Témoignage : A leurs yeux, nous ne sommes que des robots

Publié le par dan29000

« À leurs yeux, nous ne sommes que des robots »

Je vous écrit pour vous faire part de mon vécu en tant qu’hôtesse de caisse dans une grande enseigne bien connue. J’avais alors 19-20 ans et je travaillais l’été pour financer mes études. En soi, le boulot n’était pas désagréable, du moins pour une durée de deux mois. Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres grandes surfaces mais là où je travaillais, on avait le droit à 3 minutes de pause par heure, qui étaient concentrées sur notre temps de travail de la journée (exemple : une journée de cinq heures offrait 3×5 = 15 minutes de pause). Parfois, on nous donnait cette pause quelques minutes après notre arrivée, en prévision d’une grosse journée, ce qui fait qu’ensuite on pouvait enchainer cinq heures en caisse. Il fallait appeler la caisse centrale pour avoir l’autorisation d’aller aux toilettes en dehors de ces heures de pause (comme des enfants en classe de primaire, oui).

Ceci est seulement décrit pour poser le contexte, mais c’est déjà un problème. Je suis restée deux mois dans cette entreprise ; imaginez la vie de celles/ceux qui restent toute leur vie.

Un jour, j’ai embauché à 11h et j’attendais que l’on m’appelle pour que je puisse prendre ma pause de midi, pour manger (la pause de midi est de 30 minutes, quel que soit le temps de travail dans la journée). Il y avait ce jour-là un monde incroyable, on était aux alentours du 15 aout. Depuis 13h, j’avais une furieuse envie de faire pipi, mais l’on refusait toutes mes demandes pour me rendre aux toilettes. À 14h30 (donc 3h30 après avoir embauché, sans avoir mangé ni pu faire pipi), on m’appelle enfin pour que je puisse prendre ma pause déjeuner. Avec soulagement, je demande à mon dernier client de mettre le panneau « caisse fermée » en queue de tapis. Après lui avoir dit au revoir, je m’apprête à partir quand je vois un homme arriver, chariot débordant, et commencer à placer ses articles sur ma caisse. Je lui signale gentiment que je ferme. L’homme s’énerve alors :
– Mais j’ai déjà commencé à décharger mon caddie!
– Je suis désolée, je vais prendre ma pause. Il y a d’autres caisses.
– Oui mais il y a la queue et vous n’avez personne!
Je lui explique que je n’ai pas mangé, que j’ai envie de faire pipi et que je suis épuisée. Le type m’insulte et me menace d’aller voir mon patron. Je lui réponds qu’il n’y a aucun problème, qu’il peut aller le voir, mais que moi, je vais prendre ma pause.
Ce que je fais.

J’ai écrit ce témoignage non pas pour montrer qu’il y a des clients irrespectueux et à coté de la plaque, mais surtout pour pointer du doigt la façon dont le personnel de grandes distributions est considéré par ses employeurs : à leurs yeux, nous ne sommes que des robots. Comment peut-on sérieusement considérer que 3 minutes de pauses par heures est humainement supportable, et comment peut-on empêcher un être humain de manger et d’aller au toilettes quand il en a besoin uniquement pour pouvoir garder la cadence?

Je pose simplement ça là.
Merci de m’avoir lue.

 

 

> image d’entête via Flickr

 

SOURCE/ ONVAUTMIEUX.FR

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