A Nantes, rafle sans précédent, 140 interpellés !

Publié le par dan29000

Rafle sans précédent à Nantes : 135 à 140 interpellés selon nous & 82 selon l'état !

 

 

Publié le par CitiZen Nantes

 

Suite à la manifestation du 19 mai 2016, la police a retrouvé une vieille habitude disparue après 1962 : embarquer tout le monde !

La seconde manifestation du 19 mai, contre la loi El-Khomry, prévue en fin d'après-midi avait été interdite par le préfet, mais environ 800 personnes ont bravé l'interdiction, selon une source policière. Les slogans relevés par la presse de Marché furent "État d'urgence, État policier, on nous enlèvera pas le droit de manifester" et "49.3 ou pas, continuons le combat". Les protestataires défilèrent, comme d'habitude, à partir de vers 15 heures, dans les ruelles du centre-ville depuis la place Graslin, où se tiennent par ailleurs les Nuit Debout nantaises.

Les forces de l'ordre ont plusieurs fois chargé, faisant un usage massif de gaz lacrymogène, comme elle en a l'habitude depuis le début du mouvement contre la loi scélérate, notamment près du Château des Ducs de Bretagne, avant que la manifestation soit repoussée, vers 17h00, du centre-ville vers les abords de la Loire, puis, toujours avec des salves de lacrymogène, plus à l'ouest encore. Vers 18h00 les protestataires sont officiellement dispersés.

Ce qui nous intéressera ici c'est surtout l'ampleur inédite du nombre des interpellations, officiellement "pour des vérifications d'identités puis éventuel placement en garde à vue si les infractions se justifient". Nous nous appuierons sur le témoignage de notre co-locataire, le jeune 'Tom', 25 ans, qui fut interpellé et donne des chiffres qui ne concordent pas avec ceux publiés dans la presse. Joint à ma courte conversation avec un policier m'en prévenant, vous aurez aussi une idée de l'ambiance régnant au sein de la maison poulaga, révélatrice des différentes appréciations de la situation et de l'ambiance tendue par, certainement, le surmenage que nous leur faisons subir, à cause du seul entêtement du gouverne-ment.

Dans son édition du matin du 20 mai, le grand quotidien (par le nombre de ses exemplaires réellement vendus) Ouest France donne le chiffre de 66 arrestations, repris par le quotidien national ultra-libéral, organe de propagande du groupe d'armement Dassault, Le Figaro. Or, dans un article posté sur le web à 12h23 ce jour, le quotidien départemental Presse Océan, propriété de Ouest France mais dont la rédaction est séparée de la sienne, parle de 82 interpellations pour "participation à une manifestation interdite" dont 56 encore gardés à vue à ce moment là et 26 mineurs libérés, laissant croire que les libérations n'ont concernés qu'eux et n'ont pris place qu'à partir de 11h. Or vous verrez que cette présentation des faits est fausse.

Une brève chronologie de la rafle, telle qu'on peut la reconstituer

17h30 : "On a été 'nassé' comme ils disent", me racontera 'Tom', "pris entre la BAC (Brigade Anti Criminalité) et les CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) près de la Moricière, près de Canclaux". Le terme fait référence à un instrument de pêche au gros, la nasse.

19h15 : Appel téléphonique du commissariat central. Sur mon répondeur message bref, un poulet dit que mon co-locataire est en garde à vue jusqu'à demain pour "participation à manifestation interdite" et qu'il raccroche "parce qu'il est pressé" ...

19h23 : Je rappelle le numéro qu'il a donné. Un autre policier me répond et confirme, j'entend un brouhaha, manifestement c'est le branle-bas, 'Tom' a demandé à ce qu'on me prévienne. Court dialogue, il me confirme le motif d'arrestation, dit que mon nom lui dit quelque chose (coup classique). Je lui dis "Ah, je suis content que ce ne soit pas pour avoir cassé, d'ailleurs, il ne l'a jamais fait, puisqu'il va sortir demain m'a dit votre collègue" - Il répond qu'en principe oui (coup classique) "mais on verra demain si le juge d'instruction le convoque ou non" - Je demande, goguenard, "Je suppose que vous n'arrêtez pas tout le monde. Il y a dû avoir plusieurs centaines de personnes" - Il répond "Si si, ça n'arrête pas d'arriver là en ce moment" - Je lui fais une recommandation pour 'Tom' - le pandore confirme que "il a demandé à voir un médecin" et le verra et de me rappeller les droits du gardé-à-vu. Fin de l'entretien à 19h25.

