L'insouciance, de Karine Tuil, chez Gallimard

Publié le par dan29000

L'insouciance, de Karine Tuil, chez Gallimard

 

Pour son dixième roman, L'insouciance, chez Gallimard, Karine Tuil met la barre assez haut, dans un épais roman ambitieux, dédié aux blessés, traitant de l'identité et aussi de la guerre, une audace bienvenue en ce moment où nombre de romanciers préfèrent l'exercice plus tranquille, mais assez vain, du voyage autour du nombril.

 

 

Trois personnages au centre de cette histoire. Un trio qui ne tarde pas à entraîner le lecteur dans les méandres éprouvants de la guerre et du pouvoir, les deux étant souvent liés. Il y a d'abord Romain Roller, lieutenant revenu d'Afghanistan où il a perdu des hommes. Après la guerre, celle-ci continue sous une autre forme malgré un bref séjour à Chypre afin de décompresser. Séquelles de la violence. Osman Diboula, lui est fils d'immigré ivoirien, ayant réussi à devenir conseiller du président, après les longues émeutes de 2005 où celui-ci comprit qu'il lui fallait mettre une légère dose de diversité, afin que rien ne change vraiment. Poste en vue mais à risque. Il va subir assez vite d'autres séquelles, pas moins violentes, celles du colonialisme. Un passé qui ne passe pas vraiment, surtout en France. Enfin, François Vely (en réalité Levy), un important homme d'affaires. Alors qu'il est sur le point d'effectuer une délicate fusion, il va être accusé de racisme pour avoir été pris en photo, assis sur une œuvre d'art représentant une femme noire. D'autres séquelles à venir. Vient s'ajouter à ce trio, un beau personnage féminin, Marion Decker, une jeune journaliste, mariée à l'homme d'affaires, et devenue l'amante du lieutenant lors de leur rencontre à Chypre.

 

Au fil des chapitres, le propos de Karine Tuil se fait jour. Peindre la violence du monde actuel, que cela soit celle de la guerre, qui se termine toujours pour les politiques, mais qui se poursuit pour les acteurs du conflit, là-bas et ici, mais aussi la violence du pouvoir, avec le prix à payer pour y accéder, qui n'a d'égal que celui à payer pour y demeurer, ou parfois pour y revenir après un congédiement en forme du fait du prince, ou encore la violence d'une passion amoureuse, ou celle du racisme. Une violence omniprésente à tous les niveaux débouchant souvent sur des échecs. L'auteure de Douce France et de L'invention de nos vies, prouve qu'il est possible en 2016 de raconter une histoire forte tenant en haleine le lecteur, tout en parlant de morale, d'identité, de pouvoir. Au moment où le pays fait face à la violence et à une crise identitaire, on ne peut que se réjouir de lire un tel roman, d'autant plus qu'il ne sacrifie en rien au style et que des lueurs d'espoir sont présentes, amour et littérature.

 

Dan29000

 

L'insouciance

Karine Tuil

Éditions Gallimard

2016 / 528 p / 22 euros

format numérique : 14,99 euros

 

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Liberté, égalité, fraternité, prônez toutes ces valeurs, mais tôt ou tard, vous verrez apparaître le problème de l'identité.

Aimé Césaire,

Nègre je suis, nègre je resterai.

Entretien avec Françoise Vergès

 

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