En accueillant quatre familles roms à la maison...

Publié le par dan29000

En accueillant quatre familles roms à la maison, je savais que j'ouvrais aussi la porte au malheur. Qu'il y aurait beaucoup de joie à partager, à commencer par une naissance en janvier, et puis d'un coup des jours de malheur qu'il faut maintenant traverser. A force de vivre avec les Roms, on se forge un cuir épais pour affronter les coups durs, tous ces passages par l'hôpital, le cimetière et les parloirs des prisons. Il faut tenir le coup et continuer de construire quelque chose, sinon on sombre parce qu'on n'a pas autour de nous ces fratries incassables, la foi en Dieu indestructible et une sorte d'innocence politique que je trouve incroyable, irréelle et enfantine face à la guerre que mène l'Etat français contre un peuple de parias.

 

Il faut peut-être avoir mangé et dormi dans ces cabanes pour comprendre la monstruosité des bulldozers que la police escorte, cette mise en scène sordide et habituelle que joue la République française pour massacrer la misère devant les caméras infatigables du grand journal télévisé. Je vais passer pour un idiot mais je ne peux pas m'empêcher de penser à l'histoire du grand méchant loup et des trois petits cochons. Chacun ses mythologies. Le loup détruit la maison de paille, la maison de planches et de brindilles, mais la troisième maison lui résiste. C'est un maison de pierre dont la cheminée, le foyer qui réchauffe servira de piège au grand méchant loup.

Je pense sûrement comme un gamin de douze ans, et à vrai dire je m'en fous de passer pour naïf, mais je vais construire une maison de pierre pour mettre à l'abri ces familles. Et dans cette guerre sinistre qui ne dit pas son nom, malgré qu'elle ait été déclarée au plus haut niveau de l'Etat français, sur le perron de l'Elysée en juillet 2010, je sais que j'ai choisi le camp des fils du vent. Parce qu'eux n'ont pas d'armes et que j'ai vu comment nos administrations peuvent leur pourrir la vie, jour après jour, comme une machine malade et bien huilée, règlementée pour détruire les plus fragiles. Parce que j'ai lu Kafka et Orwell, parce que j'ai étudié Surveiller et punir et parce que je sais maintenant que remplir un questionnaire c'est déjà se soumettre, accepter de livrer le plus intime, le jour de naissance de ceux qu'on aime et parfois jusqu'à la date de leur disparition, j'ai aussi compris comment nos assistantes sociales et nos secrétariats enregistrent la misère sans broncher et sans intervenir, juste pour transmettre toutes les données en préfecture, pour préparer le jour où on envoie les bulldozers et les corps de police.

 

SOURCE / TIERI BRIET sur FB

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