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Poésie debout, place Guichard à Lyon

Publié le par dan29000

Tribune

Place Guichard à Lyon, la Poésie debout

 

 

Par
 

«Poétiser les espaces publics», tel est le sujet sur lequel planche une commission de Nuit debout à Lyon.

 

Dimanche 41 mars (selon le calendrier marsien de Nuit debout), dans le IIIe arrondissement de Lyon. On nous a donné un morceau de carton, on a noté dessus «Poésie et Espace public». Au début, on est trois étudiants, puis rapidement, on est trente : travailleurs, chômeurs, jeunes ou moins jeunes, et un ivrogne aimable qui, passant par là, s’est joint à nous. Et on a discuté de ça, de «Poétiser les espaces publics», sans vraiment savoir ce que cela voulait dire, et c’était bien comme ça. Cette première nuit, on n’a fait que débattre, nuancer, cerner les enjeux, les reprendre, convaincre, et répéter, répéter continuellement pour ceux qui passent près du cercle de parole et qui interrogent. «Faut-il nécessairement qu’il y ait un texte pour poétiser ?» ;«Qu’est-ce qu’on entend par Espaces publics ?» On ne sait pas. On a des idées, elles s’échangent sans objectif jusque tard dans la nuit, et on se quitte, fatigués car l’échange et la rencontre sont des activités éminemment physiques quand elles sont activées ainsi par la Nuit debout.

Ce qui reste avant de dormir, c’est le constat partagé d’une dépossession. Est-ce la ville qui nous engendre ou nous-mêmes, citoyens, passants, travailleurs, promeneurs, qui l’engendrons ? «Un homme marche et crée, spontanément une rue habitable, élément humaniste de communication longitudinale et transversale.» L’image est de l’architecte belge Lucien Kroll. Elle s’oppose radicalement à la conception fonctionnaliste de l’urbain, créateur de zones résidentielles et commerciales, qui cloisonnent et empêchent la rencontre avec l’autre, celui-là qui, à cause d’une logique sur plan, ne se laisse jamais croiser sur les mauvais trottoirs.

La ville est publicitaire, sécuritaire, directive, commerciale, clivante. Sur ses bancs, on ne dort pas, sur ses trottoirs, on ne joue pas, des aires de jeu grillagées sont là pour ça, on ne chante pas la nuit et on ne mendie pas le jour sur les terrasses des cafés.

Poétiser les espaces publics ? C’est ouvrir des brèches sensibles, redonner à la ville son caractère de paysage qui se regarde et qu’on ressent, qu’on agence individuellement, collectivement et surtout librement. Libres de ne pas la vivre comme un immense centre commercial ou un trajet quotidien pour se rendre au travail, libres de constituer nos propres trajets dans ses artères.

Poétiser les espaces publics ? Ce n’est pas faire de la poésie dans les espaces publics, c’est les rendre à leurs possibilités poétiques, et déchoir surtout l’utilitarisme qui les régit de façon autoritaire. Etre poétiques dans les espaces publics, c’est peut-être y demeurer inutile.

Place Guichard, debout, la nuit, on pose régulièrement la question de la politisation des actions de «poétisation». Certains estiment que l’action poétique est en soi politique, en ce qu’elle questionne les modes de fonctionnement de la cité. D’autres trouvent que ce n’est pas suffisant, arguant que la réussite du mouvement passera aussi par la transformation en action politique. Pour ma part, je citerai juste Marguerite Duras qui disait en 1977 : «La seule façon de faire avancer une idée de gauche n’est pas de poser la question de sa réussite, c’est de l’exprimer dans un acte libre.»

Nicolas B. Etudiant, membre de la commission Poésie et Espaces publics, place Guichard

 

SOURCE/ LIBERATION.FR

 

Publié dans actualités

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