Témoignage : Pourquoi j'ai bien fait de quitter la France

Publié le par dan29000

Pourquoi j'ai bien fait de quitter la France

 

Le racisme ordinaire fait de milles petites tracasseries quotidiennes que les gens non touchés ne peuvent imaginer et qui fait grandir un sentiment de rejet de cette France par ceux qui le subissent, prend une nouvelle dimension.
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Au risque de me répéter je suis née au Maroc dans les années 70 sous le règne de Hassan II pendant ce que l’on a appelé depuis les années de plomb. Génération Victor Hugo, toutes mes études ont été faites en français avec l’imaginaire de la France des Lumières et de la Liberté.

Aussi en arrivant en France en 1999 dans le cadre d’une immigration « choisie » j’ai été un peu surprise du décalage entre ma France rêvée et la France que j’ai découverte. Certes, le passé glorieux, la gastronomie, la géographie, le patrimoine… tout m’a enchanté mais dès que je me suis intéressée à la vie des gens, j’ai observé une France à plusieurs vitesses selon les couches sociales et avec une frange de la population qui avait été laissée pour compte : celle de l’immigration économique des années 60 et 70 et de leurs enfants des 2ème, 3ème voire quatrième générations qui végétaient dans des ghettos (si, si depuis que Manuel Valls l’a dit c’est du politiquement acceptable à défaut d’être correct). En panne d’intégration (ça c’est de droite) et d’ascenseur social.

Donc, je me suis vite investie dans la vie publique pour dénoncer cet état de fait et tenter d’apporter des solutions un peu plus élaborées que ce que propose le Front National et leurs « français de souches » (pure fiction historique qui recouvre les populations typées indo-européenne en opposition avec les populations typées arabes. Je m’arrête 2 secondes sur le typé arabe en m’étonnant sans cesse qu’un grand pays comme la France, avec un glorieux passé colonial, une éducation nationale des mieux formée… n’est jamais réussi à apprendre à la majorité ce qu’est un arabe, un musulman ou un semblant de géographie méditerranéenne sans même pousser jusqu’à quelques notions de géopolitique mais bon… ) Bref, je faisais mon petit chemin de citoyenne engagée jusqu’à la crise économique de 2008. A partir de ce moment, dureté de la vie oblige, j’ai vu les mentalités basculer vers une haine de l’autre. Le méchant étranger profiteur d’aides en tout genre et voleur de travail du vrai français… A tort bien sûr lorsque l’on voit les chiffres du chômage qui touche beaucoup plus les populations « issues » de l’immigration ou encore en observant l’abysse entre les fraudes aux allocations des bénéficiaires du RSI et les politiques et leurs vols  « légaux » ou les « détournements » de fonds fiscaux par évasion des grandes entreprises plus ou moins légaux mais en tout cas peu poursuivis… Et on a laissé dire, et on a laissé faire. Le pompon est intervenu avec les attentats dits islamistes. A partir de Charlie, tout a basculé.

Après la droite décomplexée vis-à-vis de l’argent, nous assistons à la France décomplexée face au racisme ordinaire. Oh, il y avait bien un fond qui grandissait avec le Front National, mais aujourd’hui nous voyons une sorte de quasi hystérie collective.

Fait pas bon d’avoir une gueule de métèque de nos jours du côté de l’hexagone !

Le racisme ordinaire fait de milles petites tracasseries quotidiennes que les gens non touchés ne peuvent imaginer et qui fait grandir un sentiment de rejet de cette France par ceux qui le subissent prend une nouvelle dimension.

La France laïque se demande s’il ne faut pas interdire les mosquées et les salafistes pendant qu’une association de catholique intégriste devient un parti politique sans que cela ne fasse plus de deux lignes dans les médias.

De plus en plus de gens osent imaginer le renvoi de tous les français de seconde zone issus de l’immigration pour palier à leurs problèmes en oubliant bien sûr qu’ils sont aussi français qu’eux et issus également de l’immigration comme eux mais depuis moins longtemps (quand je vous dis que l’histoire n’est plus enseignée…).

Enfin, tout ça pour en arriver à mon départ fin 2015 lorsque j’avais prévu que le climat deviendrait délétère, qu’il me faudrait mettre mes enfants à l’abri de l’idiotie et de la méchanceté ambiante, que je savais que je ne pourrais plus admettre de vivre dans un pays où les Libertés publiques seraient mises à mal sous prétexte sécuritaire, que cette spirale de la violence allait croître tant à l’extérieur des frontières par les horreurs des guerres auxquelles nous participons mais également à l’intérieur par mesure de rétorsion de fous qui eux ne portent pas costumes cravates mais tenues afghanes.

Et quoi la Politique ? Faire le bonheur du peuple ? Diluée dans la complexité du Monde et de ses règles ultra libérales, aux mains de profiteurs incompétents dont le seul but est de rester au pouvoir et pour cela prêts à hurler avec les loups et mettre de l’huile sur le feu plutôt que d’apporter des solutions…

Alors oui, de guerre lasse j’ai bien fait de partir. Même si il y a presqu’un an j’avais des remords à déserter, à ne pas me battre contre ce qui est arrivé et contre le pire qui est à venir… Mais, vous savez quoi, ce qui me rassure c’est que la plupart des Français me soutiennent dans mon geste car après tout, cela fait toujours une arabe de moins….

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SOURCE / MEDIAPART

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