Défendre la ZAD, par le Collectif Mauvaise troupe

Publié le par dan29000

Le collectif Mauvaise troupe nous propose ici un petit livre intitulé Défendre la ZAD, aux éditions de l'éclat. Cela tombe particulièrement bien puisque que ce début d'année 2016 est marqué par de nouvelles mobilisations en défense de la ZAD.

 

Depuis plusieurs décennies existe un projet de nouvel aéroport à Nantes, et une forte opposition à la destruction programmée de cette zone humide tout à fait unique. Au fil des ces dernières années, ce combat écologiste est devenu aussi un combat anti-capitaliste, un combat pour un autre monde possible, un combat pour les tritons, contre le béton. Une résistance comme nous les aimons, une belle alliance entre habitants locaux, paysans, écolos, libertaires, anti-capitalistes, naturalistes, syndicalistes, de Solidaires à la Confédération paysanne. Peu à peu se créa une zone à défendre où une vie s'organisa, des gens de divers horizons arrivèrent, des cabanes puis des logements furent créés, des activités diverses mises en place, des rassemblements se multiplièrent (le prochain le 27 février). Et surtout une belle résistance aux flics lors de la mémorable Opération César fin 2012.

 

La première partie du livre revient sur ce bel épisode de résistance, que l'on pourrait synthétiser en une célèbre phrase, Oser lutter, oser vaincre. La bataille de la forêt de Rohanne fut gagnée et le combat gagna les rues de Nantes, des comités s'activèrent et 40 000 personnes vinrent sur le site où fleurirent encore un peu plus les projets de vie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, au-delà de la contestation nécessaire d'un projet inutile et coûteux. La seconde partie est consacrée à cette vie : habiter la ZAD. Résister c'est créer. Alors peu à peu se créa une ZAD, qu'il y a quelques années, l'on aurait appelé TAZ, zone d'autonomie temporaire, un temporaire qui d'ailleurs peut durer longtemps. Sème ta ZAD face aux nuisibles de Vinci. Pas d'autarcie,mais l'autonomie, débattre et planter, semer et construire, accueillir et partager, en référence à la Commune de 1871.

 

En fin de volume, une brève chronologie et surtout un appel à défendre la ZAD, une résistance qui se place aux côtés de celle de Sivens, où la police tua Rémi Fraisse, de celle de Roybon contre les bétonneurs du Center Parcs, ou celle du tunnel sous les Alpes du mouvement franco-italien NO TAV. Cet aéroport ne se fera pas, non seulement parce qu'il est inutile, mais aussi parce que nous avons plus besoin de zones humides que de surfaces bétonnées. Défendre la ZAD est donc en 2016 une priorité, elle le sera jusqu'à l'abandon du projet. Une priorité, au-delà de ce projet néfaste, en forme d'expérimentation prouvant qu'il est possible de vivre autrement, ici et maintenant, sans attendre leurs fameux changements électoraux qui ne viennent jamais, en se libérant du consumérisme ambiant, en adoptant une autre manière de vivre, avec plus de liens et moins de biens. Un petit livre qui en annonce un autre prochainement : Contrées. Histoires croisées de la ZAD de NDDL et de la lutte NO-TAV du Val de Suse.

 

Dan29000

 

Défendre la ZAD

Collectif Mauvaise troupe

Éditions l'éclat

Collection Premier secours

2016 / 48 p / 3 euros

Diffusion libraires : Harmonia Mundi

 

Le site de  l'éditeur

 

Le site de la ZAD

 

Le site de l'ACIPA

 

Le site des naturalistes en lutte

 

Le site du Collectif

 

EXTRAIT :

 

Nous sommes désormais des centaines à nous retrouver au milieu de la brume et de la fumée. On se tient ensemble. Au pied des arbres où se cramponnent nos camarades, nous harcelons en une ronde endiablée l’escorte policière des machines à broyer la forêt. Elle frôle, provoque et désoriente les gendarmes mobiles sur un air traditionnel breton, ou au rythme d’invectives qui tiennent plus du cri du cœur que du slogan. On chante, on hurle, on se bat, on pleure, on discute, on s’étreint.

En face, la consigne est claire : il faut marquer les chairs pour faire passer le goût de cette irrépressible disposition à l’insoumission. Nous compterons, après la bataille, nos blessés : une centaine, dont près d’une trentaine de plaies et lésions sérieuses pour la seule journée du samedi. Les éclats des grenades, du même genre que celle qui tuera Rémi Fraisse deux ans plus tard sur une autre zad, à Sivens, pénètrent nos
corps et restent fichés sous notre peau. Comme pour qu’à l’avenir leur présence douloureuse nous enjoigne de baisser la tête. Mais cette fois, il n’était de toute façon pas question de reculer, et chaque coup n’a fait que renforcer notre résolution. Pour longtemps.

Publié dans environnement, alternatives

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