Voter c'est abdiquer, Antoine Peillon, éditions Don Quichotte

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

Alors que nous subissons une des pires campagnes électorales depuis longtemps, qu'une montée des périls se fait jour en Europe, les dernières études montrent que l'abstention a le vent en poupe. Détail significatif, deux éditeurs ont choisi de faire paraître deux livres sur ce sujet pourtant pas facile. Dans un mois, nous publierons une critique de No vote, paru aux éditions Autrement, mais cette semaine il s'agit du livre d'Antoine Peillon, Voter c'est abdiquer, aux éditions Don Quichotte. Il a déjà publié l'an dernier, Résistance !, et Corruption, nous sommes tous responsables, en 2014, tous les deux aux éditions du Seuil. Signalons pour les curieux des causes de l'abstention que ces deux livres sont très complémentaires, les approches étant différentes.

 

Bien entendu l'abstention est hétérogène...comme le vote, il y a les fameux pêcheurs à la ligne, les individualistes, les indécis de toujours, les revenus de tout ! Notre abstention n'est pas dans ces marécages, et il suffit de citer le sous-titre de ce livre pour comprendre : Ranimons la démocratie ! Car il s'agit bien de cela. Dans son introduction, Antoine Peillon rappelle quelques chiffres édifiants : 45 millions d'inscrits, 9 millions vont s'abstenir, environ 3 millions de non-inscrits, 6 millions de « mal-inscrits », et les 2 millions de votants blancs ou nuls. Hollande élu avec 18 millions de voix, soit 51% des exprimés et donc 39% des inscrits. Même les municipales, bien aimées des Français, sont touchées, en 1983, abstention à 20%, en 2008 à 34% et en 2014, 39%. Enfin un seul chiffre parlant pour les législatives, 44% en juin 2012 ! Tout ceci mérite bien un peu d'analyse afin de répondre a minima aux attaques en rafale de tous les fan-clubs des candidats qui parent les abstentionnistes de tous les maux !

 

Peillon a choisi un plan efficace pour sa démonstration par mots-clés, le premier chapitre étant consacré à ces « salauds d'abstentionnistes » qui font le lit de Marine Le Pen... Si Mitterrand a favorisé la montée du FN, les responsables ne sont pas qu'à gauche, l'ensemble des pouvoirs élus depuis 35 ans a détruit les services publics, a menti, a pratiqué la corruption et les compromissions. Puis l'auteur s'attaque aux raisons de l'abstention. Elle s'est transformée ces derniers temps, passant de l'indifférence à un choix volontaire, celui de militants, s'activant sur divers terrains alternatifs. Avec justesse, l'auteur fait appel à Arendt ou Ellul tout en faisant le bilan de l'horrible quinquennat de Hollande. Vient ensuite l'explication du titre du livre, emprunté au célèbre géographe Élisée Reclus, le vote demeurant une légitimation du système autoritaire de l’État régalien. Ultime mouvement de cet essai revigorant, l'appel au boycott2017 avec des mots qui parlent haut et fort : Zad, debout (comme la nuit), désobéissance civile, faucheurs (volontaires), alter, zapatistes, dissidence, philosophie, communs (biens), éthique, et destituer, comme la puissance destituante de Giorgio Agamben. Trois petits textes en fin de volume, Élisée Reclus, Octave Mirbeau et Proudhon. Ce manifeste est un appel à l'action, pour une abstention dynamique, en rupture radicale, dans la lignée des Thoreau, Gandhi, ou Martin Luther King. La déliquescence actuelle des partis politiques, l'explosion des inégalités, l'installation d'un régime sécuritaire sans contrôle, la montée du racisme et des populismes engendrant une fermeture des frontières nous obligent à résister au quotidien et à ne plus se soumettre à la mascarade de cette République moribonde, sans oublier le vol du référendum en 2005 où le peuple avait dit NON largement et où les élus de tous bords dirent oui un an plus tard. Bel illustration de l'impuissance d'un vote. L'abstention comme l'expression d'une vitalité démocratique (Recherches d'Anne Muxel (CNRS-Cevipof). Concluons par une phrase de Miguel Benasayag, philosophe, écrivain, psychanalyste, ancien guérillero guévariste: « La prise de pouvoir ne se pose plus, pour la majorité des contestataires, comme l'objectif principal. »

 

Dan29000

 

Voter c'est abdiquer

Ranimons la démocratie

Antoine Peillon

Éditions Don Quichotte

2017 / 192 p / 15 euros

 

Le site de l'éditeur

 

 

« Voter c'est abdiquer, c'est renoncer à sa propre souveraineté. N'abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! »

Élisée Reclus, 1885

 

« Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n'as rien à y perdre, je t'en réponds ; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.

Et s'il existe en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l'audace cynique, à l'insulte et au mensonge.

Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève. »

Octave Mirbeau, 1888

 

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