Calais, le désastre au quotidien

Publié le par dan29000

Calais jour après jour: chronique d'un désastre

 

|  Par Carine Fouteau

 

La « new jungle » de Calais, où vivent 6 000 exilés dans un état d'insalubrité extrême, est une honte nationale. Alors qu'un conseil des ministres européens se tient ce lundi à Bruxelles sur les migrations, à deux jours d'un sommet UE-Afrique à La Valette, Mediapart se propose de chroniquer au jour le jour l'évolution de la situation sur place : de la vie des migrants aux alertes des bénévoles en passant par les tours de passe-passe des pouvoirs publics. 

 

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Aux yeux du monde entier, la lande de Calais où se retrouvent des milliers de migrants en attendant de rejoindre la Grande-Bretagne est devenue une indignité française. Les personnes manquent de tout : d'un toit pour se mettre à l'abri des intempéries, de points d'eau, de soins. Comment les autorités publiques ont-elles pu laisser se dégrader la situation au point d'être condamnées par la justice pour avoir « porté une atteinte grave et manifestement illégale » au droit de la population du camp « à ne pas subir de traitements inhumains et dégradants » ?

Alors que l'Europe est confrontée à l'exode le plus massif depuis la Seconde Guerre mondiale, la France se transforme en pays de transit. Les migrants n'envisagent a priori pas de s'y installer. Mais parce que le gouvernement fait office de garde-barrière pour l'Angleterre, les exilés s'entassent – et dépérissent – à la frontière. 

  • 8-9 novembre 2015. Jets de pierre contre grenades lacrymogènes

Des violences entre migrants et forces de l’ordre ont eu lieu dans la nuit de dimanche 8 à lundi 9 novembre à proximité de la « jungle » alors que les exilés – jusqu’à 200 – tentaient de ralentir, voire de bloquer le trafic sur la rocade portuaire pour pouvoir monter dans les remorques des camions. Parmi les policiers, seize personnes ont été légèrement blessées à la suite de jets de pierre, selon la préfecture du Pas-de-Calais. D’après une source policière, les CRS ont utilisé « presque 300 grenades » lacrymogènes. « C’est la première fois que c’est aussi violent, a indiqué Gilles Debove, responsable du syndicat SGP Police – Force ouvrière dans le Calaisis. On est inquiets, si un jour on a une révolte au sein du camp, ça va être la folie. »

  • 4 novembre 2015. « The French Republic wants to help you »

Faute de candidats à l'asile, l'État français invite les réfugiés syriens et irakiens à déposer une demande sur place, plutôt que de se rendre en Grande-Bretagne. Cette affichette, trouvée par des bénévoles à Téteghem, petite commune de l’agglomération dunkerquoise, est signalée par le militant Philippe Wannesson sur son blog Passeurs d'hospitalités.

  • 2 novembre 2015. La justice ordonne des améliorations dans la « jungle »

C'est une victoire pour le Secours catholique, Médecins du monde et les exilés irakiens, soudanais, afghans et syriens à l'origine de la requête : le tribunal administratif de Lille ordonne au préfet du Pas-de-Calais et à la commune de Calais des mesures d'urgence en faveur des migrants du bidonville. Parmi elles : la création de dix points d'eau supplémentaires et d'une cinquantaine de toilettes, la mise en place d'un dispositif de collecte des ordures, le nettoyage du site et l'accès des services d'urgence au camp.

Ces mesures doivent être lancées dans un délai de huit jours sous peine d'une astreinte de 100 euros par jour de retard, précise le juge dans son ordonnance. Le préfet est également sommé de recenser sous 48 heures tous les mineurs isolés en vue de leur placement.

  • 31 octobre 2015. Des centaines de migrants enfermés en rétention

Lors de sa visite à Calais, le ministre de l'intérieur promet des « tentes chauffées » aux exilés vivant dans le bidonville. Depuis, les placements en rétention se multiplient. Des familles sont séparées car les migrants interpellés sont envoyés aux quatre coins du pays. Les associations dénoncent un « recours massif » à la privation de liberté.

 
  • 28 octobre 2015. Des mesures pour améliorer les conditions sanitaire des migrants

Les ministres de l'intérieur et des affaires sociales annoncent des mesures visant à améliorer les conditions sanitaires déplorables dans la lande. Ils renforcent l'équipe médicale présente au centre d'accueil de jour Jules-Ferry (ouvert en janvier 2015 à proximité de la « jungle ») avec un médecin, un psychologue et un kinésithérapeute, réservistes de l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), sollicité en cas de catastrophe en France ou à l’étranger. Ces personnes sont appelées à intervenir afin d'augmenter le nombre des consultations et mener des actions de prévention (vaccination, contraception, etc.). Ces mesures font suite à de nombreuses alertes : celle du rapport du préfet Jean Aribaud et du président de l’Observatoire national de la pauvreté Jérôme Vignon, ainsi que celle du rapport rédigé par six médecins. 

