A Nice, un drone pour traquer les goélands !

Publié le par dan29000

Qui a vu le Grand Goéland-garou de Nice ?

Photographie d'Olivier Reisinger

Photographie d’Olivier Reisinger

 

Dans un article de Nice-Matin daté du 26 mai 2016, « Nice dégaine un drone pour lutter contre la prolifération des goélands », Alice Rousselot met en scène un scénario catastrophe à l’intérieur duquel le goéland est  présenté comme un terrible prédateur anthropophage.

D’abord il faut se poser la question : à quoi sert cet article ? Ne contenant aucune information apte à faire comprendre le comportement du goéland et ses motivations probables, et ainsi apaiser les esprits, il fonctionne comme un amplificateur de peur justifiant le récit des Oiseaux d’Hitchcock. Il justifie aussi la politique de stérilisation des oeufs de goélands choisie par Nice.

On ne sait pas s’il faut rire ou pleurer en lisant : « Dangereux parce qu’ils mangent de la viande. Et ils attaquent quand ils ont faim… pour ne pas rester le bec dans l’eau. »

Combien de Niçois, chiens et chats compris, ont à craindre d’être considérés comme « dangereux » parce que, justement, « ils mangent de la viande » ? A quand l’attaque générale des drones stérilisateurs ? Peut-être un bienfait pour la ville, après tout, dont on pourra attendre une circulation automobile plus fluide, des trottoirs plus propres et plus de chants de passereaux dans les espaces verts.

Notons au passage que les attaques de chien sur l’humain sont beaucoup plus fréquentes que celles des goélands, elles peuvent même être mortelles (un à deux cas connus par an).

Et n’oublions pas que le nombre d’humains tués chaque année en France par ses propres congénères est effrayant! Impossible d’avancer de chiffre global, cela dépend de ce que l’on prend en compte. Accidents de chasse ? Une quarantaine. Accidents automobiles ? Plus de 3000. Pollution ? Chômage de masse ? Politiques ultralibérales ? Management par le stress ? Homicides?

Combien tués par les goélands ? Facile : 0.

Cet article n’est autre qu’un pamphlet qui cherche à se donner de l’esprit pour tenter de cacher une absence ostentatoire d’arguments posés et démontrés. C’est une surenchère d’alertes infondées « diabolisatrices». C’est un appel à la paranoïa générale et on se demande si la mairie de Nice n’a pas intérêt à distribuer quelques protections pour sortir paré contre les attaques de goélands à moins qu’elle ne déclenche un couvre-feu pour protéger sa population de ce terrible fléau!

En attendant les camions circulent, les voitures polluent, le bruit fait rage et la pollution aussi mais il s’agit d’anéantir de pauvres oiseaux qui semblent bien plus dangereux que l’ensemble des fléaux terrestres réunis.

Et l’article de franchir allègrement les frontières de l’incompréhensible :

« Par chance, si l’espèce est bel et bien protégée, et ne peut donc être déplumée de manière aléatoire, elle ne l’est pas suffisamment pour que la stérilisation soit interdite. Comme pour d’autres viles volatiles ».

Le texte devient ici franchement laborieux. « Déplumée de manière aléatoire »… nous n’avons toujours pas saisi le sens de ces propos. Et puis bien sûr le goéland se trouve méprisé, c’est un « vile volatile » (sic).

On assiste dans ce texte à la fabrication du « nuisible », du « diabolique », par la peur. Le goéland rejoint ainsi le loup, la pie, le renard… tous ces êtres dont l’humain désire se débarrasser. Et quelle meilleure arme que la peur lorsque l’on veut se débarrasser de quelque chose, voire de quelqu’un ?

Quelques explications à propos du Goéland leucophée

Le Goéland leucophée est un prédateur, certes, comme nous, animaux, Homo sapiens compris, et champignons le sommes tous. Seules les plantes qui s’auto nourrissent grâce à la photosynthèse (principe de l’autotrophie) ne le sont pas. Nous sommes absolument tous les prédateurs de quelque chose d’organique, animal ou végétal.

Dans une acceptation plus générale est prédateur celui qui tue un animal pour s’en nourrir et, certes, le goéland est prédateur, mais il n’est pas le seul, loin s’en faut ! Nous sommes, nous, les humains, les plus grands prédateurs qui soient sur leurs milieux et leurs propres congénères. Face à notre prédation, le goéland fait figure d’enfant de chœur, c’est un ange au pays des monstres !

Le Goéland leucophée est un grand oiseau de 1,40 m d’envergure, imposant, fort, vif, ses mouvements peuvent surprendre surtout en période de naissances où il a coutume d’effectuer des vols très bas pour impressionner d’éventuels prédateurs de ses petits.

Le Goéland leucophée est un oiseau très précautionneux pour ses jeunes, très « famille », très solidaire.

