Témoignage d'une manifestante à Paris le 14 juin

Publié le par dan29000

Ceci est MA version de la manif parisienne du 14 juin contre la Loi Travail.


A la lecture et visionnage des retours sur cette manif et déçue – même si c’était prévu et prévisible – de ne retrouver aucunement ce que j’y ai vécu, je ne résiste pas à donner ma version de cette journée.
Il va sans dire que sur le million que nous étions (ça je le confirme ! pour en avoir fait quelques unes, je commence à pouvoir estimer plus ou moins les chiffres), il y a forcément des milliers de versions, de perceptions, si je n’ai pas la prétention de dire que la mienne est la bonne, c’est est une que je n’ai vu exprimée nulle part alors qu’elle doit s’approcher de ce que la majorité des participant(e)s ont vécu.
Au départ de la place d’Italie, une véritable marée humaine, dense, colorée, bruyante et déterminée. Chacun essaie de se positionner dans le cortège dont on ne voit ni le début, ni la direction tant nous sommes tassés. Ambiance festive, échanges autour des panneaux et pancartes, tous plus inventifs les uns que les autres.
A titre purement informatif (parce que défilant sans banière), j’ai conservé ma place dans le cortège et suivi tout le long la délégation Bretagne du syndicat SUD/Solidaires. Le cortège défile très lentement, avec des arrêts réguliers plutôt longs : on met 2h à faire une station de métro sur le premier tronçon, pas beaucoup plus rapide par la suite. Pas d’incident majeur à déplorer à notre niveau mais régulièrement, nous avons des effluves de gaz lacrymos qui nous informent que l’avant du cortège semble inondé par moments.
Sur le parcours : inscriptions sur les murs (souvent inventives, intelligentes et bien senties), vitres brisées (les banques, les assurances, les panneaux publicitaires : j’ai du mal à m’en émouvoir), beaucoup de restes de grenades diverses et variées lancées par les forces « de l’ordre » ; on ne peut ignorer, vu les projectiles, que ça du blesser grièvement des camarades : il y a d’ailleurs des traces de sang sur les trottoirs.
Mares d’eau et arbres qui gouttent sur notre passage témoignent aussi de l’utilisation des canons à eau. Parfois, un mouvement de foule paniquée en sens inverse, des manifestants qui fuient les gaz lacrymos, parfois bien présents. On reste à l’affut pour ne pas être entrainés : vu la masse de gens, aussi bien sur la route que les trottoirs, ça pourrait vite devenir dangereux. On défile quelques fois avec le foulard sur le nez.
Zig zag d’un côté et de l’autre de la manif pour rester prudemment sur les extérieurs et éviter les petits troupeaux de CRS sur-harnachés qui barrent certaines rues perpendiculaires ou galopent sur les trottoirs en petites grappes vers on ne sait quelle destinations : ce n’est pas vraiment rassurant, la tension à chaque fois est palpable.
Après visionnage des images de « cassage », mon analyse rapide est qu’il semblerait que ces petits troupeaux de CRS devaient avoir l’ordre de se positionner devant les endroits stratégiques pour attirer les « casseurs » vers les « cibles » qui feront tout le poids médiatique (Necker… etc). La stratégie de com est bien pensée et efficace : ça ne castagne que là où les flics foutent le bordel : y’a plus qu’à choisir là où ça sera le moins bien perçu par l’opinion publique et hop, les journalistes font le boulot.
Le « clou du spectacle », pour nous, se joue à l’arrivée place Vauban (devant les Invalides) où nous arrivons pile à l’heure à laquelle le car doit nous récupérer. Sauf que plein de cars sont là, garés dans tous les sens, que tous les manifestants de province se faufilent pour trouver le leur ET que la place est entourée de barrages de GM ou CRS (ils se ressemblent tous en tenue de combat !) en position d’attaque qui s’affrontent avec des manifestants (nullement cagoulés et bien estampillés du nom de leur syndicat : des gens lamba, comme nous).
La solution la plus simple étant de laisser les manifestants monter dans leur car et partir, ce n’est évidemment pas celle qui est retenue. Et c’est baston au milieu des cars, avec panique générale, nuage dense de lacrymos, ; une des grenades lancées par un GM atterrit dans la vitre d’un car : vitre cassée, chauffeur gazé qui sort en courant…..Nous assistons à cela au pied de notre car, avec charges de CRS qui se planquent en groupes derrière les cars, tirs tendu sous nos fenêtres, réaction des manifestants… mais on est presque tentés de descendre leur filer un coup de main !
Notre chauffeur nous explique qu’il a bien compris que l’idée était de décourager les compagnies de car de véhiculer des manifestants à Paris. Comme il le dit « quand on vient pour un match de foot, tout est bien organisé, on a un n° de parking, un lieu précis, des horaires ; là, rien, on nous a laissé nous démerder ».
Cela dit, ils ont assurés nos chauffeurs parce qu’il a fallu faire un demi-tour au milieu des autres cars, dans un brouillard dense de lacrymos, avec des gens aveuglés qui courraient en tout sens et les flics qui bloquaient les sorties pour s’extirper du bazar avant d’être nous-mêmes pris pour cibles.
Presque 2h de bouchons sous une pluie battante et nous voilà sur la route du retour. Vraiment contente d’avoir « fait le chiffre », mais un tantinet dégoûtée d’imaginer ce que sera la « couverture médiatique » inévitable de l’évènement.
En tout cas, la prochaine fois, interdiction ou pas, je ferais mon possible pour y être de nouveau !


Sabine, pays bigouden

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René 17/06/2016 10:15

On y était aussi; partis de Redon on a vécu la même chose; je vous transmets le lien de notre récit qu'on a publié hier et envoyé à nos amis.
https://www.facebook.com/2014Redon/
https://framasphere.org/people/e74ba2c03620013340882a0000053625

dan29000 17/06/2016 10:19

ok merci de témoigner face à la désinformation de masse du pouvoir et de leurs médias aux ordres