Lutte dans l'AP-HP : la CFDT trahit le mouvement

Publié le par dan29000

L’inquiétude d’une partie des hospitaliers concernant l’attitude de certaines organisations syndicales n’aura pas été sans fondement. Après avoir indiqué le soir de la manifestation du 17 une ouverture de discussion sur la base des « compensations » proposées par Hirsch - et non pas du retrait du plan de réorganisation du temps de travail -, la CFDT annonce la couleur et accepte de revenir à la table des négociations.

 

Depuis le week-end dernier, des bruits circulaient sur une éventuelle négociation secrète et en solo de la CFDT avec la direction de l’Assistance Publique – Hôpitaux Parisiens (AP-HP). Cet organisation syndicale a pourtant attendu la fin de la journée d’action, qu’elle n’avait pourtant en rien aidé à préparer (la CFDT n’était même pas signataire du tract de l’intersyndicale), cela pour rendre officielle son abandon du cadre commun sur lequel s’était battue l’unité syndicale depuis le début du mouvement : la revendication du retrait définitif du plan de réorganisation du temps de travail proposé par Martin Hirsch.

Ainsi, nous apprenons au travers d’un document envoyé par la direction générale de l’AP-HP qu’une réunion a effectivement eu lieu le lundi 22 entre celle-ci et les représentants de la CFDT et qu’elle a abouti à un accord sur une base pour un processus de négociation. La direction de la CFDT, après avoir contribué à sauver la tête de Hirsch en juin dernier, entend aller jusqu’au bout dans sa démarche, quitte à trahir les positions de l’intersyndicale, des assemblées générales et d’une partie de leurs propres militants.

Voici donc le document en question :

 

Chronique d’une trahison annoncée


Au moins, depuis la fin juin, il était clair que certaines directions syndicales, dont celle de la CFDT, cherchaient une porte de sortie au conflit qui oppose depuis plusieurs mois la direction de l’AP-HP et le personnel hospitalier. Si la tentative de fin juin n’a pas pu aboutir, c’est bien car il y a eu une énorme pression de la base du mouvement.

A partir de là, le plan B a été de voir si la pause estivale se chargeait de couper le rythme et de conduire à un essoufflement de la mobilisation. Mais malgré la faible préparation de la part de certaines directions, ce qu’a montré la journée du 17 septembre a été une énorme disposition de lutte et une volonté de radicalisation d’une frange du personnel mobilisé.

C’est pourquoi il ne restait qu’une possibilité à la direction de la CFDT, celle de la trahison pure et simple de tous les engagements qu’elle avait tenus auprès de la base depuis le début du mouvement. C’est donc en échange de quelques miettes (dites « compensations ») que la direction de la CFDT rompt de cadre de l’intersyndicale et revient seule (pour l’instant en tout cas) à la table de négociation avec Hirsch.

 

La porte ouverte à toutes les fenêtres ?


Il semblerait néanmoins que l’objectif de la direction de l’AP-HP soit d’aller plus loin et d’intégrer d’autres organisations syndicales dans la négociation qui s’ouvrirait dès la semaine prochaine. C’est pourquoi le document de la direction générale parle ouvertement de proposer « aux autres organisations syndicales représentatives de participer, si elles le souhaitent, aux processus de négociation ».

La direction de la CFDT rajoute une couche en ce sens dans la note qu’elle a adressé à l’Intersyndicale pour accompagner la lettre de la direction de l’AP-HP (cf. la phrase en gras) :

« Bonjour à tous, Comme je vous l’avais promis à l’occasion de la dernière intersyndicale, je vous transfère le document servant d’accord au DG et à la CFDT, pour une reprise des discussions. Comme promis : le socle en trois points ainsi que la possibilité pour chacun d’intégrer les discussions (voir des négos ?) . Nous avons communiqué à l’ensemble de nos sections que la CFDT, appartenait à l’intersyndicale APHP. A titre personnel, je vous remercie pour l’attitude que vous avez manifesté à mon égard à l’occasion de notre rencontre. Bon WE et à bientôt. Pour la CFDT. Abdel »

Les remerciements à la fin de cette note (sauf s’il s’agit d’une remarque ironique) semblent par ailleurs indiquer que le virage entrepris par la direction de la CFDT n’ait pas suscité un tollé au sein de l’Intersyndicale. Le risque que d’autres organisations syndicales décident de suivre la CFDT dans la voie du renoncement au mot d’ordre du retrait du plan Hirsch et d’une négociation d’éventuelles compensations pourrait être ainsi bien réel.

 

Plus que jamais, c’est aux hospitaliers eux-mêmes de définir la suite de leur mouvement


Depuis le mois de juin une certaine défiance à l’égard des directions syndicales de l’AP-HP semble émerger chez les personnels mobilisés, sans que pour autant une alternative d’organisation par la base, capable d’imposer la volonté des hospitaliers puisse voir le jour. Révolution Permanente a en ce sens relayé à plusieurs reprises le cas de la coordination des infirmières de 1988 comme un exemple de la possibilité de ce type d’organisation.

Mais le caractère extrêmement délicat de la situation qui s’ouvre impose de poser cette question dans des termes beaucoup plus concrets et urgents. La solution pourrait passer par le fait qu’une assemblée générale d’un hôpital en lutte lance un appel à une coordination ou assemblée inter-établissements souveraine dès la semaine prochaine, de façon à remettre à l’ordre du jour le retrait du plan Hirsch et à se donner les moyens d’une mobilisation capable de le concrétiser. C’est ce qui pourrait par ailleurs permettre de remobiliser des secteurs du personnel pour un "deuxième round" de l’affrontement avec Hirsch pour le retrait définitif de son projet. Cela implique d’imposer la volonté de la base aux directions syndicales et de chercher la convergence avec d’autres secteurs en lutte, à commencer par les hospitaliers de tout le pays qui subissent le même type d’attaque.

 

SOURCE/ REVOLUTIONPERMANENTE.FR

Publié dans actualités

Commenter cet article