Aquarium, de David Vann, éditions Gallmeister

Publié le par dan29000

Après l'immense succès de Sukkwan Island (Prix Médicis étranger 2010, traduit en dix-huit langues), David Vann revient en force avec son nouveau roman intitulé Aquarium, toujours publié par les éditions Gallmeister, où il confirme qu'il est bien un des plus grands écrivains américains en ce moment.

 

Aquarium débute sous le signe de l'inattendu et du mystère. Une petite fille d'une douzaine d'années, Caitlin, tente d'échapper à sa solitude et à une vie pas vraiment excitante, entre banlieue de Seattle et modeste appartement où elle vit avec sa mère. Pour elle, l'évasion se nomme aquarium. Endroit sombre et fascinant où vivent des centaines de poissons multicolores, prisonniers d'immenses vitres. C'est dans ce cadre superbe et silencieux qu'elle va faire une rencontre qui changera sa vie. Celle d'un vieil homme, venu lui aussi pour admirer les poissons. Au fil des jours et de ses rencontres après l'école, Caitlin va se lier avec cet étrange bonhomme. D'autant plus qu'ils ont en commun la passion de ces poissons parfois étranges, et surtout l'envie de parler à quelqu'un.

 

Pourtant cette belle amitié naissante va bientôt se heurter à un obstacle de taille, la mère de Caitlin, Sheri. Car ce vieil homme est en réalité le grand-père de Caitlin. Il l'avait abandonné à l'âge de 14 ans avec sa mère mourante. Malgré le temps, Sheri voue une haine incommensurable au vieil homme et interdit à sa fille de le revoir. Ce que ne peut admettre la gamine autant fascinée par la vie des poissons que par ce nouveau membre de sa famille. Un terrible affrontement va voir le jour au sein ce trio familial. La question déterminante étant : peut-on un jour guérir des blessures de l'enfance ? Les secrets de famille qui surgissent sont souvent destructeurs. Éviter de reproduire ce que l'on a subi, est-il possible ? Le passé souvent ne passe pas et l'affronter est alors douloureux. Une situation explosive où le présent est miné par le poids du passé, avec en contrepoint les moments paisibles et harmonieux de la vie rêvée avec les poissons de l'aquarium. Sans doute le plus beau roman de David Vann depuis Sukkwan Island, des personnages forts, des dialogues incisifs, et une écriture qui appelle une adaptation cinématographique. Une nouvelle étape magnifique dans la carrière de cet auteur enfin plébiscité par la presse aux États-Unis. Il sera en France en octobre. L'un de nos coups de cœur de cette rentrée littéraire particulièrement riche cette année où les animaux tiennent une place importante (Lion, marmotte, poissons, ours, chien...).

 

Dan29000

 

 

Aquarium

David Vann

Collection Nature Writing

Traduit de l'américain par Laura Derajinski

Éditions Gallmeister

2016 / 280 p / 23 euros

 

Le site de l'éditeur

 

Tournée

David Vann en France

À l'occasion de la parution de son nouveau roman Aquarium et de la parution en totem de son roman Impurs, David Vann sera l'invité du festival Lire en poche de Gradignan du 7 au 9 octobre et du festival Sans nom de Mulhouse du 14 au 16 octobre.

 

Vous pourrez également le rencontrer :

- Le 11 octobre à la librairie Le Merle moqueur à Paris

- Le 18 octobre à la librairie Les Signes à Compiègne

 

 

EXTRAIT :

C’était un poisson si laid qu’il ne ressemblait en rien à un poisson. Une pierre de chair froide envahie de mousse, tachetée de vert et de blanc. D’abord, je ne l’avais pas vu, puis je pressai mon visage contre la vitre et tentai de m’approcher. Enfoui dans cette végétation impossible, la courbe de ses lèvres épaisses étirée vers le bas, une grimace en guise de bouche. Une petite perle noire pour l’œil. Une queue épaisse striée de pointillés sombres. Mais aucun autre élément identifiable à un poisson.

Il est sacrément moche.

Un vieil homme à mes côtés, soudain, sa voix, une surprise importune. Personne ne m’adressait jamais la parole, ici. Des pièces sombres, humides et chaudes, havres de paix à l’abri de la neige dehors.

Peut-être, oui, dis-je.

Ses œufs. Il les protège tous.

C’est alors que je vis les œufs. Je croyais que le poisson était à demi caché derrière une anémone blanche, une touffe de tiges molles, blanches et arrondies, mais je voyais à présent qu’il n’y avait pas de pied, chaque tige était individuelle, les œufs fixés sur le flanc du poisson sans que l’on sache comment.

Un poisson-grenouille à trois taches, dit l’homme. On ignore pourquoi c’est le mâle qui s’occupe des œufs. Peut-être pour les protéger. Peut-être pour appâter d’autres poissons.

Où sont les trois taches ?

Le vieil homme émit un petit rire. Bien vu. Il a bien plus de taches qu’un vieil homme sur ses mains.

Je ne regardai pas. Je ne voulais pas voir ses mains. Il était très vieux, du genre presque mort. Au moins soixante-dix ans, peut-être, mais il se tenait bien debout. Son haleine, l’haleine d’une personne âgée. Je mis mes mains en visière contre la vitre et m’éloignai légèrement, faisant mine de chercher un meilleur angle de vue.

Quel âge as-tu ? demanda-t-il.

Douze ans.

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