Vingt-cinq ans de solitude, John Haines, aux éditions Gallmeister

Publié le par dan29000

Les éditions Gallmeister nous proposent en ce début d'année, une nouvelle édition de leur premier livre, Vingt-cinq ans de solitude, de John Haines. Une bonne initiative car cette nouvelle édition est illustrée par Ray Bonnell, et de plus, l'éditeur a pris une plus grande ampleur ces dernières années, ce qui devrait donner aussi une meilleure visibilité à ce grand et beau classique de la littérature du Grand Nord.

 

Passons sur la traduction malheureuse du titre original The stars, the Snows, the Fire, par Vingt-cinq ans de solitude, moins poétique. C'est donc en 1947 que le Virginien John Haines (1924-2011) s'installa en Alaska, dans une cabane isolée sur un terrain de quelques acres. Après avoir étudié les Beaux arts, il décida d'alterner peinture et écriture. Cela se matérialisa par plusieurs recueils de poésie, des essais et parfois des récits qui lui permirent d'obtenir de nombreux prix.

 

Pendant deux cents pages, le lecteur va partager au quotidien la vie de trappeur de l'auteur, une vie de rudesse, et de solitude où si l'on veut vivre, enfin survivre, il faut se nourrir, c'est à dire chasser ou pêcher. Si l'on ne veut pas mourir de froid rapidement au milieu du blizzard, il faut faire son feu. Il faut aussi le vouloir mentalement, avoir une certaine sérénité, une approche de la nature, une habitude de lecture du ciel, des traces des animaux, de la poésie sauvage des lieux... John Haines en arrive parfois à dialoguer avec un animal, conscient à ce moment-là de faire partie d'un grand tout. Nous ne sommes alors plus très loin d'un parcours initiatique.

 

Mais c'est aussi, au-delà des belles aventures de ce trappeur-écrivain, la qualité de l'écriture de John Haines qui fait l'intérêt de ce livre, une écriture faite de simplicité, de sobriété, non dénuée de poésie quand il décrit sa rencontre avec des saumons, un lynx, un renard, une mésange à tête noire ou un porc-épic. L'homme comme partie intégrante de la nature sauvage. Un beau moment de littérature, dans cette collection que nous affectionnons Nature writing. Une belle respiration littéraire, entre Jack London et le Walden de Thoreau. Un moment zen, agréablement renforcé par les dessins pleines pages de Ray Bonnell.

 

Dan29000

 

Vingt-cinq ans de solitude

John Haines

Traduit de l'américain par Camille Fort

Éditions Gallmeister

Collection Nature writing

Illustrations de Ray Bonnell

2016 / 208 p / 22,60 euros

 

Le site de l'éditeur

 

 

EXTRAIT :

 

En soi, une chronologie ne suffit guère à s’orienter parmi les événements de sa vie, surtout dans le cas présent. Le temps que j’ai passé dans le Grand Nord représente à la fois plus et moins de vingt-cinq années. Il y a maintenant quarante-deux ans que je me suis installé à Richardson, pendant l’été 1947. J’y restai jusqu’à la fin août de l’année suivante. Ajoutez une douzaine d’années qui forment ma période de séjour la plus longue et la plus active, de 1954 à la fin des années soixante. Notez aussi que ces huit dernières années, j’ai de nouveau vécu à Richardson, mais avec de longues absences. Ce que suggère le titre de ce livre est au mieux un chiffre symbolique qui comprend de nombreuses arrivées et tout autant de départs.

Quant à ces pages, je les ai écrites longtemps après ces événements et pour la plupart dans un autre décor: la Californie, Seattle, le Montana, le nord de l’Angleterre. En revivant des fragments de ce récit, j’ai l’impression d’avoir erré à travers toutes sortes de périodes historiques, d’ères géologiques et d’états mentaux, pour retrouver toujours mon point de départ, un pays à la fois singulier et idéal. Peut-être ce livre parle-t-il également du Temps – de l’impression qu’il nous laisse, du moment où certains événements ont lieu. Il ne suffit pas d’additionner les années du calendrier pour rendre compte de ce parcours où l’on entre et sort du temps à loisir. Dans cette perspective, il n’y a ni progrès, ni destination finale, car l’essence des choses est connue de toujours, le lieu ultime atteint depuis longtemps.

Maint lecteur parcourant ces essais et chapitres notera l’aspect onirique de nombreux épisodes. Je crois que j’ai toujours perçu certains événements en les inscrivant dans une sorte de temps du rêve au sens antique et tribal du terme. Lorsque, à un endroit de ce récit, je dis que tout cela s’est passé “aux temps jadis, ce n’est pas juste une figure de style. Car d’une façon ou d’une autre, ces journées en pleine nature, ces expéditions avec les chiens sur l’herbe et la neige, les longues chasses, la tuerie des animaux et le reste, tout cela est partie prenante de l’expérience intime de l’homme sur cette terre. S’il est une certitude, c’est que cette expérience est toujours d’actualité. On peut reporter son énergie dans d’autres champs d’action, mais ce qui en constitue le cœur demeure en lui-même permanent et authentique.

 

 

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