Manpower dissimule la mort d'un "sans-papiers"

Publié le par dan29000

Même mort au travail, il n’a ni identité, ni droits

 

Mamadou Traoré. Manpower dissimule la mort d’un « sans-papiers »

Publié le 19 octobre 2015

 

 

Claire Manor

 

 

C’est par hasard qu’a été connue, très récemment, la mort par accident du travail d’un intérimaire sans papiers embauché par Manpower. Détaché sur un chantier de terrassement de la SADE, dans le nord de Paris, il a été victime d’un accident mortel le 30 juillet dernier. Depuis, silence. En dépit de la législation qui lui imposait de déclarer l’accident, Manpower a été capable de dissimuler pendant plusieurs mois la mort d’un de ses salariés dont elle nie être l’employeur.

Au cri de « Manpower assassin », plus de 150 intérimaires se sont réunis lundi 19 octobre, devant le siège de l’agence à Nanterre, à l’initiative du syndicat CGT Manpower, de l’Union syndicale de l’Intérim CGT et de l’UL de Nanterre, pour dénoncer ce scandale et réclamer vérité et justice pour Mamadou.

Plus fragile et donc encore plus exploité

Comme la plupart des travailleurs sans papiers, Mamadou travaillait sous un nom d’emprunt, Soumaré. On sait pour l’instant peu de choses de lui, compte tenu du black-out complet qui a été fait sur sa mort. Mais son simple statut d’intérimaire sans papiers travaillant sous alias indique déjà quel était son sort, comme celui de tous ses semblables, précaire entre les précaires.

Affaiblis par la crainte quotidienne d’être démasqués et la peur d’être reconduits aux frontières, ils sont considérés par les patrons comme de la main-d’œuvre malléable et jetable que l’on peut sous-payer et exploiter dans les pires conditions de travail. Au sein des usines, et des ateliers, dans les secteurs du bâtiment ou de la restauration où ils sont le plus souvent employés, on leur réserve souvent les travaux les plus pénibles et les plus dangereux. Une véritable aubaine pour les patrons désireux de faire encore plus de profit en contournant leurs obligations en matière de risques professionnels.

« En 2013, 34 848 salariés intérimaires ont été victimes d’accidents du travail et 67 en sont morts ». C’est ce qu’indiquait la banderole que les intérimaires avaient tendue devant l’immeuble où se trouve le siège de Manpower. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui des travailleurs en CDI, déjà inacceptable.

Pour les travailleurs sans papiers le risque est encore aggravé car en cas d’accident, ils n’osent pas faire appeler les secours ou les ambulances, de peur de devoir décliner leur identité. Pour la même raison ils ne disposent le plus souvent ni de la CMU ni de l’AME pour se faire soigner.

Face à un patron sûr de son impunité

On a peu d’informations sur la stratégie de Manpower et les raisons de son silence dans le cas de l’accident de Mamadou Traoré, mais on imagine assez aisément la stratégie qui peut être utilisée dans une telle circonstance par l’employeur pour désengager sa responsabilité. Le travail sous alias présente l’avantage de permettre de fermer les yeux tant que tout se passe bien et de nier être l’employeur quand les choses tournent mal.

Par ailleurs, les fraudes patronales et les infractions aux règles d’hygiène et de sécurité sont souvent articulées entre donneurs d’ordre et patrons de l’intérim, ce qui peut occasionner des renvois réciproques de responsabilité en cas de problèmes graves.

Manpower ne devait toutefois pas être tout à fait sûr de son coup cette fois-ci puisqu’il a pris le risque de dissimuler pendant plusieurs mois cet accident mortel. Il est vrai que l’habitude de l’impunité, sous des gouvernements successifs qui ferment les yeux, doit rendre plus audacieux et faire perdre la mesure du risque. Rappelons que c’est par hasard que ce silence coupable a été découvert.

Mais c’était sans compter la détermination des travailleurs intérimaires et sans papiers

Depuis plusieurs mois les travailleurs sans papiers ont entrepris une lutte exemplaire, notamment dans les Yvelines avec occupation de locaux pour revendiquer, auprès de leurs employeurs, des certificats de concordance et des promesses d’embauche destinés à leur permettre une régularisation en préfecture. À l’occasion de cette lutte, ils se sont massivement syndiqués à la CGT et ont noué des liens avec les autres structures de l’intérim.

La mobilisation d’aujourd’hui a vu converger à Nanterre le syndicat CGT Manpower, l’Union syndicale de l’intérim, le collectif CGT 78 et l’UD-CGT des Yvelines. A plus de 150, ils sont venus appuyer les élus CGT Manpower lors de leur participation à la réunion extraordinaire du CHSCT – que la direction s’est trouvée dans l’obligation de convoquer lorsque les syndicats et les travailleurs ont eu connaissance de la mort par accident de Mamadou Traoré. Ils se sont montrés déterminés à demander des comptes, à exiger la vérité et à faire valoir les droits de leur camarade et de sa famille.

 

SOURCE / REVOLUTIONPERMANENTE.FR

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