La mort d'Adama Traoré, en bande dessinée, par Emma

Publié le par dan29000

Flora Carpentier

Dans une bande dessinée en 26 vignettes, la dessinatrice Emma reconstitue les différentes séquences de la mort d’Adama Traoré, lors de son interpellation par la gendarmerie le 19 juillet. Ses dessins, sans extrapolation, permettent au lecteur de tirer lui-même ses conclusions quant à ce qui saute aux yeux comme étant un énième crime policier. La dessinatrice donne ainsi de l’écho aux témoignages accablants des proches d’Adama Traoré qui, en plus de la souffrance face à la mort d’Adama, et de l’humiliation que constitue le traitement médiatique et judiciaire de cette affaire, donnant d’ores et déjà raison à la grotesque version policière, ont eu à affronter la répression ces derniers jours. Gaz lacrymogènes, frère d’Adama arrêté en pleine nuit… des actes qui ont révolté la dessinatrice, comme elle en a témoigné auprès de notre rédaction : « gazer une famille qui vient chercher le corps d’un proche, et revenir la menacer à son domicile après... mais dans quel monde fait-on ça ? ». Pour Emma, il s’agit de « donner la parole aux témoins et aux proches », d’exiger « plus de transparence, moins de connivence des médias avec la police et l’Etat ».

Mais Emma va plus loin, en replaçant la mort d’Adama Traoré dans le contexte plus global des violences policières, rappelant que celles-ci entraînent en France entre 10 et 15 morts par an, des chiffres bien peu connus tant le black-out médiatique est complet quand il s’agit de donner la parole aux témoins et familles de victimes.

Elle rappelle ainsi les crimes policiers d’Houcine Bouras, 23 ans, tué par balle alors qu’il était menotté le 26 août 2014, d’Abdelhak Goradia, algérien sans-papier de 51 ans mort dans un fourgon de police le 21 août 2014, ou encore de Zyed et Bouna, ces 2 adolescents morts électrocutés dans un transformateur le 17 octobre 2005 alors qu’ils fuyaient un de ces contrôles policiers qui, dans les quartiers, peuvent virer au pire. Dans ces cas comme dans tous les autres, c’est l’impunité la plus révoltante qui est la règle pour les policiers, qui n’écopent dans le meilleur des cas que de peines de prison avec sursis, et ce malgré le combat acharné des familles et associations de lutte contre les crimes policiers.

Ainsi, la dessinatrice met en lumière avec justesse cette justice à deux vitesses qui condamne les salariés d’Air France pour une chemise arrachée, tandis que les policiers disposent d’un permis de tuer implicite envers les jeunes noirs et arabes des quartiers populaires, premières cibles de la violence policière et des contrôles au faciès.

En 24 heures, la publication de la bande dessinée sur Facebook avait été « aimée » près de 1000 fois et partagée plus de 2200 fois. Emma a même été surprise par le nombre de retours positifs qu’elle a reçus, alors qu’elle craignait que son récit des évènements ne soit pas si consensuel dans son entourage. « Ce qui est positif aussi, c’est qu’il y a beaucoup de personnes qui n’étaient pas au courant du nombre de tués par la police, comme ce n’est pas médiatisé », ajoute-t-elle. « Sinon, bien sûr, il y a toujours quelques commentaires nauséabonds... certaines personnes n’ont aucune empathie, elles ont plus de pitié pour une voiture cassée que pour un homme mort ». Mais dans l’ensemble, les réactions à la bande dessinée montrent qu’il y a une réelle demande de contrecarrer les versions officielles pour faire entendre ces voix qui dérangent de trop un gouvernement déjà bien mis à mal, ainsi que l’institution policière à son service.













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