Photo de Marie Kern

Photographie de Marie Kern

Ainsi il y a trois ans, un voisin a tiré en toute illégalité sur une mère qui venait boire dans un jardin[1]. Elle nourrissait ses petits sur le toit de la résidence en face. Toute la famille fut appelée à la rescousse pour nourrir et protéger les poussins. Durant les deux jours où la mère souffrait de sa blessure au cou, les petits furent nourris par les « oncles » et « tantes » qui effectuaient des va et vient incessants pour aller chercher de la nourriture et pour protéger les jeunes.

Ce même voisin avait tué deux ans auparavant, faisant ainsi acte de destruction d’espèce protégée, punissable par la loi, un membre du couple goéland. Durant trois semaines toute la tribu goéland est venue chercher le goéland disparu. Cet oiseau est fidèle et solidaire quoi qu’il arrive.

Combien de personnes appellent chaque année la LPO, furieuses « Nous nous faisons attaquer par les goélands, nous ne pouvons plus sortir de chez nous. »  Il faut alors expliquer patiemment que c’est le plein moment des naissances et que les goélands veulent simplement protéger leurs petits en effectuant des mouvements destinés à intimider.

Un jeune goéland photographié par Olivier Reisinger

Un jeune goéland photographié par Olivier Reisinger

Mais l’humain est complètement fermé lorsqu’il s’agit de comprendre l’animal non humain. Il invente des significations aux comportements animaliers qui correspondent davantage à ses peurs et ses désirs qu’à la vérité. C’est ce que l’on appelle l’anthropomorphisme.

Des solutions existent, respectueuses. D’abord cesser d’avoir peur et puis, par exemple pour lutter contre la nidification des goélands sur un toit , il suffit d’aménager le coin choisi pour nicher par les goélands en le rendant inaccessible ou en y installant divers obstacles et l’an d’après les goélands ne viendront plus s’y installer. C’est simple et cela évite les paniques inutiles.

En ce qui concerne son régime alimentaire, il est essentiellement piscivore mais il mange de tout, même du pain quand il a vraiment faim ce qui, comme pour tout oiseau, est très néfaste à sa santé. Il mange aussi de la viande, comme les chiens, les chats et beaucoup (trop ?) d’humains.

Une partie de la Protection Animalière lui reproche d’attaquer les pigeons mais elle ne fait aucun procès aux chats qui s’attaquent aux petits oiseaux, encore moins aux braconniers, aux chasseurs à la glue et à la pollution, qui tuent une grande partie de la faune sauvage.

On oublie aussi de citer combien le goéland est utile en ce qu’il joue le rôle d’éboueur du ciel. Sachez qu’il prédate aussi les rats.

En somme, le goéland n’a rien d’un oiseau de guerre destructeur et sanguinaire, c’est un être juste ordinaire mu  simplement par la volonté de vivre.

Autrement dit le goéland est cerné par les mauvaises intentions et des articles comme celui de Nice-matin ne font qu’exacerber les passions contre cet oiseau qui, en plus d’être beau, symbolise la mer, la vie sauvage et l’horizon. Apprenez à le regarder l’hiver affronter la tempête sur le littoral et vous verrez en eux courage, intrépidité et grandeur.

Hélas peu de gens prennent la peine de s’informer et c’est fort dommage car l’ignorance est mère de confusions et de conflits. La prise de recul, la curiosité, l’envie de comprendre et de chercher calmement des éléments factuels et des faits objectifs, consulter plusieurs sources, vérifier, sont les meilleurs des remèdes contre la peur et l’agressivité. Elles permettent ainsi une meilleure intelligence du monde.

Mais le problème se pose aussi au niveau des municipalités. Les services hygiènes ou animaux en ville ne sont bien souvent pas formés sur le sujet de la présence de faune sauvage en ville. Les solutions mises en place cherchent à répondre au désarroi de la population, elles peuvent être précipitées, ne chercher qu’à « calmer » les gens et à montrer qu’on les entend et que l’on fait quelque chose pour eux (et pour leurs votes! la démagogie des urnes fait rage dans le domaine animalier!). Ces solutions peuvent  se montrer  agressives au lieu d’être respectueuses de la faune. Au final, beaucoup d’agitation et de paraître, avec une efficacité factuelle rarement au bout du chemin. On se demande d’ailleurs si elle est vraiment recherchée.

Penser le monde différemment, vivre avec au lieu de vivre contre, c’est sans aucun doute un meilleur chemin pour arriver à cohabiter dans nos villes sans stress avec notre « terrible » commensal ailé malgré quelques défauts et désagréments dont peu d’entre-nous sont dépourvus. Sachons aussi voir ses qualités ! A chaque citoyen d’en établir les bases.

photo de Marie Kern

Photographie de Marie Kern

Photo d'Olivier Reisinger

Photographie d’Olivier Reisinger

 

Olivier Reisinger/ Marie Kern

9 juin 2016

 

 

[1] On parle ici du jardin LPO géré par Marie Kern

Publié dans environnement

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