Le nom du père, de Sébastien Meier, éditions Zoé

Publié le par dan29000

Les éditions Zoé nous proposent ici un polar intelligent et politique, Le nom du père, signé Sébastien Meier, déjà récompensé pour son précédent roman, Les ombres du métis, par le prix Lilau de la ville de Lausanne, en 2015.

 

 

Que cela soit au cinéma ou en littérature, nombre de polars débutent par la sortie de prison d'une personne peu recommandable. Dans ce roman c'est un inspecteur de police qui sort de prison. Original. Enfin ex-inspecteur de police. Deux ans d'enfermement pour violences conjugales. Pèse sur cet homme la mort de son amant, Romain Baptiste. Une mort où le principal suspect est justement l'ancien flic. Difficile de trouver un début de roman policier meilleur...

 

 

A peine redevenu libre, Paul Bréguet est contacté par Béat Flückiger, personnage trouble et surtout très riche qui ne va pas hésiter à pratiquer le chantage sur l'ancien policier. Baptiste aurait détenu des documents compromettants. Dès lors, avec l'appui de la procureure Émilie Rossetti, le curieux flic va se trouver englué dans une affaire bien plus importante que prévu. Certes la prostitution fait partie de l'énigme à résoudre, mais au-delà, l'auteur en profite pour également nous embarquer dans une des particularités de la Suisse, les banques et les montages fiscaux.

 

 

Sébastien Meier connaît bien Lausanne, c'est d'ailleurs sa ville natale depuis 1988. Il fonda à 22 ans une maison d'éditions ainsi qu'un collectif destiné aux arts de la scène, tout en collaborant au bimensuel La Cité. A noter qu'il reprend certains des personnages de son roman précédent, ainsi que le font souvent les auteurs de romans noirs. Ce qui n'est pas pour nous déplaire, surtout quand ils sont réussis. Les chapitres sont brefs, les dialogues sonnent justes, et les personnages crédibles, comme les situations imaginées. A l'arrivée, cela nous donne un roman dont la lecture est difficile à interrompre, prévoyez donc un week-end.

 

 

Dan29000

 

Le nom du père

Sébastien Meier

Éditions Zoé

2016 / 400 p / 20 euros

 

 

Le site de l'éditeur

 

 

EXTRAIT /

 

 

Emilie Rossetti a décidé qu'elle quitterait tôt le travail, cet après-midi. Il est 17 heures 30 lorsqu'elle parvient enfin à fermer la porte de son bureau, qu'elle timbre et s'extrait du commissariat comme d'une prison. Un vent léger rafraîchit l'atmosphère. Elle chausse ses lunettes de soleil, se demande si elle aura la force d'aller faire du sport, tourne sur la droite à la sortie du commissariat, longe la rue César-Roux, passe devant l'espace autogéré et arrive au centre commercial Caroline. Elle fait rapidement le tour des rayons, remplit machinalement son caddie de légumes qu’elle ne mangera pas, prête vaguement attention à un homme qui la lorgne du coin de l'œil. Il ne lui plaît pas, elle n'a pas le temps pour ça. Elle paie et sort. Lorsqu'elle remonte la rue Marterey, elle consulte sa boîte mail professionnelle. En 35 minutes, dix messages se sont ajoutés à la longue et désespérante liste d'urgences. En lisant, Emilie Rossetti n'a qu'une envie : ouvrir une bouteille de vin, s'affaler sur son canapé et regarder un épisode de Dr. House qu'elle affectionne tout particulièrement pour deux raisons : Hugh Laurie est envoûtant et elle ne comprend absolument rien à la médecine. Ne rien comprendre et se l'autoriser est précisément ce qui correspond à une soirée détente dans l'esprit de Madame le procureur d'arrondissement de Lausanne.

 

Paul Bréguet attend depuis dix minutes lorsqu'il aperçoit la silhouette svelte et droite de la procureur se dessiner. Elle a toujours les cheveux courts qui lui affermissent le visage, mettent en relief ses pommettes saillantes et son menton gracieux. La première fois qu'il l'a vue ainsi, c'était lors de leur dernier entretien avant le procès, à la prison du Bois-Mermet. Elle l'avait giflé, ce jour-là. Il se souvient parfaitement de la douleur qui s'était propagée, irradiante, de sa joue jusqu'à son crâne. Il a envie de sourire, parce qu'Emilie Rossetti aujourd'hui ne lui fait plus peur.

 

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