Témoignage : quand on est pauvre, faut pas vieillir

Publié le par dan29000

Une histoire de sans-dents, en France, un dimanche...

 

Une rage de dent, un dimanche, en province... Histoire de notre système de santé, qui progresse.
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Faut pas vieillir, surtout quand on est pauvre.

 

Malgré l'arthrose qui me ronge, m'handicape et me fait souffrir, je me félicite d'une assez bonne santé, surtout morale. Cette semaine j'avais une pêche d'enfer, j'en ai profité pour entreprendre de repeindre ma cuisine, qui en avait bien besoin. Sachant d'avance qu'à mon rythme de vieillerie précoce, ça allait me prendre huit à quinze jours minimum, alors qu'il y a quelques années j'aurais torché ça en une demi-journée... Mais du temps, j'en ai ! Donc, pas grave... Je me suis lancée, j'ai viré le vieux four qui ne fermait plus, l'ai remplacé par un joli placard trouvé pour 5€ sur le Bon coin, posé un crochet et accroché une plante dégoulinante (une misère !), fais un joli rideau pour cacher un vilain compteur électrique et commencé mon blanc impeccable. J'ai passé une super bonne semaine, en m'éclatant comme une folle. Jusqu'à vendredi où j'ai commencé à avoir mal à une dent.

Oh je la connais cette vieille molaire cariée, dont j'ai perdu le plombage depuis des lustres, elle me titille depuis longtemps et je sais bien qu'il n'y a plus rien à faire, elle est cuite. Que vu l'âge, elle va finir par tomber, comme les deux prémolaires que j'ai déjà perdu en haut. Je sais bien qu'il faut que j'aille chez un dentiste, mais déménagement oblige il y a trois ans, mille autres choses à faire et surtout une trouille bleue, je n'ai toujours pas de dentiste. Je me fais des petits cataplasmes avec des feuilles de sauge et des bains de bouche, avec des petits demi bouchons de... rhum blanc, où je laisse mariner ma quenotte, histoire de la désinfecter. Complètement idiot - je le sais pertinemment - mais ça marche ! Deux ans que ça dure. Ça vient, ça dure deux, trois jours, ça repart et je continue de procrastiner.

Mais j'ai des excuses, hein ! Clin d'œil En plus de la trouille du dentiste, qui je le sais aussi, va m'engueuler, en plus de me faire mal (je hais les dentistes). L'année 2015 fut épouvantable avec ma mutuelle. En 2014, je bénéficiais, à coup de dossiers fastidieux, de l'aide à la mutuelle, appelée en langage technocratique ACS Aide complémentaire santé pour séniors... Enfin les vieux fauchés, quoi ! Ceux qui n'ont que de minuscules retraites. Soit 500€ par an d'aide (550, en 2015) qui m'aidait bien. Ne me restait que 5€ par mois à payer de ma poche, pour une mutuelle à minima. Mais c'était sans compter sur les bonnes idées de notre bon gouvernement socialiste, qui ne sait pas quoi inventer pour em... les pauvres (qui ruinent la France) ! Notre bonne ministre à jupettes roses, m'âme Marisol Touraine (fille d'Alain...), relevant elle-même de l'ISF... A relevé le plafond fiscal des pauvres, en incluant l'allocation logement dans les revenus. J'ai donc dépassé le fameux plafond de... 20€ annuels, au dessus du seuil de pauvreté (972.50 €/mois) ! Seul problème, la sécurité sociale, après des tonnes de courriers, a mis 4 mois à me le dire ! J'ai dont dû payer mon retard de mutuelle et ai donc perdu 550€ en 2015... Sans compter l'aide à EDF (70€/an) en sus, envolée avec. Le temps de remonter la pente (payer 50€ de mutuelle plancher/ mois de ma poche), je ne me suis pas soignée... Ben ouais, c'est ce qu'ils disent dans les jolis rapports sur la pauvreté... Comment les pauvres renoncent à se soigner. Vous comprenez mieux maintenant ?

http://www.aide-complementaire-sante.com/aide-complementaire-sante-seniors.html

En janvier 2016, j'étais à jour, j'allais à nouveau me soigner. Sauf qu'à force de perdre des dents, je savais bien que je n'allais pas couper, au dentier ! Quelle horreur... Faudrait pas vieillir. M'étant renseignée auprès de copains et copines de mon âge (bientôt 66...), tout le monde y passe et... ça coûte un bras ! Même pour un bête dentier "sécu", c'est dans les 800€ minimum, en sus ! Où allais-je les trouver ?

