Un prisonnier modèle, Paul Cleave, Sonatine éditions

Publié le par dan29000

Un prisonnier modèle est le cinquième roman de Paul Cleave publié en France par les éditions Sonatine. Le lecteur retrouve le célèbre Joe Middleton, tueur en série, surnommé le Boucher de Christchurch, héros d'Un employé modèle. Même si ce nouveau roman peut être lu indépendamment.

 

 

Dans cette ville de Nouvelle-Zélande, d'ailleurs ville natale de Paul Cleave, le fameux boucher est en prison, après avoir essayé en vain de se suicider d'une balle dans la tête. Le tueur en série joue l'amnésique auprès des experts psychiatriques, en attendant son procès imminent, ce qui a tendance à énerver passablement ses proches, gardiens, prisonniers ou avocat. Quant aux policiers, ils se demandent s'ils n'auraient pas mieux fait de l'achever avec discrétion au bon moment. Ambiance !

 

A lui seul, Joe Middlton relance le débat sur un éventuel rétablissement de la peine de mort. Si toute la population de Christchurch voudrait bien enfin le voir mort, Joe a d'autres ennemis. En particulier Melissa, son ex-complice, qui prépare une action diabolique lors de l'entrée de Joe au tribunal. Il y a aussi Carl Schroder, ancien flic qui avait arrêté Joe, et qui va proposer un très étrange marché au tueur en série. Enfin un père d'une des victimes de Joe, Raphaël, qui veut à tout prix faire payer ses crimes au tueur, n'étant pas vraiment certain que la justice fera son travail.

 

Dès les premières pages, il est difficile de résister au talent de Paul Cleave, auteur néo-zélandais né en 1974, dans cette ville de Christchurch, d'habitude plus célèbre pour son fameux stade de rugby qui connut quelques matches historiques des All Blacks. Dès son premier roman, ce qui est assez rare, Paul Cleave a connu un large succès international mérité avec Un employé modèle, succès sans doute dû à un subtil cocktail d'humour assez noir et de descriptions horribles glaçantes. L'auteur réussit ici le tour de force de créer une certaine empathie du lecteur pour cet étrange prisonnier. Tout le monde sait que c'est un monstre... Et pourtant, son déni affirmé, sa capacité à s'adapter, voire une certaine innocence, difficile à distinguer de sa stupidité manipulatrice en font un personnage tout à fait singulier.

 

Les nombreux dialogues, la description de la vie en quartier de haute sécurité et l'alternance en chapitres assez courts, du récit et de la narration à la première personne du détenu, permettent de rythmer la progression de l'histoire, et laisse le lecteur avide de s'engloutir dans ce roman noir où Paul Clave réussit à l'amener là où personne ne l'attendait.

 

Dan29000

 

Un prisonnier modèle

Paul Cleave

Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau

Sonatine éditions

2016 / 568 p / 21 euros

En librairie depuis le 11 février 2016

 

 

Le site de l'éditeur

 

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EXTRAIT :

 

PROLOGUE

Dimanche Matin

Bon, on en apprend tous les jours.
Je prends une profonde inspiration, je ferme les yeux, et j’appuie à fond sur la détente.
Le monde explose.
C’est une explosion de lumière, de sons, de douleur, et c’est bizarre, parce qu’il devrait être plongé dans l’obscurité. Un voile noir devrait m’envelopper, m’emmener loin de tout ça. J’ai les choses en main – Joe-le-Lent est un gagneur –, preuve en est que ma vie se met à défiler devant mes yeux. L’obscurité va très bientôt survenir, mais je dois d’abord revoir des images de ma mère, de mon père, de mon enfance, du temps passé avec ma tante. Des heures et des heures de ma vie sont fractionnées en images brèves puis condensées en films de deux secondes, les scènes s’enchaînant brutalement comme si elles étaient diffusées sur un vieux projecteur. Les images s’accélèrent. Elles clignotent dans ma tête.
Mais ce n’est pas tout.
Sally surgit dans mon esprit. Non, pas dans mon esprit, dans mon champ de vision. Elle est juste devant moi, contre moi, son corps massif lourdement plaqué contre le mien, comme elle l’a toujours désiré. J’entends une douzaine de voix.
Je heurte le sol et mon bras est projeté sur le côté. Sally tombe auprès de moi, elle roule sur mes membres, tentant de m’engloutir comme un divan moelleux. Je ne suis pas encore mort, mais je suis déjà en enfer. J’appuie sur la détente au hasard, mais sans succès car le pistolet n’est plus dans ma main. J’étouffe sous le poids de Sally, et je ne sais toujours pas vraiment ce qui se passe. Le monde est sens dessus dessous, il y a un sachet de nourriture pour chat contre mon épaule. Mon visage est brûlant et trempé de sang. Un hurlement strident résonne dans mon oreille, un sifflement monocorde qui n’en finit pas. On écarte Sally de moi, elle disparaît et est remplacée par l’inspecteur Schroder, et je n’ai jamais été aussi soulagé de ma vie. Schroder va me sauver, Schroder va emmener Sally, et avec un peu de chance il l’enfermera dans le genre d’endroit où les gros tas comme Sally devraient être enfermés.
«Je suis...» dis-je, mais le sifflement dans mes oreilles recouvre ma voix.
Je ne comprends pas ce qui se passe. Je suis complètement confus. Le monde dévie de son axe.

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