Rien ne se perd, de Cloé Mehdi, aux éditions Jigal

Publié le par dan29000

Pour son deuxième roman, Rien ne se perd, publié aux éditions Jigal, Cloé Mehdi nous offre... une œuvre de pure fiction où toute ressemblance avec des personnages existants... bla bla bla... Pourtant impossible de ne pas entendre un écho avec une dramatique actualité estivale où le jeune Adama est mort après une "rencontre" avec la gendarmerie en banlieue parisienne.

 

 

Première originalité de ce roman, le narrateur, Mattia, n'a que onze ans, et déjà un lourd passé. Père suicidé après quelques années en hôpital psychiatrique, mère partie, donc tuteur, sans oublier une sœur à temps partiel ! Début de vie pas facile ! Pourtant ce petit gars est d'une lucidité à toute épreuve. Au fil des pages, nous comprenons qu'il subit une situation du passé, ce genre de passé qui ne passe jamais vraiment. Dans une banlieue sans nom car elle pourrait être ici, ou là, ou même là-bas, un contrôle d'identité a dérapé, comme souvent dans ces banlieues et un jeune nommé Saïd est décédé, il aurait pu s'appeler Adama en 2016, et selon les coutumes en vigueur dans notre beau pays, l'impunité policière a été de mise. Le temps a passé. Sauf pour les proches et la famille du gamin mort ! A l'époque le père de Mattia était éducateur. Il ne s'est jamais remis de cette mort, d'autant plus que...

 

Mattia, comme le lecteur, ne sait pas tout. C'est la seconde grande qualité de ce roman de Cloé Mehdi, sa construction intelligente avec une mise en place subtile, basée sur des personnages d'une force incroyable, tout en évitant les pièges prévisibles, genre sentimentalisme. Certes la noirceur est bien là, avec un réalisme terrible qui sonne juste, comme les nombreux dialogues. Lyonnaise née en 1992 et autodidacte, Cloé Mehdi nous brosse un tableau sans concession de la vie dans ces banlieues-ghettos, terre de relégation ou l'alternative est souvent entre chômage ou deal. Ou parfois mourir sous les coups de la police. Mais certains relèvent la tête, des tags rouges fleurissent sur les murs ! Pas de justice, pas de paix, quand ce sont toujours les mêmes qui subissent. Aux États-Unis, on dirait Black lives matter ! Alors parfois la violence endémique des serviteurs de l'État se retrouve face à la violence de la population. Disons-le, ce roman, après avoir lu sa dernière page, donne envie de lire le précédent Monstres en cavale, Prix de Beaune 2014, alors que Rien ne se perd est nominé pour le prix Dora Suarez 2017. Une auteure est bien là, bien loin des écrivains germanopratins qui polluent si souvent les plateaux de télévision. Cloé Mehdi sait nous faire ressentir la rage, la douleur, la folie frappant une famille comme celles qui existent hélas dans la vraie vie dans notre hexagone. Un de nos coups de foudre de 2016. Lisez Cloé Mehdi !

 

Dan29000

 

Rien ne se perd

Cloé Mehdi

Éditions Jigal

272 p / 2016 / 18,50 euros

 

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