Edito : La dernière transformation de David Bowie

Publié le par dan29000

Étrange collision cette semaine.

Trois jours après la parution mondiale de son nouvel album Black star, lors de son 69e anniversaire, David Bowie, étoile noire du rock and roll, s'est retiré. Chanteur, compositeur, producteur, acteur, Bowie était venu au spectacle par le mime, avec une compagnie créée par lui-même, le natif de Brixton avait dès ses débuts connu le succès mondial en 1969 avec un album devenu culte Space Oddity. Peu après il accédait au rang de star en créant le personnage de Ziggy Stardust qui ouvrait sa période glam rock.

 

 

Sans reprendre toute sa carrière, ce qui fit l'incroyable succès de Bowie durant près de 50 ans (1er album en 1967, dernier en 2016) est son incroyable capacité à se transformer au fil des années, musicalement, humainement et théâtralement. Une sorte de phénomène à la Robert De Niro, que l'on avait du mal à reconnaître de films en films. David Bowie a fait évolué le rock and roll, comme Miles Davis a changé une ou deux fois l'histoire du jazz. Au cinéma ou dans la musique, les génies sont rares. Miles Davis, Boulez ou Bowie étaient sur la short list.

 

Le terme de génie est souvent pénible, trop souvent employé. Pourtant quelques créateurs relèvent de ce terme galvaudé. Une sorte de référence pour au moins trois générations. Pour nous qui avons vécu les mornes années De Gaulle et Pompidou, l'arrivée de Bowie fut une conflagration sans nom. Issu d'un milieu populaire comme John Lennon ou Keith Richards, le jeune Londonien bousculait alors un rock and roll très machiste, et parfois formaté. Revendiquant sa bi-sexualité dans une époque prude et bloqué, il fut le premier à se produire sur scène en robe, à se maquiller outrageusement, à casser tous les critères très mâles du rock.

 

La renaissance comme style de vie. Du mime à l'expressionnisme allemand, il se situa hors de toutes les chapelles du rock, pratiquant le rock, la pop, la soul, le funk ou encore la musique électronique et le garage rock. L'artiste était totalement protéiforme, de la musique au cinéma (Scorsese, Lynch, Oshima, Roeg) en passant par le théâtre à Broadway (The elephant man). Bowie fut indissociable de la scène londonien pendant ses plus belles années, et devint un élément incontournable de la scène berlinoise quand la capitale allemande devint la première scène rock en Europe. Sa trilogie berlinoise fut un des sommets de sa carrière, comme son concert donné près du mur de Berlin. Ce n'est pas un hasard si le Foreign Office allemand a publié un communiqué en son hommage ce matin. Celui qui avait étudié le théâtre d'avant-garde et était d'une érudition rare, grand connaisseur de l'art contemporain, n'était pas un chanteur à message, pourtant il faisait passer une idée subversive, à chacun de trouver ses rêves et de les mettre en pratique, hors des religions et des idéologies déjà mourantes dans les seventies. Il avait été à sa manière la bande-son de deux des plus grands événements internationaux de la seconde partie du XXe siècle, le premier homme sur la lune et la chute du mur de Berlin.

 

Oser, inventer, créer, fut la ligne musicale de Bowie, qui était aussi une ligne de vie, une vie où la différence était au centre. Celui qui fut Ziggy, Aladdin Sane, Halloween Jack ou The white Duke, fut aussi un compositeur de musiques de films et un peintre, prouvant sa volonté de toujours être ailleurs, là où il n'était pas attendu. Enfin David Bowie était une icône rare, ayant réussi l'impossible, être durablement un chanteur populaire vendant des dizaines de millions d'albums, tout en étant une figure de l'avant-garde musicale contemporaine. L'élitisme pour tous, pour reprendre l'expression de Jean Vilar.

 

Mais pour ceux de sa génération, il fut surtout un accompagnateur de nos vies durant de longues années. Nous attendions la sortie de ses disques, nous allions à ses concerts, parfois nous pratiquions sa musique dans des groupes, ou fredonnions ses tubes. Le chanteur de Rebel rebel et de Heroes est mort paisiblement après avoir lutté durant un an et demi contre son cancer. La grande exposition que Londres lui avait consacré, tourne maintenant dans le monde entier. Ses disques sont sur nos platines.

Ashes to ashes. la dernière transformation de David Bowie a eu lieu hier, sa dernière.

 

Mais les grands artistes ne meurent jamais.

 

Let's dance.

 

Dan29000

 

UN CLIP VU 23 MILLIONS DE FOIS

Publié dans musiques

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