Résistons ensemble, novembre 2015, No 146

Publié le par dan29000


Voici dans le texte le No 146, NOVEMBRE 2015, du petit journal mobile recto-verso A4
"RESISTONS ENSEMBLE" du réseau contre les violences policières et sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,propositions, critiques ...

à bientôt.
L'équipe de rédaction

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« C’est quoi la dignité ? »

« Mort de Rémi Fraisse : les flics nient tout et la répression continue »

> [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]
Calais : l’horreur continue
Rroms urgence à la Courneuve
Justice et vérité pour Amadou Koume
32 ans de prison
« Je ne sais plus quoi faire pour me faire “entendre” »
La « caméra-piéton » bientôt sur 4 500 policiers
La solidarité avec les migrant-es condamnée !
Boycott illégal

> [ S U R L E V I F ]
Il y a 50 ans la France enlevait 1630 enfants réunionnais

> [ R I P O S T E dans les quartiers populaires ]

À Chanteloup-les-Vignes

> [ A G I R ]
CAP sur la COP
Les chiens de garde de Fleury-Mérogis en remettent une couche
Non à l’expulsion de l’Attiéké !



RESISTONS ENSEMBLE / bulletin numéro 146 /novembre 2015



« C’est quoi la dignité ? »
« Oui, ce sont des comportements de voyous » disait Valls, c’est «
indigne » renchérissaient les partis politiques de gôche et droite.
Dénuder le corps d’un patron qu’on voit d’habitude derrière les vitres
fumées de sa limousine, ça casse l’ambiance. Mais les révoltés d’Air
France n’ont pas été violents. Ils ont, tout simplement, osé gratter le
vernis qui cache une des violences du régime : la violence sociale,
entraîneuse de la misère. Ce que les patrons et leurs hommes politiques
veulent ce sont des hommes et des femmes qui soient « dignes »,
traduisez : qu’ils subissent le chômage, en larbin, courbant l’échine et
ne s’en prenant pas à eux. L’État, les patrons et leurs médias
voudraient donc qu’on juge l’acte de révolte des salariés d’Air France
avec les yeux de la morale – qui plus est la leur, bien rance, celle qui
trouve des justifications à la misère ou à la mort des migrants en
Méditerranée – pour mieux le vider de son fondement, le terrain de la
lutte sociale et politique.
Le 31 octobre des milliers de personnes ont participé à la « Marche de
la dignité » à Paris, organisée par le collectif MAFED (Marche des
femmes pour la dignité). Dans le cortège, la colère était
essentiellement dirigée contre une autre facette de la violence étatique
: la violence de la police et de la justice, elle aussi inscrite dans le
système et frappant prioritairement ceux et celles que le pouvoir
désigne comme Arabes, Noirs, Rroms, Musulmans. Là encore en s’arrêtant
sur la question morale de la « dignité », les organisateurs de cette
marche ont couru le risque que le sens politique de cette colère soit
oublié, empêchant par-là que les vrais responsables de cette violence
raciste, État et patrons (les mêmes que ceux qui perpétuent la violence
sociale) soient clairement pris pour cible.
Pourtant les marcheurs d’octobre se sont réclamés de ceux de 1983,
l’année de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme ». Cette
année-là, l’objectif était clair (obtenir l’égalité) et les exigences
concrètes (droit de vote pour les immigrés, carte de séjour de 10 ans,
vérité et justice sur les assassinats policiers). On sait que ni la
droite ni la gôche n’ont satisfait ces revendications, au contraire ils
n’ont fait qu’empirer le racisme institutionnel, l’oppression des
habitants des quartiers populaires, les expulsions des Rroms, des
réfugiés et des sans-papiers. Alors pourquoi abandonner les objectifs
précis et le mot d’ordre de ceux de 1983 ? Pourquoi se contenter de la
coquille vide et facilement manipulable de la « dignité » ?
L’actualité de ce mois d’octobre nous rappelle avec force que les
violences sociale et raciale sont comme un dragon à deux têtes, pour en
finir il ne suffit pas d’en couper une seule, il faut mettre à bas le
système dans sa globalité et à la racine.