En plus, côté inconfort, ça n'a pas l'air d'être le pied... Faut arracher des dents et.... Attendre, sans dents, que ça cicatrise. Donc se cacher, la main devant la bouche, durant environ deux à trois mois. Vous comprenez mieux l'expression des "sans-dents" chère à Valérie Trierweiler, notre ex première dame à pépère que ça fait parait-il, marrer ?

Les riches ne sont pas concernés, je vous rassure, pour eux y'a des implants rutilants... Ils peuvent aussi aller se faire faire ça à l'étranger, à prix lowcost, avec un p'tit lifting en sus, de préférence au soleil...

Pour en revenir à ma ratiche douloureuse, samedi matin, après une nuit agitée, je me suis réveillée éreintée et avec le visage d'un lapin atteint de la myxomatose, bourjouflé et douloureux. J'ai tenté mon remède habituel rhum-sauge... En vain. C'était clair, je me faisais un bel abcès. Samedi soir je me suis maudite. Cette nuit j'ai douillé comme jamais. Je n'ai pas dormi, me relevant à 3h pour bouffer de l'anti-douleur. A 7h, je pensais bien que ma tête aller exploser comme une courge trop mûre. Bon, un dimanche matin, les urgences de l'hôpital public ?.. Mais il est très loin de chez moi et avec mon fauteuil électrique (qui me sert à marcher), c'était un peu vain. Mes enfants ayant eu le bon goût de partir à l'autre bout du monde... Appeler les copains pour me trimballer ? Malgré le marteau piqueur qui me vrillait la tête, j'ai quand même songé qu'il restait (normalement) des médecins de garde en ville, qui pourraient me prescrire des anti-biotiques, seule solution à ce stade d'enflure.

J'ai donc sauté sur Internet pour me rencarder. La cata ! Rien à jour, du grand n'importe quoi. Bon, aux grands maux, les grands remèdes... Restait le commissariat. Je téléphone donc pour demander médecin et pharmacie de garde. Las, là aussi, nada ! La préposée m'annonce que progrès oblige (faut être moderne...) il faut maintenant, pour être renseignée, appeler le 3966. Oui, comme à Pôle emploi ou à ma caisse de retraite et tutti quanti... Y'a des robots. Passablement épuisée et énervée j'appelle le code magique. Je vous passe le temps d'attente (à 8h de matin), la touche étoile et le cirque habituel de ce genre d'engin... J'atteins enfin une opératrice, humaine. J'essaie d'exposer ma requête, simple à priori... Ah bah non, ça n'allait pas être simple  ! Il fallait d'abord remplir le questionnaire : administratif d'abord... Puis médical (complet of course) Au bout d'un certain temps, j'ai perdu patience et ai été franchement méchante avec la pauvre fille à l'autre bout du fil. A me mettre à gueuler, alors que je ne pouvais même pas ouvrir la bouche. Cette abrutie ne voulait pas me donner le nom du médecin de garde, seulement celui du dentiste, de garde ! Qui vu l'état de la bête, ne pourrait absolument rien faire. Me disant en sus, que de toutes façons, aux urgences on ne m'aurait pas reçu, me renvoyant vers elle ! A bout, j'ai pris les coordonnées du fameux dentiste, qui si nous vivions encore dans un monde "normal", devait pouvoir me faire une ordonnance. En reposant le combiné, l'abcès a pété ! Ah quel bien ça fait... La douleur qui reflue.

Bref, j'ai décroché un rendez-vous à 11h. J'ai eu mes antibios, que j'ai bouffé comme une malade. Je dois d'ailleurs en reprendre une dose maintenant, 5 cachetons à ingurgiter à chaque fois. La plaisanterie m'a coûté 46€ et des brouettes. En fin de mois, je creuse mon découvert... D'autant que ma caisse de retraite me doit 700€, mais c'est une autre histoire de... Sans dents ! (pas mal non plus...) Détail croustillant, le praticien ne pourra pas extraire ma dent, quand je serais désinfecté, il est over-booké ! Faut trouver un autre dentiste. Démerdes-toi, ma fille...

On vit un monde formidable ! (mais j'ai nettement moins mal)

Bonne fin de dimanche chez vous et... Portez-vous bien !

 

 

 

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SOURCE/ MEDIAPART

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Robert 16/11/2016 01:39

Les pauvres vivent cachés et si ils ont le malheur de le dire tout le monde s'éloigne d'eux