Dernier salut à Muhammed Ali avec un de ses textes

Publié le par dan29000

Le véritable ennemi de mon peuple est ici !

 

Pourquoi m'obligerait-on à mettre un uniforme pour aller à des dizaines de milliers de kilomètres de chez moi lâcher des bombes et tirer sur des Vietnamiens pendant qu'ici, à Louisville, les nègres sont traités comme des chiens et qu'on leur refuse les plus élémentaires des droits humains? Non, je n'irai pas à des dizaines de milliers de kilomètres pour aider à assassiner et à brûler une fois de plus un misérable pays dans le seul but de maintenir la domination des esclavagistes blancs sur toutes les populations noires du monde. Le jour est venu de faire cesser toutes ces atrocités. On m'a averti que si je prenais une telle décision mon prestige pourrait être mis à mal et que cela pourrait me coûter les millions de dollars qui me reviennent avec mon titre de champion. Mais j'ai déjà dit et je le redis encore: le véritable ennemi de mon peuple est ici. Je n'insulterai pas ma religion, mon peuple et ma personne en devenant l'instrument de l'asservissement de ceux qui se battent pour plus de justice, plus de liberté et plus d'égalité...

Si je pensais vraiment que la guerre pouvait apporter, ici, la liberté et l'égalité à vingt-deux millions de mes semblables, ils n'auraient même pas besoin de m'envoyer un ordre d’incorporation, je m'engagerais dès demain. Mais il faut choisir entre obéir aux lois de mon pays et la loi d'Allah. Je n'ai rien à perdre en m'en tenant à ma religion. J'irai donc en prison. De toute manière, nous sommes en prison depuis quatre siècles.

Muhammed Ali

 

Source : Howard Zinn, L’Impossible Neutralité : Autobiographie d’un historien et militant, Agone, 2006, p : 200.

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