Solidarité avec Erri De Luca, menacé de 8 mois de prison

Publié le par dan29000

Cher(e) ami(e),


Nous voulons d’abord vous transmettre un message reçu d’Erri De Luca à la veille du réquisitoire, le 20 septembre : « Merci à nouveau à tous ceux qui m’ont soutenu et qui continuent à le faire ».

Le lendemain, 8 mois de prison ont été requis contre Erri De Luca par le procureur de Turin. Nous sommes abasourdis par les conséquences de la plainte d’une société publique franco-italienne, domiciliée à Chambéry, et en charge du projet de TGV Lyon-Turin.

Erri De Luca,  « stupéfait par la différence entre les arguments produits (par le parquet) et ce réquisitoire a minima », s’attendait à pire, le procureur pouvait requérir jusqu’à 5 ans. Comment comprendre cet écart ? Un effet de la campagne d’opinion internationale du mois de mars ? Si les arcanes des pouvoirs restent impénétrables, nos amis italiens remarquèrent que la presse transalpine devint plus équilibrée dans son traitement du procès. Dans la ville où prit place le réquisitoire, le grand journal quotidien, La Stampa, en rendit compte en poussant le souci de la symétrie jusqu’au titre, « TGV, le procureur : « huit mois à Erri pour instigation ». La défense : « liberté de parole ».

Mais, 8 mois, c’est 8 de trop !
L’écrivain a toujours soutenu qu’il parlait au figuré qu’il déclara, au téléphone à un journaliste du Huffington Post italien, « la ligne à grande vitesse doit être sabotée ». Si les hauts fonctionnaires du TGV comprirent cette phrase au sens littéral, qui pouvait-il ? En artisan des mots, il eut à cœur de s’en expliquer dans La Parole contraire. Dans un entretien à Lire, il y revint: "C'est un mot qui n'est pas forcément synonyme de dégradation matérielle: saboter, ce peut être faire grève, faire obstruction, mal appliquer un ordre. C'est une formule de résistance civile, qui en appelle à la fraternité." En vain. La société publique entendait imposer son interprétation littérale des propos d’Erri De Luca, elle fit savoir que, malgré l’ampleur des soutiens aux paroles de l’écrivain, la plainte ne serait pas retirée. Il lui importait surtout d’être représentée à l’audience en tant que partie civile. Devant le tribunal, son avocat, maître Alberto Mittone soutint l’accusation des paroles d’Erri De Luca aux côtés du procureur.

Chacun comprend le message de ces hauts-fonctionnaires : s’ils peuvent « bâillonner » un écrivain, pour reprendre la formule d’Antoine Gallimard, ils n’hésiteront pas a fortiori devant ceux qui ne disposent pas d’une notoriété protectrice.

Qui pouvait penser que, dans une Europe dont les dirigeants manifestaient un an de cela pour la liberté d’expression, on expérimenterait de nouvelles procédures de contrôle de la syntaxe de nos belles langues ? Comment imaginer que nous n’aurions plus le loisir d’écrire métaphoriquement sans risquer d’être déféré à une Police des mots ?
Si, le 19 octobre, l’écrivain n’est pas acquitté, ces questions prendront toute leur force. Peut-on refouler ce vent mauvais ? Une nouvelle campagne d’opinion peut-elle concourir à la liberté d’Erri De Luca et à celle des paroles contraires ?
Nous le saurons bientôt. À nous de vouloir.

Merci de diffuser ce message autour de vous.

Merci de faire connaître www.soutienaerrideluca.net qui est réactivé et qui fera le point sur la campagne.

Merci de défendre La parole contraire.


Salut et fraternité.

Le Comité international de soutien à Erri De Luca,
www.soutienaerrideluca.net

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