Pas de lutte anti-terroriste sans lutte contre les discriminations

Publié le par dan29000

 
 

Endeuillées, en colère, mais déterminées après les attentats du 13/11/15, les associations du Collectif Stop le Contrôle au Faciès mettent en garde contre des mesures qui pourraient être contreproductives dans la lutte contre le terrorisme, et appellent le Gouvernement à prendre la mesure de l’importance de la lutte contre les discriminations, condition sine qua non dans le renforcement du rapport police-population, essentiel pour mener des enquêtes de fond.

 

Ces derniers jours, comme des millions de personnes, nous avons pris des nouvelles de nos proches, et présenté nos condoléances à ceux qui ont perdu parents ou amis. Et comme des millions d’autres nous avons fait le choix d’un message : celui de la paix. « Nous Sommes Unis ». « Vous n’aurez pas ma haine ». « Cent Maux ». Nous avons rappelé qu’il n’était pas ici question de foi, mais de folie meurtrière. Une folie dont les musulmans, en tant qu’ « infidèles » aux yeux des terroristes et « suspects » aux yeux du reste de la communauté nationale, font deux fois les frais. Et qu’en cela, c’est de la division dont il faut avant tout se méfier.

Une réponse gouvernementale loin de celle de la société civile

On aurait pu espérer que nos responsables politiques se penchent, avec la société civile, sur les causes des défaillances qui ont mené à la tragédie du 13 novembre 2015. Au lieu de cela, nous avons assisté au vote collectif de l’abandon de nos libertés fondamentales. À plus de 1000 perquisitions dont certaines ont frôlé le drame, et l’immense majorité n’a provoqué que choc, peur, et frustration chez des citoyens aussi bouleversés que les autres. À des contrôles d’identité discriminatoires quasi systématiques. Et à l’armement de policiers en dehors de leur service.

 Les dangers d’ignorer les abus policiers

Conscientes de la nécessité d’assurer la sécurité de tous, les associations du Collectif tiennent à souligner les risques de ces mesures. Toutes les études sur le sujet le démontrent : la confiance des citoyens est la condition sine qua non de l’efficacité policière, d’autant plus sur des sujets qui dépendent avant tout d’enquêtes de fond. Et si l’on en croit les données des services policiers espagnols, anglais ou américains, ni les contrôles au faciès, ni les perquisitions aveugles ne permettent d’arrêter des terroristes – cette approche est au contraire à la fois inefficace sur le coup et contreproductive sur le long terme.

Cette réalité, nous en vérifions l’ampleur au quotidien. Parmi les témoignages de contrôles abusifs recueillis au pôle juridique du Collectif, de plus en plus de ressentiment pour les forces de l’ordre et l’Etat, mais aussi d’inquiétude de mères dont le fils ne « croit plus en la justice en France », et « pense à la Syrie ».

Cette réalité, nous en avions mis en garde les relais institutionnels et politiques à maintes reprises. Mais à une meilleure coordination entre services de renseignements et un meilleur rapport entre la police et le public qui ne peut pas faire l’économie de la lutte contre la discrimination et la violence, notre Gouvernement préfère une approche spectacle qui ne convainc aucun spécialiste de la lutte anti-terroriste.

Nous sommes ensemble

Alors que les familles de personnes décédées au cours d’interpellations policières qui essuient non-lieu après non-lieu apprennent que chaque policier peut être armé même hors service aujourd’hui, elles sont désemparées.

Alors que des adolescents Roms roumains rescapés de l’attentat sortent de l’hôpital sans logement où s’abriter, ils ont peur.

Alors que l’un des porte-paroles historiques du Collectif enterre 10 amis tombés sous les balles des terroristes, nous sommes en colère.

Alors que les contrôles au faciès et perquisitions abusives se multiplient, nous sommes déterminés.

Car il n’y a pas de « eux » et de « nous ». Tous ceux qui résident en France sont des cibles mouvantes pour Daesh, qu’ils aient un drapeau à mettre à leur fenêtre ou non. Il y a donc notre société à tous aujourd’hui, et notre société à tous demain. Aux citoyens, alors, de faire ce dont nos dirigeants semblent incapables : reconstruire une société juste, apaisée, et solidaire.

Il est certain qu’il sera plus difficile de faire entendre la réalité des contrôles abusifs à l’heure actuelle. Mais baisser la tête n’est pas la solution. C’est pour prévenir les graves dérives qu’ont connues d’autres sociétés au lendemain d’attentats que ceux qui le peuvent doivent parler. C’est pour notre avenir à tous que nous devons continuer à travailler.

Car si nous nous taisons, nous serons aussi coupables que ceux qui nous emmènent aveuglément dans un cercle vicieux dont nous mettrons des décennies à nous relever.

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. »

Discours sur le Colonialisme, Aimé Césaire

Depuis 2011, le pôle juridique de Stop le Contrôle au Faciès assure écoute, information et orientation juridique aux victimes de contrôles d’identité abusifs et violences policières. Tout témoignage peut être recueilli de manière anonyme, et ne déclenche de procédure que sur demande. Pour être rappelé par les bénévoles, il suffit d’envoyer le SMS « CONTROLE» au 07 60 19 33 81.

 

SOURCE/ stoplecontroleaufacies.fr

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