22h30 : mon co-locataire 'Tom' est libéré. Il sort du commissariat central alors qu'une manif' de soutien se déroulait devant où il a pu entendre l'antienne à laquelle je suis habitué depuis le mouvement anti CPE, "Libérez nos camarades !".

0h25 : il est à la maison et m'annonce être l'un des premiers libérés, l'horaire ne cadre pas du tout avec ce que dit Presse Océan qui n'évoque que des sorties à partir de la fin de matinée. 'Tom' me précise que les derniers qui sortiront "ce seront les porteurs 'd'armes'". Je prend à ce moment son témoignage que je publie vers 1h10 du matin sur Facebook. J'ai en fin d'après-midi demandé de nouveaux éléments à 'Tom' pour une publication sur Citizen Nantes.

Nantes, 19 mai 2016, quelques uns des interpellés lors de la plus grande rafle qu'on ait vu à Nantes depuis au moins un demi-siècle, publié dans l'édition nantaise du journal sac à pubs gratuit Vingt Minutes. Les visages ont été bien mal floutés. 'Tom' m'a signalé cette photos où je peux en effet le reconnaître.

Nantes, 19 mai 2016, quelques uns des interpellés lors de la plus grande rafle qu'on ait vu à Nantes depuis au moins un demi-siècle, publié dans l'édition nantaise du journal sac à pubs gratuit Vingt Minutes. Les visages ont été bien mal floutés. 'Tom' m'a signalé cette photos où je peux en effet le reconnaître.

Choses vues et entendues au commissariat central par 'Tom'

Selon une policière entendue, 'Tom' me dit que "Il y a eu 90 interpellés à Waldeck", le commissariat central de Nantes et selon un autre jeune interpellé "Ils en ont chopé 45 / 50 qui sont dans d'autres commissariats". Au total ce serait donc 135 / 140 interpellés que nous aurions eu. 'Tom' ajoute que "Il y avait beaucoup de mineurs. Ils ont téléphoné à leurs parents pour qu'ils viennent les chercher" et estime leur nombre à Waldeck Rousseau à une vingtaine.

Pour nous, le premier chiffre, puis le suivant, donnés par la presse sont FAUX, non par malintention mais parce que les policiers n'ont comptés que ceux restés incarcérés à Waldeck Rousseau au moment où ils ont été fournis et, manifestement, ni comptabilisèrent ni ceux des autres commissariats et dans un premier temps ni ceux des mineurs, faisant enfin l'impasse sur ceux qui, comme 'Tom', n'ont même pas été incarcérés, faute de place dans les cellules prévues à cet effet et ont été libéré dès la nuit après leur interrogatoire.

Plusieurs policiers ont ajouté à mon co-locataire qu'il n'avaient "jamais vu ça, autant d'interpellés". Une policière a alors cru comprendre le pourquoi ce zèle inédit : "Ils ont voulu faire un exemple, parce qu'il y a Cazeneuve qui vient demain à Nantes", parlant de ses supérieurs, du préfet et du ministre de l'Intérieur. Nous savons que le Ministre de l'Intérieur s'est rendu à Rennes le 15 mai pour "soutenir les forces de l'ordre" aux prises avec "les casseurs", dixit l'édition française du web-journal étasunien Le Huffington Post, mais rien dans son agenda au sujet d'une visite à Nantes, au contraire. Manifestement, elle a voulu se rassurer par la logique.

Rappelons que 'casseurs' est une catégorie policière fourre-tout stigmatisante, qui ne dit rien sociologiquement et qu'elle est analogue à celle des 'hooligans', vocable anglais repris dans les années 1980 par la dictature soviétique sous l'ère Brejnev, et après, pour caractériser tout les jeunes anti-système ou non-conformes dans ses actes, opinions ou modes de vie au régime. La tendance actuelle, au ministère de l'Intérieur, est de se comporter comme le système soviétique en bout de course ... Faut-il préciser que 'casseur' cache en fait une grande diversité de personnes selon les lieux et les circonstances : chômeur, squatter, salarié précaire, apprenti, ouvrier, lycéen, étudiant, souvent proche du mouvement autonome, mais aussi et bien plus rarement, petit délinquant paupérisé, petit caïd de banlieue verticale ('quartier') ou horizontale ('lotissement-dortoir'), pick-pocket en général très adroit, pauvre juste venu pour piller, 'reprendre' en langage anarchiste, mais encore, plus d'un fils de petit-bourgeois ! Oui, on connaît même quelques jeunes 'casseurs' fils d'élus de la République, dont des socialistes. On trouvera enfin l'agent provocateur du milieu, souvent homme de main d'un politicien corrompu, parfois, l'agent provocateur de la préfecture de police de Paris ou, un peu partout et déguisé en 'autonome' des membres de la BAC, souvent. Le vocable 'casseur' est donc à bannir dans la conversation : il exprime un racisme social.