« Mort de Rémi Fraisse : les flics nient tout et la répression continue »
Les conclusions de l’instruction ouverte suite à la mort de Rémi le
26/10/14 au Testet touché à mort par une grenade dans le dos, se
contentent de confirmer la thèse officielle : l’action de la police
aurait été totalement justifiée par la violence supposée des zadistes et
le gendarme-tueur aurait agi avec toutes les précautions réglementaires.
Selon l’enquête indépendante de la LDH, la mort de Rémi était totalement
prévisible vu le degré de violence de la répression policière les jours
qui ont précédé le 26/10 (plusieurs manifestants blessés par des lancers
de gaz lacrymo, des tirs de flash-balls, de grenades, des tabassages
suite à des interpellations). Ce soir-là, les gendarmes ont agi dans
l’illégalité la plus complète : l’initiative prise de disperser le
rassemblement suite à la grande manif du 25 n’était justifiée par aucune
décision judiciaire d’expulsion du site, de plus, les gendarmes ont agi
sans projecteur ni mégaphone avant de tirer dans le tas. Il faut dire
qu’ils avaient été encouragés en cela par les consignes du préfet du
Tarn qui avait demandé à ses troupes armées jusqu’aux dents de « faire
preuve d’une extrême fermeté ».
Du côté des militants on n’oublie rien (d’autant que beaucoup d’entre
eux sont encore visés par des procédures judiciaires suite aux manifs de
protestation qui ont suivi, pendant plusieurs mois). De nombreuses
initiatives ont permis de commémorer la mort de Rémi dont, du 23 au
25/10, un week-end d’actions et de débats autour de l’usine Nobel Sport
de Pont de Buis (Finistère) où sont fabriquées armes et munitions de la
police et la gendarmerie. Celui-ci devait débuter par une conférence de
presse devant les grilles de l’usine à l’initiative de « l’assemblée des
blessés » rassemblant des personnes mutilées au LBD et au Flash-ball
(fabriquées à l’usine Nobel) mais la police en a décidé autrement
repoussant par la force les 400 personnes présentes au-delà du pont
menant à l’usine. Les débats, riches et combatifs, ont cependant bien eu
lieu sur un campement installé aux alentours, lançant notamment
l’initiative de « l’ambulance partisane », véhicule où l’on peut venir
se faire soigner pendant une mobilisation et où l’on peut apprendre et
partager les gestes des premiers secours (contact: medecine@riseup.net).



> [ C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E ]
Calais : l’horreur continue
Mort d’une femme percutée par une voiture, puis d’un homme par un train
de marchandise, d’un autre homme électrocuté, alors qu’il sautait sur un
wagon de céréales, enlèvements et ratonnades, interpellations et
déportations dans des centre de rétention dispersés dans toute la France
(notamment le jour de la visite du site par le ministre Cazeneuve)... De
l’autre côté on proteste : des ONG dénoncent les conditions de vie
déplorables sur la New Jungle, des pétitions sont lancées, le défenseur
des droits écrit un rapport, le président de Emmaüs France déclare que
son assos rompt tout dialogue avec le gouvernement… Mais rien ne semble
prêt de changer, pis, la situation s’aggrave de jour en jour. Jusqu’à
quand ?

Rroms urgence à la Courneuve
« Urgence, on nous met encore dehors, appelez maintenant le maire et le
préfet ! Vite, les amis, il y a quelques jours une partie des
samaritains s’était mise à l’abri dans une maison vide de la Courneuve.
Fallait bien faire quelque chose puisque le maire et le préfet sont bien
décidés à nous laisser souffrir du froid avec les enfants et tout le
monde. Depuis ce matin la police est devant la maison. Ils attendent les
ordres du préfet pour savoir s’ils nous laissent ou nous remettent à la
rue. Alors s’il vous plaît appelez la préfecture 01 41 60 60 60 et la
mairie de la Courneuve 01 49 92 60 00, demandez-leur qu’ils nous
laissent vivre ! on est au 47 rue du chevalier de la barre ! On n’en
peut plus ! ». Pétition à signer :
https://www.change.org/p/annuler-l-expulsion-des-r%C3%A9sidents-du-samaritain-dans-les-rues-de-lacourneuve/u/14013730
L’autre partie des samaritains est toujours sous les tentes devant la
mairie « communiste » de la Courneuve, trois Rroms ont déjà été expulsés
vers la Roumanie.

