Dérive sécuritaire, les manifestations interdites partout

Publié le par dan29000

Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 25 novembre 2015
 

COP 21 : manifestations interdites dans toute la France

À l’approche d’un week-end de mobilisation pour le climat, la plupart des préfectures ont pris des arrêtés d’interdiction de manifester.

 

Le week-end du 28-29 novembre était inscrit au calendrier des mouvements sociaux comme une date incontournable. Après les longues tractations, sous haute tension, qui ont conduit mercredi 18 novembre à l’interdiction de la marche mondiale pour le climat à Paris, c’est désormais au tour des préfectures des départements de toute la France de prendre des arrêtés d’interdiction.

Ils concernent les manifestations à caractère revendicatif, qui doivent habituellement faire l’objet de demandes en préfecture, et excluent la plupart du temps les rassemblements en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre.

C’est le cas à Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Lille, Nantes, Strasbourg, Montpellier, Bordeaux, Dijon, Rennes, Toulon, Amiens, Nîmes, Limoge, La Rochelle, dans le Vaucluse, dans l’Aude, en Savoie, les Pyrénées-Orientales, en Saône-et-Loire, en Corse et en Eure-et-Loir (liste non exhaustive). À Bordeaux, une manifestation anti-migrants prévue vendredi a également été annulée.

Il était difficile mercredi soir de savoir si des manifestations étaient maintenues, à l’exception de Noumea. « A Grenoble, l’avis est réservé pour la manifestation qui doit avoir lieu dimanche 29 novembre », selon France 3.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rappelé mercredi que « dans le cadre de l’état d’urgence, les préfets peuvent interdire des manifestations sur l’ensemble du territoire », saluant au passage le « remarquable esprit de responsabilité » des membres de la coalition Climat 21 qui ont annulé le rassemblement parisien.

Contre les « groupuscules de la mouvance contestataire »

Également visés par ces interdictions, les 4 convois partis des quatre coins de France (Agen, Bure, Forcalquier et Notre-Dame-des-Landes) en direction de Paris, pour l’ouverture de la Cop 21. La préfecture d’Eure-et-Loir a pris mardi 24 novembre un arrêté d’interdiction de manifester pour les journées de vendredi à dimanche. Il évoque bien un risque terroriste pour justifier l’interdiction, mais ajoute une note qui n’a rien à voir avec la menace djihadiste : « des groupes et groupuscules appartenant à la mouvance contestataire radicale et violente sont susceptibles de stationner en Eure-et-Loir en vue de converger vers Paris ». L’interdiction vise donc le mouvement écolo.

 

À lire l'édito de Denis Sieffert :

« Il n’y a pas d’exemple, dans l’histoire, d’un gouvernement qui n’ait pas eu la tentation, en pareille circonstance, de régler quelques comptes avec le mouvement social » (suite)

 

« Nous sommes horrifiés par la désinformation et les termes employés contre notre rassemblement, qui ne vise qu’à discuter et faire un banquet festif », soupire Claudine Parayre, membre de la coordination pour la solidarité des territoires d’Île-de-France (Costif), organisatrice du rassemblement qui devait faire la jonction entre les 4 marches sur le plateau de Saclay (Essonne), vendredi (co-organisé par l’Acipa, les collectifs de soutien à Notre-Dame-des-Landes de Saclay et Paris, Attac, la Confédération paysanne, les Amis de la conf et le Costif).

 

Mais ce n’est pas tout, Essonne info révèle ce mercredi que le plateau de Saclay a été placé en « zone de protection ou de sécurité », jusqu’au 14 décembre. Cette disposition inédite, permise par l’état d’urgence, oblige toute personne à « justifier la nécessité de [sa] présence ou de [son] passage », ou de « quitter sans délai la zone », selon les termes de l’arrêté. Une telle mesure est justifiée, toujours selon le texte, par « les troubles à l’ordre public que la COP 21 est susceptible d’engendrer (…) et la nécessité de prévenir toute tentative de pénétration dans les établissements à caractère sensible présents dans les périmètres protégées ». Bien loin du contexte des attentats djihadistes.

« L’Etat utilise le prétexte sécuritaire pour interdire toutes les manifestations environnementales », dénonce Claudine Parayre.

Des alternatives sont à l’étude

La préfecture d’Eure-et-Loir, contactée par Politis mercredi, évoque finalement un arrêté « à titre préventif » visant des « manifestations sociales » susceptibles d’être organisées dans le département pendant le week-end.

Le convoi de 200 cyclistes et 5 tracteurs parti samedi de Notre-Dame-des-Landes ne sera finalement pas bloqué, jeudi, à son entrée en Eure-et-Loir. Une escorte de gendarmerie devrait même l’encadrer, selon le le site d’« auto-média » des marcheurs qui publie un mail du directeur de cabinet de la préfecture.

 

 

Ils s’attendent toutefois à être bloqués lors de leur arrivée en Île-de-France, prévue vendredi matin, comme cela leur a été signifié dès dimanche par la gendarmerie.

« Nous réfléchissons à un façon de porter notre message sans entrer dans l’affrontement. Le but est de terminer par quelque chose de très joyeux. De maintenir, d’une manière ou d’une autre, le banquet que nous souhaitions organiser avec les autres convois », indique « Camille », contact presse des marcheurs joint mercredi soir par téléphone.

Un recours au tribunal administratif en référé-liberté est envisagé et des discussions se poursuivent avec les préfectures des Yvelines et de l’Essonne. « Nous avançons et les choses évoluent, même si nous n’avons pas beaucoup d’espoir de pouvoir entrer en Île-de-France », raconte Geneviève Coiffard-Grosdoy, militante d’Attac et participante au convoi, jointe par téléphone au terme d’une assemblée générale « remarquable », mercredi.

Le rassemblement de convergence des 4 convois, vendredi à Saclay est, lui, officiellement annulé, ainsi que la marche qui devait rejoindre ces convois le lendemain, samedi 28 novembre depuis Châtillon (Hauts-de-Seine), pour un « banquet des irréductibles ».

Ses organisateurs s’en remettent à une conférence de presse, vendredi, pour tenter de remettre dans le débat public les « grands projets inutiles et imposés » contre lesquels ils militent.

La difficile quête d’alternatives

De nombreuses actions alternatives ont été imaginées par la société civile, notamment à Paris.

Plusieurs appels à manifester, malgré l’état d’urgence, ont également été lancés depuis l’annonce de l’interdiction. Le plus récent émane d’une pléiade d’intellectuels qui appellent à un rassemblement à 14 h sur la place de la République, dimanche.

Gérard Onesta, tête de liste EELV-Front de gauche aux régionales de Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon, a affirmé sur son compte twitter qu’il irait manifester « avec ou sans autorisation » à Toulouse.

À Nantes, le collectif Climat-44 a transformé la manifestation prévue en rassemblement devant le château des Ducs de Bretagne.

Mêmes velléités à Marseille :

Une manifestation « pour la liberté d’expression » est aussi convoquée à Paris, à 18h, place de la République, par des associations de chômeurs, de mal-logés et de sans-papiers. Elle s’inscrit clairement dans une logique d’opposition à l’état d’urgence.

 
SOURCE/ POLITIS

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