Mais reprenons le récit de 'Tom'. L'ambiance au commissariat central était celle d'une ruche : "Ils étaient tellement débordés, j'ai même pas été dans les geôles. Ils courraient partout, c'était marrant. Ils étaient tellement overbookés que celui qui m'a interrogé, c'était la brigade financière". Il a reçu une convocation 'à la demande de Mr Rouiller, Agent de Police Judiciaire à la Brigade financière de la Sureté Départementale de NANTES'. Mon, co-loc lui dit en rigolant "Mince je vais avoir un casier, je ne pourrais devenir fonctionnaire de police". Mr Rouiller répondit "Mais non, ne vous inquiétez pas, vous n'avez pas de casier. Vous avez été interpellé pour de la merde". Mon co-locataire devra comparaître pour audition et donner ses empreintes le 24 mai à 14h30. La presse locale confirme la première assertion : tous seront convoqués.

Il m'a dit avoir été "bien traité" par les policiers, mais que "Il y avait une grosse connasse qui arrêtait pas de passer durant mon procès verbal" disant "de ne pas descendre près des geôles parce qu'il y avait des gauchistes et que ça chlingue" parce que "ils n'ont pas d'hygiène, ils transpirent de partout". Un des pandores dira à sa collègue très énervée de se calmer en laissant filer un "Chut !" sonore. 'Tom' m'a décrit ensuite le décor de la pièce où il fut interrogé, donnant un peu de l'habitus du policier hautement diplômé : "Dans le bureau il y a avait un autocollant bleu 'oui à l'aéroport' (de Notre Dame des Landes), une affiche de Cantona - j'ai dis que je l'aimais bien - et une affiche de Dexter. Ça m'a choqué. Même mon ex m'a dit que c'était une série malsaine". Dans le brouhaha, le fameux 'malaise dans la police' parce plusieurs fois, un flic plaisantant même sur la torture. Voici un exemple d'humour noir pour conjurer la dépression avec ce court dialogue que 'Tom' a imprimé dans sa mémoire : un policier : "Il est où Michel ?", une policière : "Il est pas là", le policier répond "Il est parti se pendre !" et se met à rire. Mon avis est que si le suicide est un problème dans les forces de l'ordre, c'est en raison des missions répressives injustifiées que leurs ordonnent leurs autorités de tutelle, de leur sur-utilisation aux fins d'impressionner des manifestants ou pour impressionner les médias parce que le gouvernement veut monter dans les sondages bourgeois ou que le 'ministre de la police' a des ambitions présidentielles et se fout bien d'harasser ses hommes. Suicide dans la police, suicide des adolescents, suicide des petits et moyens paysans sont liés : il s'agit du suicide d'une société toute entière, trahie par ses prétendues 'élites' vendue au monde de la Marchandise, de la guerre de tous contre tous, de l'argent et du paraître.

Cette rafle participe de ce que le sociologue Michel Foucault appelait le bio-pouvoir, contrôler les corps et non seulement les esprits, et au final, cette rafle jamais vue à Nantes depuis plus d'un demi-siècle n'est rien d'autre qu'une monstration de ses 'gros muscles' par un pouvoir essoufflé, qui navigue de façon autiste vers les haut-fonds et va se drosser tôt ou tard sur le mouvement social en cours. Un pouvoir qui humilie jusqu'à ses serviteurs zélés puisque, presque honteux d'eux-mêmes, les policiers semblent vouloir, face à la presse, minimiser les chiffres d'une vague d'arrestation qui les dépasse eux-mêmes. Nous sommes passés là de la société du spectacle au spectacle de la société du spectacle, qui se sait même plus sur quel pied danser sa trompeuse chorégraphie de l'endormissement des consciences.

Thierry Kruger, petit reporter,

pour Citizen Nantes

 

SOURCE/ CITIZEN-NANTES.COM

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