fortement que l’accueil qu’on me réserve soit chaleureux.

Dans le fond j'ai envie de dire « Don't worry, be happy » car ce système, aussi fermé soit-il, arrive à bout. On se désintéresse de plus en plus de la télé pour être sur Internet. A un moment donné, la télé disparaitra, elle sera de l'ordre du dinosaure. Internet, à son tour, collapsera car il sera pris d'assaut par les rescapés du titanic télévisuel. Sauf que le gigantesque schéma économique dont on besoin les productions télévisuelles n'existe pas sur Internet et que donc il sera difficile de produire du contenu. On demandera sûrement aux spectateurs de payer de plus en plus et les gens étant de plus en plus pauvre, on se retrouvera forcément dans une impasse. La boucle sera bouclée.

Et alors me direz-vous que se passera-t-il ? Il se passera que des films comme "Même pas Peur ! » ou "Je lutte donc je suis" de Yannis Youlountas continueront à passer par tous les canaux possibles et imaginables tels des petits ruisseaux qui formeront une grande rivière. Nous ne faisons pas des films pour la notoriété mais parce que nous avons des choses à dire et à montrer. Ces films continueront à rassembler du monde qui viendra s'informer mais aussi discuter, échanger et avancer. Cela créera des solidarité et des rencontres. C'est déjà le cas dès maintenant. La causerie, nous arrêterons de la regarder et nous nous mettrons en marche au lieu de rester derrière des écrans hypnotiques à nous moraniser ou nous finkielkrautiser. Au final tout cela ne dépend que de nous.

 

SOURCE / MEDIAPART

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