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En revenant à Paris par l'autoroute hier soir nous avons mis la radio ; sur France Inter Laure Adler recevait James Ellroy pour parler de "Perfidia" traduit en français aux éditions Rivages coll. Thriller depuis 2015, mais maintenant en poche Rivages coll. Noir depuis l'été 2016.

 

Je suis toujours secouée par ce dingue dont "My dark place" ("Ma Part d'Ombre" également traduit comme tous ses livres chez Rivages) restera pour moi un des chefs d'œuvres auxquels je suis attachée. L'écriture libre inspirée par le Free Jazz que Kerouac avait désirée et expérimentée trouvait soudain sa puissance dans ce livre sur sa mère où à jamais il piégeait (piège) le territoire de l'assassinat -- où rodait l'ombre vraie de l'assassin (se signalant peut-être vivant lors d'un appel à témoins à la radio) mais ne rode plus, sinon hantant le livre comme un fantôme, car à présent il doit être mort) -- en la faisant revivre. J'étais allée le lui faire dédicacer, à la librairie L'arbre à Lettres de la rue du Faubourg Saint Antoine, et par hasard j'étais accompagnée de ma chienne Boxer Stingray que je tenais en laisse dans la longue file des amateurs passionnés qui allaient recevoir la signature attendue une fois parvenus devant la table derrière laquelle il se tenait avec son éditeur, quand soudain je le vis bondir par dessus la table se précipitant pour saisir à bras le corps ma chienne et la serrant contre lui disant "Oh! I love them!" puis l'emporter ainsi avec lui jusqu'au bureau où je les suivis mon livre à la main, qu'il contresigna parlant de sa mère "She lives!"... Ce livre je l'ai prêté puis donné à une amie chère qui j'espère -- je pense -- l'a encore. Je n'ai pas encore lu "Perfidia" mais l'évocation du style par Laure Adler m'a laissé penser que "Ma part d'ombre" avait procuré à Ellroy l'innovation d'un free style, alternance de récits d'aphorismes et de notes tendu, à la fois arborescent et hyperbolique, qui ensuite avait scandé ses livres suivants... ainsi je pense que Laure Adler est passée à côté du jazz dont le son imprégnait déjà l'écriture de tous les livres de Ellroy que j'avais lus avant que le livre sur sa mère n'y trouvât une structure narrative stratégique née de la persistance de ses riffs dans un ostinato obsédant. Aussi quand elle évoque la présence du lecteur dans le récit -- et celui du narrateur -- c'est le même processus que celui partagé par le créateur de Free Jazz et son auditeur, le topos du thème où l'un cherche la gravité organique du motif et l'autre en ressent le bouleversement... Les écrivains du nouveau roman ne sont pas du tout le domaine d'Ellroy (d'ailleurs parmi ceux qu'elle cite elle en omet de majeurs et lui-même répond par Françoise Sagan qui n'en est pas)... Telle est Laure Adler, ses excellents choix et l'authenticité de ses perceptions des gens et des œuvres qu'elle présente mais toujours un peu à côté de la plaque, ce qui lui donne toute la saveur des malentendus dans l'écoute que les auteurs lui prêtent pour lui répondre subtilement.
Car ce sont des substances, les réalités racontées, qui se réalisent dans les livres de James Ellroy après qu'il parvint à y ressusciter sa mère pour la comprendre.

 

SOURCE/ FB LOUISE DESRENARDS

Tag(s) : #lectures

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