Leonard Cohen : 1934-2016, notre édito

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Il y a parfois des jours sombres où une actualité en rencontre une autre, comme ce dix novembre 2016 où Trump mit un premier pied à la Maison blanche à Washington, pendant qu'à LA en Californie Leonard Norman Cohen achevait sa vie... Sad day.

 

 

Pour la démocratie chez nos amis américains et pour la création dans le monde musical. Alors que Marianne Ihlen, la muse du chanteur, nous a quitté en juillet dernier, le poète canadien flirtait déjà avec la mort, ce que l'on ressent bien dans son ultime album publié il y a quelques jours. Leonard Cohen était pour des centaines de milliers de gens sur le globe bien plus qu'un chanteur, bien plus qu'un poète, qu'un romancier, qu'un compositeur, qu'un modèle pour une grande partie du microcosme musical... Il était un compagnon de route, comme le furent Dennis Hopper, David Bowie, Jim Harrison ou John Lennon, ces voix lointaines, mais si proches de nous, ces voix que nous attendions, entendions à chaque album, à chaque livre, à chaque film. Leurs chansons, leurs livres, leurs films accompagnaient nos vies.

Souvent, pas toujours, mais souvent, l'art atténue la souffrance, la solitude, la difficulté de vivre dans un monde toujours plus mortifère où le capitalisme détruit un peu plus chaque année nos vies, nos espoirs et précarise toute la société. Cohen avait le génie de mettre en mots ces souffrances, celle de la solitude choisie ou subie, celle de la fin des passions amoureuses, de la complexité de la sexualité, celle de l'exil, celle du retrait. Il avait compris la vanité d'une carrière dans le show business et avait eu la force de fréquenter le bouddhisme, renonçant durant plusieurs années à son métier de lumière et de strass, pour la méditation. L'écriture fut sa première passion, poésie et roman dont The favorite game et surtout le somptueux Beautiful losers en 1966 dont le titre passera par la suite dans la langue courante. De 1956 à 2008, il publia presqu'autant de livres que d'albums, ce qui aurait pu justifier, autant que Dylan, un prix Nobel de littérature. C'est en 1984 qu'il publie Various positions, album contenant le fameux Hallelujah, morceau totalement en état de grâce qui fut repris par des dizaines d'artistes durant des années dont Jeff Buckey pour la plus belle version.

J'avais eu la chance de voir un de ses derniers passages sur scène en France, au zénith de Nantes, un moment hors du temps, même si ses récents titres étaient moins fulgurants, la standing ovation finale fut mémorable, la moitié des spectateurs les larmes aux yeux, conscient de voir une dernière fois un des plus grands artistes vivants. Love affair... Pour au moins deux ou trois générations, il fut un repère dans un monde où ils disparaissent de plus en plus vite, au même titre qu'un Dylan, Kerouac, Godard ou Pasolini. L'art, que nous plaçons toujours au-dessus de tout, ces artistes qui durant des décennies nous tirent vers le haut, vers les hauteurs inégalables de la création sont l'antidote parfaite aux politiciens de la politique pour paraphraser Godard. Les artistes nous élèvent et nous donnent une raison de vivre chaque jour, chaque nuit. Suzanne et Marianne sont toujours là, comme The partisan ou Bird on a wire... L'homme fut un sombre créateur qui mit longtemps à combattre la dépression et la noirceur du monde. En écoutant Leonard Cohen, le monde était toujours sombre, mais l'ombre était partagée, musicale, une manière de survivre, ici et maintenant, for ever. Les grands artistes ne meurent jamais. Johnny Cash, Jim Harrison, Antonioni et Truffaut sont toujours là, on the road again... For ever Mozart, for ever Leonard Cohen.

 

Dan29000

 

 

"Oh like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir

I have tried in my way to be free.

L. Cohen / like a bird on a wire

 

 

"Quelques hommes trouvent leur force en allant leurs chemins solitaires. Soyons ce que nous pouvons pour eux."

"J'avais 15 ans quand j'ai été profondément touché par le rythme et la structure des mots."

"La musique touche la vie émotionnelle de la plupart des gens."

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