Une colère noire. Lettre à mon fils, de Ta-Nehisi Coates

Publié le par dan29000

Les éditions Autrement publient en français le premier livre d'un jeune journaliste à The Atlantic, Ta-Nehisi Coates. Une colère noire. Lettre à mon fils est sans nul doute l'évènement éditorial de cette rentrée littéraire hivernale, et au-delà la certitude d'être en présence de la naissance d'un écrivain important.

 

 

L'auteur écrit à son fils de quinze ans. Si cette lettre dotée d'une émotion rare est teintée d'intimité, elle est aussi un panorama des États-Unis, d'hier et d'aujourd'hui. Car c'est aussi l'histoire des grands-parents et des parents de Ta-Nehisi Coates, militants aux côtés des Black Panthers ou Angela Davis. Il évoque des pans entiers de l'histoire son pays, avec bien entendu l'esclavage sur lequel, avec le génocide des nations indiennes, s'est construit la puissance nord-américaine. "Ils ont transformé nos corps pour en faire du sucre, du tabac, du coton et de l'or". Tout au long de cette incroyable lettre à son fils, une terrible continuation, celle de la violence endémique sur les corps noirs. Une violence marquée hier sur la peau des esclaves dans les champs, ou sur les corps pendus aux arbres comme des Strange fruits, ou aujourd'hui marquée par les balles policières dans les rues des cités, d'Éric Garner à Trayvon Martin. Des morts toujours impunies par la justice.

 

 

L'auteur a l'immense courage de ne pas donner de faux espoirs à son fils. Hier sous la puissance du Klan, ou aujourd'hui sous le règne d'Obama, la violence raciste est endémique. "La race naît du racisme, et non le contraire." La non-violence est théorisée par les blancs, par ailleurs surarmés, dès lors l'identification avec Malcom X a permis à l'auteur, comme sa fréquentation de l'université, d'éviter les multiples dérives de la rue, d'autant plus qu'il est né à Baltimore, une des villes les plus violentes du pays, relire David Simon. Avec une lucidité terrible, Coates a décidé de ne rien cacher à son fils, bien décidé à lui faire comprendre que dans ce pays, la destruction du corps noir est une tradition qui se transmet de siècle en siècle. Sans oublier, et c'est complémentaire, la déconstruction du fameux "rêve" américain où l'oubli des causes de la richesse blanche actuelle.

 

 

Publié l'an passé aux État-Unis, sous le titre Between the world and me, titre plus signifiant que la traduction française, le livre de Coates fut un livre-évènement. Il a obtenu le prestigieux National Book Award 2015, fut un des livres de l'été d'Obama,et surtout fut salué par la Prix Nobel de littérature, Toni Morrison, désignant Coates comme la nouvelle grande voix dans la lignée de l'écrivain James Baldwin (La prochaine fois le feu) disparu en 1987. Une superbe réponse littéraire et humaine aux corps noirs abattus par les policiers, aux corps noirs enfermés dans ces prisons devenues industrie, aux corps noirs parqués dans les ghettos. Ta-Nehisi Coates est aujourd'hui classé en tête des voix politiques influentes et son blog considéré comme l'un des 25 meilleurs du monde (Time). Si en dehors de la fiction, vous ne lisez qu'un seul livre en 2016, il faut lire Une colère noire. Lettre à mon fils.

 

 

Dan29000

 

 

Une colère noire

Lettre à mon fils

Between the world and me

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Thomas Chaumont

Préface Alain Mabanckou

Éditions autrement

2016 / 206 / 17 euros

En librairie depuis le 27 janvier 2016

 

 

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