Justice et vérité pour Amadou Koume
Le 10 octobre plusieurs centaines de manifestants, de nombreux
collectifs contre les violences policières et leur impunité, ont
accompagné sa famille jusqu’au commissariat du 10ème, dans lequel 3 h
après son interpellation, Amadou Koumé a été déclaré mort le 6 mars dernier.
Ça se répète ! Encore un mort dans un commissariat ! Mort d’asphyxie !
Ça continue ! Une clé d’étranglement mortelle ! Ça dure ! 8 mois après,
toujours pas de juge d’instruction nommé ! La police tue un homme, la
justice se tait ! Toute ressemblance avec la mort de Lamine Dieng, d’Ali
Ziri, d’Abou Bakari Tandia…

32 ans de prison
400 personnes se sont réunies à Lannemezan le 14 octobre pour réclamer
la libération de Georges Ibrahim Abdallah, le plus ancien prisonnier
politique d’Europe, pourtant libérable depuis 1999. C’est la résistance
palestinienne qui est ainsi attaquée, en témoigne la récente décision
judiciaire de déclarer l’appel au boycott des produits israéliens
illégal (voir l’article « Boycott illégal » dans ce numéro). Solidarité
pour Georges et la lutte palestinienne !

« Je ne sais plus quoi faire pour me faire “entendre” »
« Je n’ai pas de parloir parce que toute ma famille est en Guadeloupe. À
la base, j’étais condamné à huit ans de prison, et là je me retrouve
avec vingt-huit ans de prison à cause des agressions et des prises
d’otage, tout ça parce que je veux rentrer chez moi ». Tel est
l’acharnement judiciaire que subissent les prisonnier(e)s qui se
révoltent contre leurs conditions de détention ou pour obtenir un
transfert. Fabrice Boromée a préféré tout risquer plutôt que de rester
seul en France, d’où les prises d’otage, dont celle du 9 septembre 2015
: le sous-directeur pris en otage n’a pas voulu se porter partie civile
car il n’a reçu aucune violence. Fabrice le paye tout de même avec
encore plus de 20 ans de prison, loin des siens.

La « caméra-piéton » bientôt sur 4 500 policiers
L’État espère ainsi voir le nombre de « bavures » baisser et les
interventions policières se pacifier. Quel est l’intérêt de la mesure si
le flic actionne la caméra après une de ses provocations qui aura mis le
feu aux poudres, comme trop souvent ? Mesure aucunement contraignante
pour les flics, c’est donc un écran de fumée de plus. Comme pour le
matricule devenu obligatoire…

La solidarité avec les migrant-es condamnée !
4 mois de prison avec sursis et 1600 euros à verser aux parties civiles
ainsi que 200 euros d’amende pour refus de prélèvement ADN, voilà le
verdict pour les trois personnes qui étaient venues soutenir des
migrant-es en grève de la faim dans un centre d’hébergement Emmaüs et le
traducteur. La justice veut faire des exemples et dissuader la
solidarité avec les migrant-es.

