Sortir de l'euro, ou pas ?

Publié le par dan29000

Répondre aux « Questions qui piquent sur la dette et l’austérité »

 

Sortir ou pas de l’euro ? Telle est la question.

 

Question 11

20 juin par CADTM Belgique , Jérémie Cravatte , Emilie Paumard

CC - Flickr - Steve Collis

 

 

Au CADTM, on sait trop bien ce que c’est d’être flippéE, voire découragéE, par toutes ces questions sur lesquelles on sèche. Du coup, inspiréEs par nos meilleurEs piqueurs et piqueuses (notre famille, nos potes, le pizzaiolo d’en face, les gens que l’on rencontre en animation), le CADTM Liège a organisé plusieurs sessions d’élaborations collectives d’éléments de réponse à ces piques (qu’elles soient d’ordre technique ou plus « politique »).

 

Ce travail a engendré une brochure que vous pouvez retrouver en entier ici.

 

Sortir ou pas de l’euro ? Telle est la question.

 

Deux constats sont certainement largement partagés : (1) En principe, on fait d’abord une union socio-économique et puis une monnaie commune, pas l’inverse. (2) La question de la sortie ou non de l’euro divise la gauche radicale en ce moment.

D’un côté, l’euro est vu comme un symbole ET un instrument de domination et de compétition dont il faut absolument se libérer. D’un autre côté, il est considéré soit comme utile (une monnaie forte face aux autres économies), soit comme nécessaire (sans l’euro, ce sera pire).
Sans revenir sur le fait que les Institutions européennes violent sans cesse leurs propres lois, soulignons que leurs traités ne prévoient pas de modalités spécifiques pour la sortie de la zone euro (contrairement à la sortie de l’Union prévue par l’article 50 du traité de Lisbonne). D’un point de vue légal, l’une n’entraîne pas l’autre. D’un point de vue légal, encore, l’expulsion d’un pays de la zone euro par les autres membres n’est pas possible, mais dans les faits ils peuvent bien sûr faire pression sur lui (via la BCE, entre autres).

D’un côté, on souligne qu’une sortie de l’euro entraînerait une forte dévaluation de la nouvelle monnaie et une fuite de capitaux. De l’autre, on (Frédéric Lordon, par exemple) dit que ces effets s’éteindront après une année et que plus on attend, pire ce sera. De plus, plusieurs scénarios de sortie de l’euro et alternatives sont mis en avant :

- sortir de l’euro à plusieurs (voire se doter d’une monnaie commune alternative |1|)
- négocier cette sortie / dévaluation avec l’Europe pour en limiter les effets négatifs 
- appliquer une réforme monétaire redistributive |2|
- utiliser une monnaie complémentaire à l’euro pour les échanges internes (comme en Équateur où de nombreux paiements quotidiens – dont les factures et certains salaires – se font sans utiliser le dollar, la monnaie officielle)
- last but not least, demander l’avis à la population...


Position du CADTM :

La sortie de l’euro n’est pas LA solution (avant l’euro, il y avait des problèmes, et le capitalisme était là) et elle ne doit pas être présentée comme un préalable à toute politique.

Le préalable c’est l’arrêt de l’austérité. Pour cela, il faut remettre en cause la dette illégitime. Si ces politiques peuvent être mises en place tout en restant dans le cadre européen (Europe et/ou euro), et que cela permet un changement de rapport de forces pour en changer profondément l’orientation et le fonctionnement, tant mieux. Si ces politiques ne peuvent pas être mises en place sans une rupture avec l’Europe et/ou l’euro (c’est ce que tend à montrer l’actualité grecque), alors il faut faire rupture.

Mais cette rupture ne doit pas se limiter à la sortie de l’euro. Pour empêcher le « ce sera pire après » et empêcher l’hémorragie, il faut un moratoire sur le paiement de la dette, un contrôle strict des mouvements de capitaux et la socialisation des banques.

Pour aller plus loin :
- Frédéric Lordon : « Pour une autre Europe, faut-il sortir de l’euro ? » (vidéo), Mediapart, septembre 2015.
- Costas Lapavitsas : « La voie de la sagesse est celle de la sortie de l’euro et du progrès social », juillet 2015.
- Eric Toussaint : « Grèce, pourquoi la capitulation ? Une autre voie est possible » (vidéo), août 2015.

 

Notes

|1| Comme le projet du Sucre entre plusieurs pays d’Amérique Latine (qui n’a pas encore vu le jour).

|2| Par exemple : pour les personnes possédant moins de 200.000€, 1€ s’échangerait contre 1 NM (nouvelle monnaie). Pour les personnes possédant entre 200.000€ et 250.000€, 1€ s’échangerait contre 0,7 NM, etc. jusqu’aux personnes possédant plus de 1 million € qui recevraient 0,1 NM pour 1€.

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SOURCE / CADTM.ORG

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