Cantona, Benzema : les hypocrites ne sont pas ceux qui dénoncent le racisme

Publié le par dan29000

La polémique lancée par Eric Cantona autour de la sélection en Equipe de France de Benzema et Ben Arfa devient maintenant pleinement politique, le Figaro publiant un article titré « Derrière l'antiracisme de Cantona, le racisme anti-Français ».

 

Eric Cantona a déclaré à propos des deux joueurs : « Une chose est sûre, ce sont les deux meilleurs joueurs en France et ils ne joueront pas à l’Euro. Ce qui est certain également c’est que leurs origines sont nord-africaines. Donc oui, le débat est ouvert ». Puis, tout en finesse, « Deschamps a un nom qui sonne bien français. C’est peut-être le seul en France à avoir un nom aussi français. Personne ne s’est jamais mélangé avec personne dans sa famille. Comme les mormons en Amérique… ».

Puis Karim Benzema a déclaré : « Deschamps a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France. Il faut savoir qu'en France le parti d'extrême droite est arrivé au deuxième tour des dernières élections. ». Il ne s’agit pas ici de défendre Benzema, dans l’affaire de la Sex-tape et encore moi dans l’affaire « Zahia », où le footballeur et Franck Ribéry ont été accusés de rapports sexuels avec une prostituée mineure. Mais force est de constater que les circonstances sont stupéfiantes : le musulman de Boulogne-sur-Mer Ribéry, écarté, les joueurs maghrébins Ben Arfa, Benzema, Nasri, non sélectionnés, malgré leurs incontestables qualités sportives, cela fait beaucoup.

 

Le racisme séculaire du milieu du foot

Les propos de Benzema et Cantona, avec ou sans maladresses, ne sont d’ailleurs pas des découvertes. Médiapart avant révélé que le 8 novembre 2010 la conversation suivante, lors d’une réunion en présence de l’ancien sélectionneur Laurent Blanc :

« Laurent Blanc : Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les blacks (...). Je crois qu'il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d'autres critères, modifiés avec notre propre culture (...). Les Espagnols, ils m'ont dit : "Nous, on n'a pas de problème. Nous, des blacks, on n'en a pas".

Erick Mombaerts (entraîneur de l'équipe de France Espoirs) : Est-ce qu'on s'attelle au problème et on limite l'entrée du nombre de gamins qui peuvent changer de nationalité ?

Laurent Blanc : Moi, j'y suis tout à fait favorable.

François Blaquart (Directeur technique national) : On peut s'organiser, en non-dit, sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit. »

En 2014, Jean-Michel Larqué déclarait à propos d’un joueur « C'est la première fois que je vois un blanc courir plus vite qu'un noir ! », sans parler des innombrables sorties d’un Pascal Praud publiées ou non dans L’Equipe.

L’article de Aymeric Patricot dans Le Figaro énonce un ignoble « C'est, par une inversion courante des critères raciaux du fascisme, la race métisse élevée au rang des races maîtresses. »

 

Travail, racisme, patrie

L’entrée en matière de bien des commentateurs est la nécessité de « mouiller le maillot », « d’aimer le maillot », de « défendre les couleurs de la France ». Il est clair que dans ce discours patriotique, les joueurs issus des quartiers populaires sont victimes d’une grande pression. Ils sont accusés d’être mal élevés, de ne pas pouvoir représenter la France en raison de leurs origines sociales ou ethniques.

Alors, le niveau politique d’un Benzema ou même d’un Lilian Thuram n’est pas celui de militants. Dès leur plus jeune âge, ils ont été extraits de leur milieu à coups de millions d’euros. Mais cela n’enlève rien au racisme qu’ils ont subi dans leur enfance, dans leur jeunesse, que ce soit dans leur vie quotidienne ou dans le milieu du football.

On ne peut donc qu’approuver la dénonciation du racisme, car c’est celle que subissent des millions de jeunes des quartiers populaires, même si nous n’avons bien sûr pas du tout les mêmes objectifs et les mêmes préoccupations que des joueurs de foot qui gagnent des millions. Les hypocrites, ce ne sont pas ceux qui dénoncent le racisme, mais ceux qui ne disent rien, ceux qui laissent faire.

 

Antoine Larrache

 

SOURCE/ NPA

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