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En France, l’hystérie est entrain de gagner la vie publique comme dans beaucoup d’autres pays. Pourtant, il y a à manger pour tout le monde. Les gens ne meurent pas de faim, ils meurent de frustration et de ressentiment, stigmatisés et rabaissés. Il n’y a pas de travail mais ils doivent quand même travailler pour accéder à cette nourriture et à ce logement pourtant disponibles en abondance (2,6 millions de logements vacants(3), 137kg par personne par an de nourriture gaspillée(4)).

Il faut donc voir la réalité en face, la production par les machines et le commerce ouvert avec des pays dont la population est exploitée hors de toute règle sociale, fait qu’il y a moins besoin de main d’oeuvre en France. En effet, cela fait 1000 ans que la productivité humaine explose, et 300 ans que la semaine de travail moyenne baisse régulièrement au grès des avancées technologiques. Pourquoi essayer d’inverser cette tendance?

La classe dirigeante (Marine le Pen incluse) a pris le même chemin que la bourgeoisie du 19ème siècle qui promulguait des lois pour affamer la population rurale (interdiction de la charité alimentaire dans les campagnes, ex: loi sur les pauvres de 1834) pour qu’elle se rue dans les villes travailler dans les usines en accélérant la croissance. Ces "avant-gardistes" souhaitent libéraliser le marché du travail pour mettre la pression à la population en lui enlevant ses acquis sociaux pour qu’elle se rue vers un travail qui cette fois-ci n’existe pas et une croissance qui n'est plus matériellement possible. La colère et la frustration pousse les gens dans leurs retranchements, et les extrémismes en tous genres. Le tissu social se désagrège dans un “tous contre tous” libéral.

La solution? Travailler moins pour les entreprises, et plus pour soi et ses proches.

Réduction du temps de travail

En 2015, il y a 29 millions de travailleurs potentiels dans la population active en France. Seuls 26 millions travaillent. Cela donne 2,8 millions de sans emploi. (1)

Ces 26 millions de travailleurs fournissent au total 39 milliards d’heures de travail (1). Comme il n’y a pas plus d’emploi, cela signifie que pour satisfaire la demande en travail de la production française, il suffit de 39 milliards d’heures par an.

Sur 26 millions de personnes cela se traduit en 36h par personne en moyenne par semaine nécessaires aux entreprises françaises.

Et on voudrait augmenter le temps de travail!

On voudrait nous en faire travailler 39 heures (Fillon etc...)! Mais avec 39 heures par semaine, il ne faut plus que 23,5 millions de personnes pour totaliser 39 milliards d’heures de travail! On a donc 2,5 millions de chômeurs en plus.

Par contre, avec 32 heures de travail par semaine, il faudrait 30 millions de personnes pour fournir les 39 milliards d’heures nécessaires à faire tourner l’économie Française. Les 118000 personnes de plus de 60 ans qui travaillent encore pourraient donc partir à la retraite(1).

On nous dira donc que 4 millions de travailleurs en plus pour le même nombre d’heures de travail couteraient aux entreprises plus de 200 milliards d’euros. Où trouver ces 200 milliards?

Diminution de l'écart entre les salaires

Il y a 1.665 milliards d’euros de revenus perçus en France par les actifs en 2010(2)

Or, 10% de la population perçoit 31% de cette somme, à savoir 515 milliards d’euros(2). En simplifiant, en diminuant de 40% leurs revenus (ils gagneraient quand même 5150 euros par mois en moyenne au lieu de 8600), on récupérerait 206 milliards avec lesquels on financerait le plein-emploi, la paix sociale et la tranquillité d’esprit. 

Pour le plaisir des pro start-up "modernisateurs", cela relancerait aussi l’inventivité et l’innovation dans tous les domaines, mais en la dirigeant vers le développement humain et social plutôt que vers le développement économique.

En effet, nous ne parlons pas ici de ne pas travailler pour flâner. Le temps que l’on travaille en moins pour l’économie globale, on peut l’employer à faire à manger au lieu d’acheter des plats tout faits (en donc économiser), faire ses courses au marché (économies), construire soi-même ses meubles (économies), jardiner (économies), ou faire de la musique, de la peinture… 

Nous ne voulons pas travailler 32 heures pour moins travailler, mais pour nous épanouir dans d’autres domaines et élargir nos horizons, et que d’autres puissent le faire.

Tout cela - même si c’est rarement comptabilisé dans les calculs économiques des élites - amène la richesse et le bien-être à long terme d’un peuple...

...tout en contrebalançant sainement la perte d’emploi liée à la baisse de compétitivité et donc à l’exil des entreprises dans des pays ou la main-d’oeuvre est moins chère.

Ceci nous porte aux deux prochains points tout aussi importants et intiment liés à la baisse du temps de travail, mais qui ne seront que survolés ici.

Re-localisation de la production

Cette fuite des entreprises peut être limitée par une abrogation des traités commerciaux internationaux qui libéralisent le marché global. Ces traités mettent sur le même marché du travail les Français payés au SMIC et les ouvriers Birmans payés un euro par jour. Les ouvriers français sont donc remplacés par des quasi-esclaves dans des manufactures travaillant pour la France mais sans se soumettre à ses lois sociales. La réparation de la paix sociale en France passe donc forcément par le respect internationaliste des travailleurs du monde entier, et la re-localisation de la production.

Diminution de la consommation, décroissance

La re-localisation de la production augmente le coût de nombreuses denrées de seconde nécessité. Il faudra donc diminuer notre consommation de biens manufacturés. Cependant la re-localisation et la diminution des ressources naturelles nous porterons à lutter contre l’obsolescence programmée et à s’entourer de biens choisis, de qualité, et éco-responsables. Nous devons consommer moins, mais mieux.

 

SOURCES:

(1) Organisation de Coopération et de Développement Economiques www.stats.oecd.org

(2) Landais-Piketty-Saez, "Pour une révolution fiscale", Seuil, janvier 2011

(3) INSEE 2014

(4) ADEME, Ministère de l’Agroalimentaire

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