Le plan d'urgence pour l'emploi de Hollande, au service du patronat

Publié le par dan29000

Avec son "plan d’urgence pour l’emploi", le gouvernement poursuit ses attaques contre le droit du travail. Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, analyse ce plan de sauvetage du candidat Hollande qui exauce les vœux du patronat.

 

 

François Hollande exposait ce lundi matin au Conseil économique, social et environnemental (CESE) son "plan d’urgence pour l’emploi". Au programme dans l’avenir libéral de la France : la formation, ou comment occuper les chômeurs tout en les faisant sortir des chiffres du chômage ; les aides à l’embauche aux PME, ou comment mettre fin aux cotisations salariales ; et la réforme du code du travail, ou le début de la fin des 35 heures et du CDI.

 

Regards. François Hollande propose 500.000 formations supplémentaires. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la fameuse "courbe du chômage" ?

Pierre Khalfa. Tout ça relève du mirage. La formation ne crée pas d’emploi, elle modifie simplement la place des uns et des autres dans la file d’attente des gens qui sont en recherche d’emploi. Au-delà du fait qu’il sera très difficile techniquement de faire entrer 500.000 personnes de plus dans les sites de formation, l’objectif est de dégonfler la catégorie A. Ça n’est que manipulation statistique, c’est une illusion totale. En supposant même qu’ils arrivent à l’exploit de former un demi-million personnes, sur le fond, ça ne changerait rien à la question du chômage. Le problème n’est pas que les gens ne sont pas formés, c’est qu’il n’y a pas d’emplois disponibles.

François Hollande veut mettre en place des aides à l’embauche pour les PME, allant de 1.000 à 2.000 euros. En contrepartie, celles-ci n’auraient plus à payer de cotisations pour les salariés proches du smic. On légalise la précarité ?

Cette démarche renvoie à l’idée libérale classique que le frein à l’emploi, c’est le coût du travail. Or les entreprises embauchent quand elles ont leurs carnets de commandes remplis et une visibilité sur l’avenir. Évidemment, toute entreprise préfère payer des salariés moins cher et n’avoir aucune charge. Mais le moteur de l’emploi, c’est le fait d’avoir une demande effective globale qui soit stabilisée ou en progression. Or aujourd’hui, il n’y a aucune garantie que la demande va reprendre.

 

« Le patronat veut la fin de la durée légale du travail »

 

Le gouvernement souhaite permettre aux employeurs de négocier avec leurs salariés le temps de travail. Les socialistes sont-ils en train de déconstruire les 35 heures ?

Les 35 heures, ça n’existe plus. Les salariés font en moyenne quasiment 40 heures par semaine. Ce qui compte, c’est la durée légale du travail, qui détermine le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Ce que veut le patronat, c’est payer le moins d’heures supplémentaires possible et donc pouvoir négocier la durée du travail entreprise par entreprise. Ce serait la fin de la durée légale du travail. Une des réponses indispensables à la lutte contre le chômage, ce serait de baisser massivement la durée légale du travail. Il y a un mouvement historique de baisse de la durée du travail depuis que le capitalisme existe. La population active augmente, donc si on veut faire en sorte qu’il n’y ait pas un chômage de masse qui s’installe, il faut baisser régulièrement la durée du travail.

François Hollande a aussi abordé la question de la rupture du contrat, qu’il souhaite simplifier. Est-ce la fin d’un autre symbole, le CDI ?

On est dans un paradoxe néolibéral qui consiste à penser que si les entreprises n’embauchent pas, c’est parce qu’elles ne peuvent pas licencier. C’est la logique néolibérale classique, qui ne marche pas. Il n’y a aucune surprise dans les annonces de Hollande. C’est la poursuite et l’amplification d’une politique qui a déjà échoué. Ça n’a pas marché auparavant, il n’y a aucune raison que ça marche maintenant. Dans le meilleur des cas, il y aura un dégonflement statistique du chômage qui permettra à François Hollande de se représenter à l’élection présidentielle. Tout ça est totalement dérisoire par rapport à ce qu’il faudrait faire aujourd’hui sur la question de l’emploi.

 

SOURCE/ REGARDS.FR

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