Aux Etats-Unis, l'activisme noir relance de grandes vagues protestataires

Publié le par dan29000

Etats-Unis : Dans un climat politique polarisé, l’activisme noir relance de grandes vagues protestataires

 

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, par LA BOTZ Dan

 

Deux grandes vagues de protestation noire balayent les USA, l’une faite de manifestations contre les tueries en continu par la police d’hommes noirs et l’autre en réponse au racisme et à la discrimination sur les campus universitaires.

Presque toutes les marches et démonstrations dans les villes et les universités à travers le pays s’identifient au réseau Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») qui a mené la grande campagne contre les violences policières en 2014.

 Protestations étudiantes étendues

En septembre, à l’université du Missouri, des étudiant·e·s noir·e·s ont commencé à articuler des protestations sous le slogan « Le racisme vit ici » au sujet de symboles et injures racistes affichées sur le campus. Parmi les protestataires, il y avait des membres de l’équipe de foot de l’université qui ont appelé leur entraineur à soutenir le mouvement. L’équipe a dit que si Tom Wolfe, le président de l’Uni ne démissionnait pas, ils ne joueraient plus.

L’entraineur Gary Pinkel, qui est blanc, a déclaré que des membres de son équipe sont venus lui parler « avec des larmes dans les yeux » et qu’il a décidé de soutenir leur mouvement. Or le foot, dans les universités étasuniennes, c’est du gros business – les revenus sportifs de l’Université du Missouri se montaient à 84 millions de dollars en 2014, et les entraîneurs ont souvent de plus gros salaires et un statut supérieur à ceux des présidents de ces unis. Ainsi, avec l’équipe de foot et son entraineur contre lui, le président Wolfe a démissionné, une victoire remarquable pour les étudiant·e·s noir·e·s.

Cette victoire étudiante dans le Missouri a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres des protestations dans des collèges et universités publics et privés à travers tout le pays, d’Est en Ouest : à Princeton dans le New Jersey, Ithaca dans l’Etat de New York, au Smith College dans le Massachusetts, Yale dans le Connecticut, l’Université du Michigan, le State College de l’Arizona, l’Uni de Californie à Los Angeles… et beaucoup d’autres. Tout ceci montre qu’une couche de jeunes activistes noir·e·s, dans les universités et dans les rues, est en train de se développer, de croître et de se radicaliser à travers tout le pays.

 Les tueries d’hommes noirs par la police continuent

Le mouvement va croissant dans les rues également. Depuis les assassinats policiers en 2014 de Michael Brown à Ferguson dans le Missouri et d’Eric Garner en Ville de New York, il y a eu plusieurs autres assassinats similaires d’hommes noirs. Le Malcolm X Grassroots Movement rapporte que la police ou des milices autoproclamées tuent un homme noir toutes les 28 heures. Le Guardian britannique estimait que la police étasunienne aurait tué 1000 Américains cette année, avec une probabilité double d’être tué pour les personnes noirs.

Un meurtre de ce type s’est produit le 15 novembre quand la police a tiré sur Jamar Clark, âgé de 24 ans, au cours de ce que la police a prétendu être une altercation, mais que la National Association for the Advancement of Colored People a qualifié d’exécution sommaire. Pendant des jours, des manifestant·e·s noir·e·s se sont rassemblés autour du poste de police local, criant « Black Lives Matter » et plus de 50 protestataires ont été arrêtés et inculpés à divers titres, dans cette mobilisation représentative des contestations récentes.

Mais le 23 novembre, des hommes armés s’en sont pris à des ma­ni­festant·e·s, pour la plupart noir·e·s, tirant dans la foule et blessant cinq personnes. La police a ensuite arrêté quatre hommes, trois blancs et un asiatique, les inculpant pour agression et émeute, mais pas pour des crimes de haine raciale. L’homme qui a tiré les coups de feu, Allen « Lance » Scarsella, est un conservateur de droite dont l’action avait une claire motivation raciste. Cette attaque de blancs armés contre des manifestant·e·s est pour le moment un acte isolé, mais il représente aussi une escalade dans la réaction raciste blanche face au mouvement Black Lives Matter, qui n’a rien d’étonnant vu la rhétorique politique raciste des républicains.

 Rhétorique raciste des républicains

Donald Trump, le candidat républicain de tête, envoie au cœur de l’électorat conservateur républicain (composé avant tout de blanc·he·s) de constants messages pour la déportation de 12 millions d’immigré·e·s sans-papiers, pour le refus de tout accueil de refugié·e·s syrien·ne·s et pour une mobilisation contre l’Islam. Les partisan·ne·s de Trump – mais aussi les noir·e·s américain·e·s - reçoivent 5 sur 5 son message, codé mais clair, favorable à la suprématie blanche.

Mais, alors que Trump lance chaque jour de nouvelles attaques contre les femmes, les immigré·e·s, les musulman·e·s, etc. Bernie Sanders, l’un des candidat·e·s à la nomination démocrate, parle des inégalités économiques, évoque les besoins massifs d’aide économique pour les travailleurs·euses notamment en matière d’éducation et de santé, dénonce le racisme et parle de l’idée du socialisme, un sujet tabou jusqu’ici aux USA.

Au même moment, reconnaissant la signification de la colère des étudiant·e·s noir·e·s, le Président Barack Obama a loué les protestataires de l’Université du Missouri, alors que la candidate démocrate de tête Hilary Clinton a déclaré qu’elle sympathisait avec les préoccupations de ces étudiant·e·s et « appréciait » le fait qu’ils·elles s’expriment publiquement.

Jusqu’ici, les dirigeant·e·s de Black Lives Matter – beaucoup provenant du monde des ONG libérales qui rejoint celui du parti démocrate – se sont tenus à l’écart de tout soutien à des candidatures politiciennes. Mais Obama, Clinton et le parti démocrate vont tenter d’attirer le mouvement dans l’orbite du parti et de le mobiliser en soutien à Clinton. Les activistes noir·e·s sur les campus et dans les villes devront donc relever le défi de maintenir l’indépendance de leur mouvement ou risqueront de le voir absorber par les forces mêmes qu’ils combattent.

Dan La Botz


1996-2015  — Europe Solidaire Sans Frontières

 

SOURCE / ESSF

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