Témoignage : Face à un géant, on ne gagne pas

Publié le par dan29000

Face à un géant, on ne gagne pas.

 

Je suis entrée comme « femme de chambre » dans une maison de retraite d’une grande banque d’Etat. C’est ainsi que l’on nous appelait par l’interphone, Femme de Chambre.
Après avoir travaillé pendant de nombreuses années dans un laboratoire médical ou j’étais respectée, je me sentais humiliée dans cette appellation, mais le salaire en valait la peine, 16 mois de salaire, et oui, vous ne rêvez pas donc je me disais « tais toi et avance ».
Jour fériés, weekend , pas de fêtes des mères, pas de Noël, les weekend sans les enfants, journée à contre temps 8 h le matin 20.30 heures le soir , les coupures étaient tellement courtes que nous n’avions pas le temps parfois de rentrer chez nous.
Les années ont filés et j’ai fait avec, ce salaire je le voulais seule avec deux enfants, cela me permettait de faire faire des études à mes enfants car j’avais droit également aux bourses, etc…
La fatigue s’est installée, les arrêts maladie, l’humiliation, puis la banque a décidé de vendre ses maisons de retraite pour un franc symbolique et avec son personnel aux oeuvres sociales. C’est ainsi que nous étions appelés car nous faisions partis d’une branche de la banque. Car on ne mélange pas les torchons et les serviettes, nous devions servir notre direction, lui apporter à son domicile son plateau repas, ces gens étaient logés et nourris par la banque et nous les servions.
Donc l’établissement où je travaillais, une maison de repos, je fus vendue avec le lot, plan social, certaines firent le choix de profiter du plan pour aller ailleurs, seules les infirmières avaient de la considération pas les femmes de chambre je vous rappelle (pourtant j’avais un bac trilingue, et une licence en psychologie).

J’intégrais donc la nouvelle maison ou j’avais été mutée, mal en point déjà car les années précédent cette vente j’avais eu à faire à une nouvelle de la direction qui nous humiliait etc… Cette nouvelle maison de retraite où une nouvelle directrice venait d’arriver allait être le début de la fin pour moi. Elle me dit: » Vous avez des diplômes je vais vous faire entrer comme secrétaire puis responsable qualité » Enfin une reconnaissance pour moi, il n’en fut rien, humiliation, menace, harcèlement moral au plus haut point , menace de me faire interner si je n’obéissais pas. Je sais, me direz vous, cela n’est pas possible et bien lorsque l’on vit ce genre de situation, on est terrorisé et on y croit malheureusement. Je suis tombée gravement malade à cause de tout cela , je suis devenue déléguée du personnel car cette femme m’appelait à toute heure du jour et de la nuit, je faisais des astreintes non prévues dans mon contrat, changement de planning le jour pour le lendemain, menace de réprimande si je n’allais pas là où elle voulait, garde prévue pendant mes vacances, obligée de garder ses enfants. Je vous épargne la liste des réprimandes, elle serait trop longue, donc je choisis d’être délégué car je pouvais porter plainte pour harcèlement et le statut de déléguée me protégeait.
Lorsque je me suis rebellée, comprenant qu’en fait je n’étais pas nulle mais qu’elle me renvoyait au visage son incompétence, je réunis les témoignages, alerte les syndicats, l’assistance sociale, l’inspection du travail, elle fut renvoyée mais….. pas pour le motif de harcèlement, non cela ne se fait pas dans cette banque, il ne fallait pas salir leur image, alors ce fut pour un tout autre motif.
Moi je suis tombée gravement malade ne pesant plus que 39 kilos seule avec mes filles et personne pour m’aider, non, personne, nous nous sommes débrouillée seule avec moi qui perdait l’équilibre ou s’évanouissait.
Son renvoi a eu lieu grâce à moi. Si nous avons tous subis des menaces, j’ai été la plus blessée; oui j’ai porté plainte , elle a été mise en garde à vue, le procès a eu lieu, le dossier de l’inspection du travail était en béton, l’inspectrice a été mutée , puis tout le monde s’est débiné car le personnel avait finalement obtenu son licenciement grâce à ma plainte. Très forte, ma harceleuse a réussi à manipuler la juge , de par ses relations bien plus hautement placées que les miennes, donc ce procès a été classé sans suite. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en l’apprenant, depuis je ne travaille plus, je n’ai pas eu droit à une invalidité car la médecine ne m’a pas épaulée , et j’ai eu tort de rester en année sabbatique. Croyant reprendre, je n’ai pas pu, donc pas d’invalidité.
Si ce procès a été classé sans suite c’est tout simplement que si j’avais gagné cela aurait été une jurisprudence et face à un géant, on ne gagne pas.
En nous vendant avec un euro symbolique, cette banque savait ce qu’elle faisait. En nous vendant nous perdions nos quasi statut et oui quasi (n’oubliez pas on ne mélange pas les genres). Elle se débarrassait du personnel et des ennuis facilement. De plus, les gens comme moi avions droit à une retraite de la banque après 15 années de travail. En nous vendant, je n’y ai plus droit. J’y ai passé 25 ans de ma vie.
Aujourd’hui je me bats contre une leucémie, un syndrome de sadam, tout étant dû à ce stress, à ces années de combat non abouti.
Lorsque l’on vit tout ceci on est détruit à jamais, on ne se remet jamais !!!
Je pourrai vous en écrire des lignes et des lignes tellement je pourrai en raconter mais cette partie, si elle est publiée, est déjà très importante pour moi.

 

Fresque d’Eric Auchieri

 

SOURCE/ ONVAUTMIEUX.FR

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Nanotera 06/10/2016 13:55

Merci pour votre témoignage, ce géant ... comme vous dites,
le pire est que sa constitution est telle qu'il est complexe de le tuer ou de le neutraliser,
on pourra tenter certaines actions face à certains patrons, certains responsables,
et même faire condamner à de la prison certains criminels sociaux professionnels,
cela n'élimine pas le géant, il n'est pas quelqu'un mais un monstre fait d'une multitude,
des lois, des règles, parfois archaiques, parfois qui se contredisent, collées entre elles au gré des besoins et intérêts de certains dominants puissants et influents, il est également constitué de corruptions, d'immoralité, de rigidité : un prédateur psychopathe qui se nourrit, piloté par des chimères et concepts qui n'ont rien à voir avec la nature et l'humanité, c'est à se demander s'il a réellement trouvé son inspiration que dans des esprits d'hommes.
Plus son fonctionnement inique, diabolique sera dénoncé, démystifié, comme vous le faites ici, plus la désobéissance et l'insoumission unie, débarrassé de toute crainte apparaitront comme une évidence pour tous et agira comme un cancer sur ce géant et nous cracherons tous sur son cadavre.