  • 21 octobre 2015. Cazeneuve se rend à Calais
     

Pour la septième fois, le ministre de l'intérieur se rend sur place. Telle qu’il la présente, sa politique comporte deux volets : « humanité » et « fermeté » selon un diptyque repris sans discontinuer depuis quinze ans par les gouvernements de droite comme de gauche. D'un côté, en écho à l’appel de 800 personnalités publié dans Libération, il s’engage à mettre à l’abri 400 femmes et enfants, dont la moitié sous des tentes chauffées ; de l'autre, il accroît les effectifs des forces de l’ordre, le nombre de gendarmes et de CRS mobiles atteignant 1 125 agents (1 760 au total), soit plus d’un fonctionnaire pour six exilés. Nouveauté, il met en place une politique visant à éloigner les réfugiés de la ville. Pour cela, il offre 2 000 places d'hébergement en centres dédiés aux personnes acceptant de demander l'asile en France. Les autres se voient proposer une mise à l'abri, loin de Calais, pour un mois dans un centre d'hébergement.

  • 20 octobre 2015. La vie à Calais, « avec et contre » les migrants
     

Reportage dans une ville fracturée par la présence des réfugiés. Dans une région où Marine Le Pen est tête de liste, la maire LR de la ville Natacha Bouchart n'hésite pas à dire que les migrants sont une « richesse culturelle » tout en les reléguant dans une ancienne décharge. Entre gestes de solidarité quotidiens et manifestations bras tendus, les habitants sont pleins d'ambivalences.

  • 7 octobre 2015. « Médicalement, ce que nous avons vu est inacceptable »

Le Monde publie la tribune de quatre personnes, dont trois soignants, qui racontent leur expérience dans la « jungle » aux côtés des migrants. « On ne s’y croit plus en France mais dans un pays pauvre. Ou en guerre. Ou victime d’une catastrophe », écrivent-ils. Ils y livrent ce témoignage : « Nous avons vu des enfants livrés à eux-mêmes, sans adulte référent. Des femmes seules errant. Comme cette Érythréenne de 25 ans affligée d’une profonde cicatrice sous l’oreille gauche, qui souffrait de céphalées chroniques et de troubles de l’audition, séquelles d’une agression survenue quatre mois plus tôt en Libye. Elle avait passé la nuit dehors et paniquait à l’idée d’en passer une seconde, car des hommes avaient voulu l’emmener de force dans leur tente. Nous avons appelé le centre Jules-Ferry. Qui l’a inscrite en position 56 sur la liste d’attente. Nous nous sommes vus lui donner un duvet et lui trouver un petit coin dans la tente d’une autre Érythréenne. Le lendemain, on l’a trouvée en pleurs. On saura seulement que le mari de l’autre femme était revenu ivre dans la nuit. Elle gardera pour elle les détails. Et nous notre honte de ne pas l’avoir mise à l’abri. »

  • 1er octobre 2015. Des « ratonnades » en série chez les migrants de Calais

Au moins neuf réfugiés ont été tabassés et aspergés de gaz lacrymo, après avoir été enlevés la nuit par les passagers d’une voiture noire, apprend-on par Libération. Les associations dénoncent l’immobilisme de la police.

  • 31 août 2015. Le premier ministre annonce la construction d’un camp en dur

Manuel Valls visite le centre d'accueil Jules-Ferry au pas de course. Alors que 6 000 personnes vivotent dans la « jungle », il propose d'en mettre 1 500 à l'abri dans des containers. Et encore, pas avant janvier 2016.

  • 29 juillet 2015. Des noms derrière les migrants morts à Calais

Libération lance un projet visant à donner un nom et un visage aux personnes ayant perdu la vie en tentant de rejoindre la Grande-Bretagne. En 2015, au moins vingt migrants sont morts à Calais avant d'atteindre leur but.

  • 3 juillet 2015. De Sangatte à la « new jungle », quatorze ans d'incurie politique

 

Des campements, des conditions de vie insalubres et indignes, de la répression policière, des expulsions, des morts... Entre 1999, année d'ouverture d'un centre d'accueil pour les immigrés sans papiers à Sangatte, et 2015, rien de nouveau en dépit du nom du lieu dans lequel s'entassent aujourd'hui des milliers de migrants : la « new jungle ». C'est ce que montre le travail photographique d'Olivier Jobard, qui, depuis 2001, se rend régulièrement à Calais et dans les environs.

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SOURCE/ MEDIAPART

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