N'essuie jamais de larmes sans gants, de Jonas Gardell, éditions Gaïa

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

 

Les éditions Gaïa ont publié cet automne un des romans les plus importants de l'année 2016. Un gros pavé d'un auteur peu connu en France, Jonas Gardell, mais très célèbre en Suède, N'essuie jamais de larmes sans gants, un titre un peu mystérieux pour un roman qui vous marquera à jamais.

 

C'est l'histoire de Rasmus et Benjamin. Ils ont vingt ans au début des années quatre-vingt à Stockholm. Ou c'est plutôt l'histoire de Stockholm dans les années quatre-vingt. Non plutôt l'histoire de l'arrivée du sida en cette période. De fait une histoire d'amour, face à l'exclusion, face à la maladie, face à cette épée de Damoclès au-dessus des têtes. En Suède comme ailleurs, les seventies et la libération sexuelle avaient fait sortir l'homosexualité des ghettos. Enfin un peu. Le droit au plaisir, comme on veut quand on veut, avec qui on veut. Surgit le sida avec une violence inouïe, les gays subirent plus que la maladie, une haine, un rejet et l'impasse de la médecine de l'époque. Une époque terrible où l'on pensait, au début, que le sida pouvait se transmettre par un baiser, ou par une larme. Être séropositif, c'était la double peine, une maladie mortelle et l'exclusion, même dans le fameux modèle suédois.

 

Quand Rasmus, campagnard avec le bac en poche quitte sa province profonde où il se fait traiter de sale pédé, il débarque à Stockholm et ne tarde pas à faire la connaissance de Benjamin, un citadin témoin de Jéhovah ! L'un se sait homosexuel, l'autre va le découvrir malgré le poids de la religion. Autour d'eux, leur nouvelle famille, pleins de jeunes gens épris de liberté, de vie qui se rassemblent dans leurs lieux... et qui bientôt vont se voir tomber les uns après les autres. Le roman intimiste, devient roman social et roman politique. Politique car le pays a décidé de criminaliser la maladie, ce qui empira encore plus l'exclusion ! Une vraie tragédie amplifiée par le mépris indécent des hommes politiques de l'époque, mais aussi des laboratoires et d'une grande partie de la population. Un roman au plus près de l'os, une fiction certes, mais décrivant des personnages que Jonas Gardell a bien connus, aimés et perdus. Un roman fait de sa mémoire et basé sur une vaste documentation, au service final de la mémoire collective, une restitution émouvante, déchirante, de cette époque d'avant les trithérapies survenues au milieu des années 90. Ce roman atypique a eu un succès incroyable, plus de 500 000 exemplaires vendus dans un pays de moins de 10 millions d'habitants et une série TV déjà achetée par la BBC. Car au-delà du sujet, il s'agit de littérature, une littérature du plus haut niveau, en mémoire de tous ceux qui sont partis. Gardell est une vedette dans son pays, humoriste, acteur, écrivain traduit dans une vingtaine de langues...et docteur en théologie. Non sans humour, avec une grande dignité et une écriture souvent poétique, Jonas Gardell touche à l'universel. En ces temps de guerres et de régressions xénophobes, tendre la main et affirmer le droit à la différence est primordial. Il faut lire N'essuie jamais de larmes sans gants.

 

Dan29000

 

N'essuie jamais de larmes sans gants

Jonas Gardell

Traduit du suédois par J-B Coursaud et L. Grumbach

Gaïa éditions

2016 / 592 p / 24 euros

Ouvrage traduit et publié avec l'aide du programme Europe Creative de l'UE

Avec l'aide du Swedish arts council de Stockholm.

 

Disponible chez le même éditeur :

JONAS GARDELL :

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Le site de l'éditeur

 

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