Boycott illégal
Le boycott est une expression politique assez commune, souvenons-nous du
boycott contre l’Afrique du Sud au moment de l’apartheid. En France
pourtant dans un cas précis il prend une tournure particulière. Ainsi la
Cour de cassation a confirmé en octobre dernier la condamnation de 12
militants qui avaient participé en 2009 et 2010 à des actions appelant
au boycott de produits israéliens. Ils distribuaient dans un supermarché
des tracts qui informaient des problèmes éthiques que pose l’achat de
produits provenant d’Israël : leur production est indissociable de la
situation d’apartheid vécue par le peuple palestinien. Les militants ont
d’abord été relaxés, puis condamnés par la cour d’appel à 32 000 euros
d’amende, dommages et intérêts et frais de procédure. Aujourd’hui c’est
la cour de cassation qui confirme un recul marquant de la liberté
d’expression.



> [ S U R L E V I F ]
Il y a 50 ans la France enlevait 1630 enfants réunionnais
pour les déporter dans les départements « dépeuplés » comme la Creuse. «
Après 40 ans sans ses nouvelles… je viens de retrouver ma soeur à 66
ans, elle se retrouve SDF,… s’abritant dans une vieille voiture sur le
parking de la poste de Vitry sur Seine à côté de la piscine. Son cas
semble malheureusement être un parmi tant d’autres. Une question reste
posée : comment faire rapatrier ces naufragés de la mobilité? » écrit
Téline depuis la Réunion. Contact, soutien : soutienreunion@yahoo.fr



> [ R I P O S T E dans les quartiers populaires ]
À Chanteloup-les-Vignes, une douzaine de véhicules incendiés, des
policiers pris à partie… Quelques jours plus tôt le 16/10 un jeune homme
est interpellé cité de la Noé, accusé de trafic de drogue. Dans le PV
les schmitts parlent de coup reçus, de foule hostile. Mais sur le net
circule une vidéo prise par une voisine
(https://www.youtube.com/watch?v=Ol233h6ENAM), on y voit B. prendre des
coups par des baqueux survoltés, pour finir traîné au sol, inerte, vers
un véhicule de police. Cette vidéo montre comment la police fonctionne,
arrangeant les faits pour mieux couvrir sa violence, elle a peut-être
aussi nourri la révolte qui a suivi. Elle ne reste qu’un accroc dans un
plan qui semble écrit d’avance. Si le jeune homme a porté plainte, il
est tout de même poursuivi pour « rébellion, provocation directe à la
rébellion et violences volontaires à l’encontre de deux fonctionnaires
de police » et attend son procès en « détention provisoire ».



> [ A G I R ]
CAP sur la COP
en convoi depuis Notre Dame des Landes jusqu’à Paris, samedi 21 novembre
2015.
En dépit des promesses de Hollande, Valls annonce le début de travaux.
Le 21, « Nous viendrons y dénoncer l’hypocrisie flagrante entre, d’une
part, la volonté affichée en décembre, par le gouvernement, de lutter
contre le réchauffement climatique, et, d’autre part, la menace de
revenir quelques semaines plus tard pour expulser la ZAD, détruire plus
de 1600 ha de terres agricoles et de zones humides, des dizaines
d’habitats pour y construire… un nouvel aéroport » extrait de l’appel.
Contact, inscriptions : mslcnddl@riseup.net

Les chiens de garde de Fleury-Mérogis en remettent une couche
Les membres du réseau RE connaissent bien Christine. D’abord condamnée à
deux mois de prison cela fait deux ans et demi qu’elle est incarcérée.
La raison ? Elle proteste contre ses conditions de détention et celles
de ses codétenues et veut faire valoir ses droits de l’intérieur de la
prison. Mardi 17 novembre à 9h, Christine sera jugée par le tribunal
d’Évry pour quatre chefs d’inculpation de violences sur cinq matons de
la Maison d’Arrêt des Femmes de Fleury Mérogis. Soyons nombreux à
soutenir Christine face à la justice et l’isolement carcéral. RDV à 8h30
devant le tribunal d’Évry (rue des Mazières). Infos
http://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

Non à l’expulsion de l’Attiéké !
Manifestation samedi 14 novembre 2015 rendez-vous à 11h sur le parvis de
la mairie de St-Denis. Plus d’info sur :
http://collectifattieke.wordpress.com/
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