Henrik Wergeland (1841) : La veille de Noël

Publié le par dan29000

NORVÈGE - 1841, Henrik Wergeland :

 

La veille de Noël.


"C'est dans la tourmente - par une veille de Noël.. Alors que la nuit immense ensevelissait le jour frêle.. Qu'un vieux Juif avançait pesamment,.. Dans cette contrée sauvage de la Suède - la forêt de Tivèd.. Attendu dans les villages de ce côté-ci,.. Et venu de l'autre, par-delà les bois, pour la Noël,.. Par bien des jeunes filles impatientes, son havresac.. Empli de broches, de rubans, et de tout ce dont elles avaient besoin.. Pour les jours approchant de Noël et du Nouvel An.. Leur impatience connaissait l'incertitude, mais point la crainte,.. Car jamais encore le vieux Jacob, à Noël,.. Ne les avait déçues.. Il était aussi régulier que.. La veille du jour elle-même.. [ ].. Hululant dans les branches? N'était-ce point un cri?.. Ah! le revoilà encore! Le vieux Jacob sur l'instant s'arrête;.. Tous les sens en alerte, il tend l'oreille une seconde fois.. Plus rien.. Car voilà la tempête qui enfle,.. Et s'abat sur lui telle une cataracte, et l'engloutit.. Jacob presse l'allure.. Chut! Là encore, un bruit!.. Le bruit s'élève au-dessus du rugissement des bois.. C'est une chouette qui me trompe en imitant le cri d'un enfant.. Qui, par un temps pareil, laisserait vagabonder son petit?.. La louve elle-même ne lâcherait pas ses louveteaux!.. Le vieillard poursuit sa lutte contre la tourmente,.. Avançant dans ses moments de rage; reprenant son souffle.. Et écoutant, à genoux - dans ses moments d'accalmie.. Il se relève de nouveau, s'enfonce dans les ténèbres,.. Tel un nain bêchant la terre noire.. Il n'entend plus rien.. plus rien.. Le vieux Juif se met à trembler,.. Persuadé que des mauvais esprits se jouent de lui,.. Et il marmonne les prières qu'il connaît.. Puis à nouveau le gémissement, tout proche, cette fois, sûrement.. La tempête lui renfonce son propre appel.. Au fond de la gorge.. Mais là! Là! Voyez!.. Encore dix pas! Quelque chose de sombre se meut.. Sur la neige, comme si la tempête agitait une souche.. Aux racines mal assurées dans le sol.. Un bras! Ô Jehovah! C'est un enfant ... la porte en hâte,.. Pressés de lui offrir l'hospitalité.. Hélas, Bien des fois dut-il frapper avant d'obtenir une réponse:.. Au nom de Notre Seigneur, qui frappe à la porte par une nuit pareille?.. C'est moi, le vieux Jacob.. Me reconnaissez-vous?.. Le vieux Juif!.. Juif! retentit alors le cri paniqué.. D'un homme et d'une femme.. Alors reste dehors.. Nous ne pouvons rien t'acheter.. Tu nous apporterais le malheur dans la maison,.. Car le soir de Sa naissance, tu t'es détourné de lui!.. Moi?.. Oui, toi et ton peuple - voilà le péché.. Que vous devez expier, pour des milliers de générations.. Hélas! Le chien lui-même est à l'abri cette nuit!.. Le chien, oui, Mais pas de Juif dans une maison chrétienne!.. Oh, Seigneur Jésus! C'est le vieux Juif! Il est encore assis là!.. S'écria l'homme en regardant par la fenêtre au matin.. Eh bien, chasse-le! Après tout, c'est Noël, aujourd'hui!.. L'interrompit sa femme.. Regarde-le, ce rapace de Juif,.. Comme il serre son baluchon sur sa poitrine!.. Il nous importune encore avec ses marchandises,.. A fixer comme ça notre fenêtre,.. Comme si nous avions de l'argent pour acheter quoi que ce soit!.. Je jetterais bien un petit coup d'il à ce qu'il trimbale, moi.. Allez, Juif, montre voir un peu.. Le couple sortit de la maison.. Ils virent la lueur dans ses yeux, figée par le froid.. Ils devinrent encore plus pâles que lui et s'écrièrent, terrifiés:.. Oh Seigneur, Seigneur, quel malheur nous frappe!.. Le remords les faisait trembler.. Ils le redressèrent;.. Le baluchon suivit; puis le manteau se défit.. Là, les bras agrippés autour du cou du vieux Juif,.. Pendait Margretha, leur propre enfant, aussi morte que lui.. Aucun éclair, aucune vipère ne frappent aussi vite.. Que la douleur et l'horreur saisirent le couple.. La neige n'était pas aussi blanche que le père;.. La tempête ne gémissait pas plus fort que la mère.. Oh, Dieu nous a punis.. Ce n'est pas la tempête,.. Qui a tué notre enfant; mais notre propre cruauté!.. C'est en vain, hélas, que nous aussi.. Nous frapperons à la porte de miséricorde,.. Comme lui a frappé à la nôtre.. Vainement.. Elle n'est plus nôtre, pleurait-elle,.. Car par sa mort il a acheté notre enfant.. Nous n'osons pas lui reprendre notre petite Gretha;.. Elle doit maintenant supplier Notre Seigneur Jésus.. D'intercéder en notre faveur, car auprès de son Père.. Le pauvre Juif va porter plainte.."

 


Henrik Wergeland, Poeme, traduits en anglais par G.M. Gathorne-Hardy, Jethro Bithell et I.. Gröndal, Gyldendal Norsk Forlag, Oslo/Hodder Stoughton Ltd, Londres, 1929. Traduction anglaise du poème Juleaftenen , paru initialement dans Joden en 1841, par I. Grendal. Traduction française d'après la traduction anglaise.

 

SOURCE/ FB, merci à CHRISAL IRABELLI

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