Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Si vous avez loupé la diffusion sur ARTE du magnifique documentaire de RAOUL PECK : I'AM NOT YOUR NEGRO, il est sorti en salles depuis mercredi 10 mai 2017. Ici le début d'un entretien avec le cinéaste. Et un lien pour le lire en entier.

 

Dan29000

===================================

Dans son documentaire qui a secoué l'Amérique, le cinéaste haïtien fait résonner les mots puissants de l'écrivain afro-américain James Baldwin, qui dénonçait l'obsession fatale de cette nation pour la couleur de peau. Il revient sur la genèse de ce film hors norme et nécessaire, à voir ce mardi 25 avril sur Arte et à partir du 10 mai, en salles.
 

Sorti en février aux Etats-Unis, Je ne suis pas votre nègre (I am not your negro), nommé aux Oscars 2017, a rencontré un succès exceptionnel pour un documentaire (près de 7 millions de dollars de recettes). C'est dire à quel point le film de Raoul Peck remue les consciences, et secoue les fondements d'une société jamais guérie de l'exclusion et de la violence raciale. Le réalisateur haïtien aux inlassables engagements (Lumumba, Moloch tropical, Quelques jours en avril) l'a tout entier construit autour de la parole puissante de James Baldwin (1924-1987), écrivain noir américain, penseur incontournable de la question raciale aux Etats-Unis.

Ami des grands leaders du mouvement des droits civiques, Baldwin interroge l'histoire et les mythes de la nation américaine, remontant aux origines occultées du racisme. Entre douleur contenue, lyrisme et ironie mordante, ses mots, portés par le comédien Joey Starr dans la version française (et par Samuel L. Jackson dans la version originale), composent une réflexion saisissante sur l'obsession de l'Amérique (et, par-delà, du monde occidental) pour la couleur de la peau. Raoul Peck revient sur la genèse de son film et sur son impact, à l'occasion de sa diffusion sur Arte et à la veille de sa sortie en salles en France, le 10 mai prochain.

Que représente James Baldwin pour vous ?

J'ai « rencontré » Baldwin très tôt dans ma vie, entre l'adolescence et mon entrée à l'université. Lorsque je vivais à Berlin, j'avais de grandes discussions sur le racisme aux Etats-Unis avec un jeune couple d'étudiants noirs américains gays. Ils étaient très ancrés dans ce combat. Moi, je viens d'Haïti, d'un autre univers où s'est construite une autre relation au racisme. Pour moi, cette colère — que je comprends — était un piège. Il ne fallait pas se laisser réduire à cela, à la couleur de la peau. Laisser l'autre vous définir, c'est le meilleur moyen de le laisser vous enfermer dans un ghetto. Je voulais me définir en tant qu'être humain et conquérir le monde. C'est à cette époque que ce couple m'a donné The Fire next time (La Prochaine Fois, le feu), qui est l'un des succès de Baldwin. Et je ne l'ai plus quitté. J'ai lu tout Baldwin. Il a structuré ce que je ressentais intuitivement, notamment sur la mythologie raciale du cinéma hollywoodien. Baldwin a une approche humaniste, qui embrasse le monde entier.

Comment est née l'idée de ce film ?

Il y a un peu plus d'une dizaine d'années, j'ai eu le sentiment que les débats en Europe et aux Etats-Unis autour du problème du prétendu communau­tarisme manquaient de distance. Je n'y voyais que du repli sur soi, du dogmatisme, du patriotisme ; et je me disais « nous avons besoin de la voix de Baldwin ». Dès le début, je voulais que ce film soit un concentré de sa pensée, dans l'idée de le faire revenir sur le devant de la scène avec sa parole, forte, directe. Restait à trouver le procédé ­artistique pour mettre le spectateur ­directement en contact avec lui. Moi, le réalisateur, je ne devais être que le messager.

Comment vous est parvenu le manuscrit inédit qui est le pivot du film ?

J'imaginais qu'obtenir les droits des œuvres de Baldwin allait être problématique car ses ayants droit ont pour habitude de ne même pas répondre aux sollicitations. J'ai tout de même écrit et j'ai eu une réponse dans les trois jours, m'invitant à venir en discuter. Quelques semaines plus tard, à Wa­shington, Gloria Karefa-Smart, la sœur cadette de James Baldwin, m'ouvrait les bras. A l'époque, je ne savais pas si j'allais utiliser un article ou un essai, ni quel film je voulais faire. Il fallait que je cherche et elle m'a donné accès à tout. J'ai pris le temps, j'ai écrit des développements de fictions, de documentaires ou de docu-fictions mais rien ne me satisfaisait. A aucun moment Gloria ne s'est impatientée. Elle m'envoyait régulièrement des documents. Et, un jour, elle m'a donné les trente pages de notes sur « Remember this house », un projet de livre sur trois personnages emblématiques de la lutte pour les droits civiques : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King. Baldwin voulait raconter l'histoire de l'Amérique à travers ces trois personnalités. C'était la porte d'entrée, qui m'ouvrait à toute la pensée de Baldwin, à tous ses livres.

De la pensée de Baldwin, les Américains retiennent souvent une radicalité que le film assume et nuance à la fois...

 

Tag(s) : #écrans

Partager cet article

Repost 0