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Les éditions Flammarion ont publié en janvier dernier le nouveau roman de Mathieu Belezi doté de ce beau titre évocateur Le pas suspendu de la révolte. Auteur d'une quinzaine de romans et nouvelles chez Phébus, Albin Michel et aux éditions du Rocher, l'auteur, grand voyageur ayant enseigné aux États-Unis vit aujourd'hui à Rome. Son nouveau roman est une des rares belles surprises d'une rentrée littéraire de janvier assez monotone.

 

En préambule de cet épais roman de presque six cents pages, une scène violente et précise, un tueur en série en action, inscrivant sur le corps de sa victime Réveillez-vous au feutre noir. Glaçant. Sauf pour les amateurs de thrillers où sévissent les fameux serial killers dont le cinéma et la littérature sont friands depuis quelques décennies. Mais fausse piste, nous ne sommes pas dans un thriller, enfin un peu, mais aussi du côté de l'auto-fiction frenchy, du road-novel, du roman de société dynamitant la narration linéaire habituelle. Roman coup de poing, roman dérangeant, roman qui tranche, qui découpe à la hache, roman choral, reflet de cette société française actuelle, bloquée, en coma avancé, courant dans le mur, en le sachant, le voyant se rapprocher, ayant abandonné tout espoir de morale et d'avancée sociale.

 

Plusieurs monologues correspondent aux six personnages de cette histoire de famille. Famille je vous hais. Famille au bord de la crise de nerfs. Qui explosera le premier ? Le roman de Mathieu Belezi débute sur un premier monologue somptueux laissant médusé le lecteur. Un homme seul qui roule, qui coule, qui fuit, à bout de souffle, un peu comme chez Godard. Rouler, parce qu'il fallait partir, partir d'une famille étouffante, d'un mariage étouffant, d'un boulot étouffant, la liberté de se comporter comme un vrai salaud. Rouler sans but, dormir dans des hôtels, finir des bouteilles de whisky, et repartir, recommencer, en subissant les incessants appels téléphoniques de son épouse inquiète. Victime devenant bourreau, plus envie de voir ses enfants et plus envie de supporter ceux qui vont le croiser par hasard. Rupture. Depuis Extension du domaine de la lutte, on sait que la misère sociale se double de la misère sexuelle, engendrant frustration, névrose, destruction jusqu'au meurtre comme délivrance.

 

Avec un brio fascinant, Belezi vient compléter ce portrait de Théo, avec le point de vue de sa femme le harcelant pour qu'il soit présent lors du futur repas d'anniversaire de sa fille. Quoi de plus dangereux qu'un repas familial quand tout le monde se déteste et que celui qui est parti sur la route revient. Scène terrible. S'affranchir des oppressions de notre société malade n'est pas aisé, le geste est subversif. Surtout quand en plus il y a un flic dans la famille en question. Enfin au service de ce roman haletant, une forme en adéquation. Dialogues réalistes, percutants, tombants juste, crudité revendiquée bien en situation. Que faire des majuscules et autres artifices littéraires ? Un shoot de Godard sonorisé les Clash, version cocktail molotov punk. Éblouissement et malaise garanti à l'image de notre pays qui sent de plus en plus une odeur de moisi. Un roman majeur.

 

Dan29000

 

Le pas suspendu de la révolte

Mathieu Belezi

Éditions Flammarion

2017 / 608 p / 21 euros

 

Le site de l'éditeur

Tag(s) : #lectures

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