Steak machine, de Geoffrey Le Guilcher, aux éditions Goutte d'or

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

 

Quand on aime vraiment les livres, comme nous, un nouvel éditeur qui arrive sur le marché est une bonne nouvelle, surtout s’il parvient à faire sa place dans un microcosme assez encombré. Donc saluons la création des éditions Goutte d'or qui réussissent un coup double pour leur première publication. Bien lancer leur maison d'édition et mettre sur orbite un petit livre dont tout le monde parle en ce moment : Steak machine, de Geoffrey Le Guilcher qui est aussi un membre du trio fondateur avec Johann Zarca et Clara Tellier Savary. Le but, publier des livres d'immersion, une ligne éditoriale trop souvent réservée à la presse, même si bien entendu l'histoire de l'édition comprend quelques noms d'auteur prestigieux (London, Kessel, Aubenas ou David Simon).

 

 

Immersion donc, en Bretagne profonde, dans un abattoir. Sujet porteur vu les nombreux scandales actuels depuis l'excellent travail effectué par L214. En exergue, deux belles citations d'Upton Sinclair, La jungle, en 1906 et de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? en 2011. Geoffroy Le Guilcher, journaliste indépendant, d'abord aux Inrocks, puis à Mediapart et à l'indispensable Canard enchaîné, s'est confectionné une fausse identité, un CV imaginaire et a réussi à se faire embaucher durant quarante jours. Welcome dans l'enfer du sang, du bruit, des cadences infernales, de la mort à la chaîne, des maladies professionnelles parfois non reconnues. L'usine dont on ne saura pas le nom, abat deux millions d'animaux par an, à une telle allure et dans de telles conditions qu'il n'y a pas que les bêtes maltraitées qui souffrent...

 

C'est sans nul doute sur ce plan que cette enquête innove, en effet les livres sur le sujet ne manquent pas, mais jamais du point de vue de l'immersion. Du pur journalisme narratif qui permet au lecteur médusé de se plonger dans l'immonde ronde infernale de cette hécatombe sanglante où les animaux souffrent puis meurent, et où les hommes souffrent puis partent, malades, non sans être passé par la case défonce (bière, whisky, coke ou LSD) pour supporter. Nous étions habitués, mais pas trop quand même, à la souffrance animale, il était nécessaire de montrer aussi in situ, la souffrance humaine, souffrance complémentaire à celle des animaux. Pas la peine de hiérarchiser, nous sommes tous, humains et animaux, des êtres vivants doués de sensibilité. Courage, lucidité, ténacité, au fil des pages, le lecteur partage ces semaines d'horreur. Immersion totale. Si les bouffeurs de viande ne sont pas vraiment sensibilisés par la souffrance animale, peut-être celle des hommes fera bouger les lignes. Plus d'un mois après sa sortie, le livre se vend bien, déjà deux nouveaux tirages. Un pas de plus pour en finir un jour avec l'industrie de la viande et devenir sans doute pas tous végétarien, mais au moins flexitarien, comme l'auteur de ce livre et l'auteur de cet article. A lire entre Aymeric Caron, Peter Singer et Safran Foer.

 

Dan29000

 

Steak machine

Geoffrey Le Guilcher

Collection Journalisme

Éditions Goutte d'or

2017 / 173 p / 12 euros

 

Le site de l'éditeur

 


Infiltré dans un abattoir - C à vous - 03/02/2017

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